Dans le Rhône, une brigade mobile de gendarmerie patrouille quotidiennement dans les bus et les trains
- Par le commandant Céline Morin
- Publié le 09 septembre 2025
Le 16 mars 2024, à quelques semaines des Jeux Olympiques de Paris, une unité atypique a été créée dans le Rhône : la Brigade mobile des transports en commun (BMTC). Depuis presque un an et demi, ces gendarmes en uniforme, souvent accompagnés d’un maître de chien, patrouillent quotidiennement dans les TER, les bus, les cars scolaires, les gares et autres pôles d’échanges. Leur mission : sécuriser les transports collectifs, prévenir les incivilités et dissuader la délinquance dans un département où la fréquentation des voyageurs ne cesse d’augmenter.
Nichée au cœur de la Presqu’île de Lyon, la gare de Perrache voit circuler près de 350 trains par jour. Les voyageurs des TGV et Intercités y croisent les usagers du réseau de TER, ainsi que ceux des lignes A du métro, des lignes 1 et 2 du tram, ou encore des nombreuses lignes desservant la gare routière (bus de ville, régionaux et longue distance). Elle est également le point de passage quasi-obligé pour les piétons transitant entre le Cours Charlemagne et la pointe de la Presqu’île. Selon les données de la SNCF, en 2022, la gare enregistrait ainsi une fréquentation de 9 385 038 de personnes, dont 7 132 629 de voyageurs SNCF.
Et depuis le mois de mars 2024, il est également devenu habituel, sinon quotidien, de croiser dans ce flux de population, des gendarmes arpentant les halls et couloirs de l’édifice, jusqu’à la gare routière. Et pour cause ! Desservant la région Auvergne-Rhône-Alpes (Clermont-Ferrand, Villefranche, Saint-Étienne, Bourg-en-Bresse, Valence, Grenoble,…), mais aussi la Bourgogne (Mâcon) ou encore Genève, ce hub est le point de départ logique des patrouilles de la Brigade mobile des transports en commun (BMTC), unité créée le 16 mars 2024.
En accord avec la Direction départementale de la sécurité publique (DDSP) du Rhône, dont c’est la zone de compétence, elle assure ainsi une présence dissuasive sur l’emprise ferroviaire, en mesure de détecter et de faire cesser une infraction dans le temps de la flagrance, avec remise du ou des auteurs au commissariat compétent.
Mais la mission principale de cette unité à part entière, constituée dans le cadre de la création des 239 nouvelles brigades de gendarmerie annoncées par le président de la République, est ailleurs ! Son objectif est en effet plus vaste, puisqu’il s’agit d’assurer des patrouilles de sécurisation quotidiennes dans l’ensemble des transports collectifs (trains Intercités, TER, bus grande ligne, de ville ou encore scolaires), ainsi que dans les gares routières et ferroviaires situées sur le ressort du Groupement de gendarmerie départementale du Rhône. Elle est ainsi compétente sur 90 % du département.
« La métropole de Lyon, ce sont 59 communes, dont 39 en zone gendarmerie, avec un réseau de transports en commun très dense, impliquant différents opérateurs. Avec de très nombreuses lignes de bus et, depuis octobre 2023, une ligne de métro, la B, arrivant en zone gendarmerie, sur la commune de Saint-Genis-Laval, où sont implantés les Hôpitaux sud de Lyon, mais également les lignes de trains, de TER et les bus scolaires, ce réseau forme à lui seul un territoire à couvrir. Un territoire où transitent des flux très importants, présente le colonel Sylvia Saint-Cierge, commandant le Groupement de gendarmerie départementale du Rhône (GGD69).
Avec 1,8 million de voyages quotidiens gérés par Keolis sur ses multiples lignes et près de 300 lignes scolaires sous la responsabilité du Sytral, « le besoin d’une unité dédiée était évident », note la commandante du GGD69, précisant toutefois qu’avant la création de la BMCT, « les brigades et les Pelotons de surveillance et d’intervention de gendarmerie réalisaient des missions sporadiques dans les transports. L’un de mes prédécesseurs avait également créé une brigade des transports composée uniquement de réservistes. Mais sa portée n’était pas la même que celle d’une unité dont c’est la mission quotidienne à 100 %. »
Des patrouilles adaptées aux spécificités du territoire
Depuis sa création, la BMCT est montée en puissance. Elle se compose aujourd’hui de neuf sous-officiers d’active et gendarmes adjoints volontaires, renforcés par entre trois et cinq cinq réservistes par jour. Chaque jour, de 6 heures à 22 heures, elle conduit des patrouilles adaptées aux horaires et aux territoires. Ces équipes, souvent accompagnées d’un maître de chien spécialisé dans la détection de stupéfiants, opèrent dans les trains, les bus et les gares, à la fois en milieu urbain et dans les zones plus rurales.
« La BMTC a vocation à accroître notre présence de voie publique, en étant en capacité de traiter en autonomie toutes les infractions du bas du spectre, en matière par exemple de stupéfiants, d’étrangers en situation irrégulière et de fraude documentaire, ainsi que les diverses incivilités qui se produisent dans les transports collectifs. La présence des gendarmes permet plus largement de lutter contre les atteintes aux personnes et aux biens, ainsi que contre les outrages sexistes. Les délits plus graves sont transmis aux brigades territoriales compétentes », poursuit la colonelle.
