Élèves officiers de réserve : un mois pour apprendre à commander
- Par Elève-officier de réserve Colombe DELONS
- Publié le 26 juillet 2025

Durant l’été 2025, 42 stagiaires ont suivi la formation d’élèves officiers de réserve (EOR) à l’Académie militaire de la Gendarmerie nationale (AMGN). Un mois de montée en compétences, pensé pour répondre aux besoins opérationnels de la gendarmerie, dans un contexte d’engagement accru sur le territoire.
Dans la cour du 3e groupement de l’Académie militaire de la Gendarmerie nationale (AMGN), le silence laisse place au tumulte des ordres. Après avoir accueilli dans l’année les officiers commissionnés, les polytechniciens (X-IETA), les élèves ingénieurs de l’ENSTA et les officiers de gendarmerie issus du rang, c’est au tour des élèves officiers de réserve (EOR) de se former à Melun.
Du 23 juin au 18 juillet 2025, ils étaient 42 à suivre la formation PEOR, placée sous le nom de promotion Capitaine Guillo. Leur objectif : acquérir les compétences nécessaires pour encadrer des dispositifs autonomes de réserve, tels que des Détachements de surveillance et d’intervention de réserve (DSIR). À la manœuvre, le chef d’escadron Gilles Maurer, commandant du 3e groupement, et ses équipes leur ont davantage transmis la culture du commandement.
Un recrutement exigeant, à la hauteur des ambitions de la réserve
Chaque année, le Commandement de la gendarmerie pour les réserves et la jeunesse (CRJ) procède à un appel à volontaires auprès des Services réserve jeunesse (SRJ) afin d’identifier les profils à potentiel.
Pour intégrer la formation EOR, il faut en effet répondre à plusieurs critères : être âgé de moins de 45 ans, détenir la qualification d'Agent de police judiciaire adjoint (APJA), justifier d’un diplôme de niveau 5 au minimum (équivalent bac +2) et présenter un engagement opérationnel avéré, accompagné d’un volume d’activité conséquent.
Les formations administratives, puis le CRJ effectuent une première sélection, puis transmettent les candidatures au 3e groupement pour avis. Les personnels ayant participé à des dispositifs comme Poséidon, Salamandre ou Vigipirate sont particulièrement recherchés.
Un socle de commandement construit pas à pas
La formation EOR repose sur un principe simple : préparer les réservistes à commander des personnels en mission. Il ne s’agit pas de revoir les fondamentaux techniques, qui sont des prérequis à la formation, mais bien d’apprendre à concevoir et conduire un dispositif de terrain.
Les stagiaires progressent au fil des semaines en occupant successivement les fonctions de chef de trinôme, puis de chef de patrouille, de chef d’équipe et enfin de chef de groupe, encadrant alors douze militaires.
Chaque mise en situation permet d’appliquer le SMEPP (pour Situation, Mission, Exécution, Place du groupe dans le dispositif et Place du chef), autrement dit un canevas de préparation et de conduite d’opération propre à la gendarmerie. « C’est un outil qui structure la pensée tactique et permet de formuler un ordre clair, compréhensible et complet », explique le chef d’escadron Maurer. Pendant qu’un stagiaire commande, les autres endossent les rôles d’intervenants : une approche immersive et collaborative.
En parallèle des mises en situation, les EOR reçoivent de nombreux cours théoriques, portant notamment sur la police judiciaire et la sécurité publique générale, les écrits de service et la déontologie, l’écoute active et le management, ainsi que les outils de ressources humaines, comme le logiciel Puls@R.
Des moniteurs spécialisés animent également des séances d’intervention professionnelle et d’instruction au tir. Le sport n’est pas oublié : les stagiaires bénéficient de l’accompagnement de la section EPMS et sont, par exemple, initiés au parcours KC20, un module de franchissement suspendu à près de trois mètres de haut. « Un exercice révélateur. Certains se dépassent, d’autres découvrent leurs limites. C’est aussi ça, se préparer à encadrer », souligne le chef d’escadron Gilles Maurer.
Un temps fort de cohésion a également été organisé sous forme d’une marche collective en forêt de Fontainebleau.
Deux évaluations : le bilan initial de compétences et l’examen final
Depuis 2023, un Bilan initial de compétences (BIC) est organisé dès l’arrivée des stagiaires. Ce diagnostic vise à vérifier leur niveau dans trois domaines : la condition physique, les connaissances théoriques, ainsi que la manipulation des armes et la Maîtrise sans arme de l’adversaire (MSAA).
« Nous avons constaté par le passé de grandes disparités de niveau à l’entrée. Le BIC permet de s’assurer que tout le monde dispose des acquis nécessaires pour suivre la formation avec efficacité », explique l’officier.
Cette année, cinq candidats, sur les 53 sélectionnés initialement, ont ainsi été réorientés à l’issue du BIC. « C’est une formation exigeante, qui repose sur un vrai investissement personnel. »
À l’issue des quatre semaines de formation, les élèves sont évalués selon deux volets. Le premier concerne les épreuves finales, comprenant un QCM portant sur l’ensemble des enseignements, un test pratique sur le logiciel Puls@R, un contrôle de connaissances format Code de la route, ainsi qu’un exercice de planification de mission avec une restitution orale structurée selon le canevas SMEPP. Le second volet correspond à la note d’aptitude générale, attribuée de manière collégiale par l’équipe pédagogique. Elle repose sur neuf critères objectifs tels que l’esprit d’initiative, le sens du collectif, la discipline, etc. Le classement final est ensuite transmis au CRJ, qui valide ou non la réussite des stagiaires.
Des officiers appelés à jouer un rôle clé
Les EOR de la promotion 2025 ont désormais vocation à encadrer des réservistes sur le terrain lors de dispositifs nationaux ou régionaux, à soutenir l’organisation des groupements de gendarmerie départementale, à intervenir en formation, notamment lors des PMG (Préparations Militaires Gendarmerie) ou des sessions continues, et, enfin, à accompagner le développement de la réserve opérationnelle.
« Cette formation n’est qu’un socle. À chacun désormais de l’enrichir et d’en faire le tremplin d’un engagement durable et structurant dans la réserve », conclut le chef d’escadron Gilles Maurer.
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