Au sein de l’unité, deux gendarmes sont particulièrement formés à la lutte contre l’immigration irrégulière et un gendarme pour traiter la fraude documentaire, les autres le seront progressivement, afin de tendre vers une homogénéité des compétences et une réelle autonomie.
Des temps forts viennent régulièrement se greffer à ce quotidien, à l’instar de l’opération Place Nette au printemps 2024, au cours de laquelle, les militaires de la BMCT ont multiplié les missions de contrôle de zone, du passage de la Flamme Olympique, puis des J.O., Lyon ayant accueilli onze matches de football et Saint-Étienne six. Régulièrement, des événements pouvant générer des flux importants dans les transports impliquent ainsi l’adaptation des services du GGD 69 et l’emploi accru de la BMTC. De la même manière, au cours de la saison estivale, des lignes de bus supplémentaires sont mises en place à destination des différentes bases de loisirs du département afin d’absorber le flux important de voyageurs. Une affluence qui entraîne son lot de délinquance et d’incidents, nécessitant là aussi une vigilance particulière de la gendarmerie à travers une présence accrue sur ces lignes.
« La BMCT procède à l’analyse des flux et des besoins pour adapter son service. Elle travaille comme une brigade traditionnelle, à ceci-près qu’à ce stade, au vu son effectif, elle n’a pas vocation à recevoir les plaintes, ni les soit-transmis du procureur, explique la commandante du GGD 69. Nous échangeons en permanence avec les opérateurs partenaires. Les réunions mensuelles nous permettent de confronter nos constatations et de recueillir leurs besoins, notamment au regard des incivilités et outrages subis par leurs chauffeurs. Cela nous permet de prioriser les lignes les plus tendues… sans toutefois nous limiter à ça. Le but est aussi de surprendre, d’aller là où on n’a pas encore l’habitude de voir des gendarmes dans les transports, notamment dans des secteurs plus ruraux. »
Autre objectif du GGD 69 : investir davantage le segment des bus scolaires, touchés par diverses problématiques (chahut, harcèlement, etc.), et apaiser, par une présence dissuasive, l’arrivée sur certains collèges et lycées (900 établissements scolaires sont implantés en zone gendarmerie dans le Rhône, NDLR).
Des résultats très encourageants
Depuis leur mise en place, les patrouilles de la BMTC empruntent les différents axes ferroviaires et routiers desservant la zone gendarmerie du Rhône : jusqu’à Brignais, Givors, Tarare-L’Arbresle, ou encore Villefranche, mais aussi à bord des cars scolaires ou des lignes TCL franchissant les frontières entre zones police et gendarmerie. Cette mobilité, facilitée par une liberté d’action opérationnelle, permet aux équipes de s’adapter en temps réel aux besoins signalés par les unités territoriales ou les partenaires.
« Nous avons adapté le format de nos patrouilles pour pouvoir nous réarticuler à tout moment, explique l’adjudant Arnaud, commandant adjoint de brigade. Cela signifie que si un individu doit être pris en charge - par exemple un étranger en situation irrégulière ou une personne détentrice de stupéfiants -, une partie de l’équipe peut l'escorter sans interrompre totalement la mission de présence et de prévention. »
Une souplesse précieuse, notamment dans la lutte contre les infractions du quotidien : stupéfiants, incivilités, fraudes documentaires, détention d’armes de catégorie D… Une expérimentation d’AFD (alternative aux poursuites judiciaires) pour ce type d’infractions a d’ailleurs été conduite en amont et pendant les Jeux Olympiques, en lien avec les parquets de Lyon et de Saint-Étienne, tous deux particulièrement mobilisés à cette occasion.
« Quand on circule avec le chien, c’est lui qui guide notre action. C’est un appui formidable pour détecter les produits illicites. Le reste du temps, soit on contrôle de manière aléatoire, soit on travaille avec les contrôleurs qui en profitent pour vérifier les titres de transport. On trouve du stupéfiant presque à chaque contrôle, ainsi que de nombreux étrangers en situation irrégulière. Ce sont nos deux problématiques principales sur le terrain, souligne le gendarme Djamel.
Les échanges réguliers avec les opérateurs, comme Keolis ou la SNCF, permettent d’identifier les lignes sensibles, comme celle reliant Saint-Étienne à Perrache, particulièrement sujette aux incivilités. « Souvent notre seule présence suffit à apaiser les tensions », note d’ailleurs le gendarme.
Des retours positifs
Sur le terrain, les retours sont positifs. Les contrôleurs et chauffeurs se disent rassurés, les voyageurs surpris mais globalement satisfaits. « Nous avons vraiment senti un effet immédiat. C’est clairement un signal fort envoyé aux usagers comme aux fauteurs de troubles », observe la colonelle Saint-Cierge.
La majore Sophie Chambard, commandant la BMCT, souligne d’ailleurs que « nos partenaires sont ravis de notre présence et de la collaboration que nous entretenons depuis maintenant plus d’un an. Avant l’été, un des référents Sécurité Fraude de SYTRAL m’a confirmé que notre présence dans les transports était fort appréciée et avait permis la nette baisse des incivilités dans les bus scolaires. À ce titre, nous serons très présents aux abords des établissements scolaires de la zone gendarmerie à la période de la rentrée. »
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