Dans le quotidien du GOS de Lille – Épisode 2

  • Par le capitaine Tristan Maysounave
  • Publié le 03 juillet 2025
Rétroviseur d'un véhcoule du GOS de Lille.
© GEND/ SIRPAG/ MDC LAPOINTE

Suite de notre immersion au sein du Groupe d’observation et de surveillance OS de Lille, alors que les équipiers quittent leur unité. Objectif de la mission : déposer une balise.

Après une vingtaine de minutes de route, les véhicules du GOS pénètrent dans Roubaix de manière espacée. Connaissant parfaitement leurs rôles respectifs, les équipiers se positionnent autour du parking où est garée la voiture dont la balise doit être retirée en formant une « cloche » (terme désignant le fait de tenir tous les points d’entrée permettant d’accéder au véhicule ou domicile ciblé). Ce procédé permet de garantir que tout individu entrant ou sortant de la zone soit détecté.
Léa choisit un endroit lui permettant de coordonner l’action de l’unité. Cheffe de mission, elle est seule à bord de son véhicule comme la plupart de ses équipiers. « Pour les missions les plus complexes je préfère être en binôme, explique-t-elle. Mais la plupart du temps je suis seule, ce qui nous permet de nous engager avec un plus grand nombre de véhicules. Ce choix me conduit également à me challenger en m’obligeant à gérer la conduite, la cartographie et les ordres en cours d’action. Je suis cheffe de mission, mais j’essaie également d’être l’équipière la plus efficace possible. »

Etre officier en GOS

« Avant d’être affectée au GOS de Lille, je commandais la Communauté de brigades (CoB) de Sallanches en Haute-Savoie, raconte la capitaine Léa. En 2021, j’ai décidé de me présenter aux sélections permettant d’intégrer les Groupes d’observation surveillance. »

Des tests spécifiques

« Les sélections comprennent des épreuves spécifiques aux officiers. J’ai été confrontée à la privation de sommeil et au commandement d’un groupe. J’ai pu m’appuyer sur ma première affectation qui m’avait permis de gagner en assurance et en conduite en cours d’action. Celui ou celle qui aime le commandement opérationnel, la police judiciaire, le terrain, l’action, le contact avec les enquêteurs et le travail d’ombre doit passer les tests. Ayant réussi les sélections, j’ai suivi la formation initiale qui m’a préparé à prendre le commandement de mon GOS. »

Un commandement enrichissant, atypique et intense

« À mon arrivée à l’unité en 2022, j’ai dû à la fois apprendre le métier d’équipier GOS et celui de patron. Mon rôle est d’impulser la dynamique de l’unité, de permettre aux équipiers d’appréhender notre plus-value dans chaque dossier et de coordonner les opérations. Il s’agit d’un commandement intense dans la mesure où notre engagement dépend des faits et du mode de vie de nos targets. Nous sommes également confrontés à un certain niveau de dangerosité. Je me souviens d’un évènement marquant où un équipier s’est fait « tamponner » (terme désignant un contact entre un individu et un équipier) par le frère d’une target au cours d’une mission de nuit. Notre dispositif de surveillance venait en fait d’être décelé suite à la pose d’une balise. On a alors connu un moment de stress assez intense, en étant confrontés à une extraction difficile de l’équipier. Ce genre de situation nous rappelle l’humilité dont nous devons faire preuve dans le cadre de nos missions, et ce d’autant plus que nos cibles s’adaptent à nos méthodes. Dans un objectif de progression, nous en faisons un Retour d’expérience (RETEX). Pour les équipiers comme pour le chef, il est alors essentiel d’être en mesure d’accepter la critique. »

Les qualités essentielles

« Je pense qu’un chef de GOS doit être dynamique, avoir de l’entregent et faire preuve de diplomatie. Il doit être proactif et être capable de prendre du recul. Il est également indispensable de faire preuve de souplesse dans la mesure où les équipiers sont très autonomes. L’humilité est enfin une qualité importante. »

Conducteur passant devant un bâtiment en briques rouges.
© GEND/ SIRPAG/ MDC LAPOINTE

Participant à la cloche formée avec ses camarades, Gur (les surnoms sont monnaie courante dans les unités d’observation surveillance, ils permettent de préserver l’anonymat des équipiers et leur sont souvent décernés après un engagement marquant), se stationne au pied du domicile en briques rouges de la target afin de pouvoir surveiller ses mouvements. Sa présence étant susceptible d’attirer l’attention dans ce quartier où la plupart des habitants se connaissent, il se tient prêt à dégainer sa légende afin de dissiper tout soupçon.

La légende de l'équipier GOS

À l’instar du Bureau des Légendes ou The Spy, les films et séries font la part belle aux personnages travaillant sous couverture, c’est-à-dire exerçant une activité destinée à masquer leurs fonctions réelles d’officier traitant. Dans ce cadre, ces agents utilisent une légende, c’est-à-dire une fausse biographie plus ou moins élaborée selon la durée de la mission, de façon à ne pas être démasqué. Mais l’utilisation d’une légende n’est pas réservée aux seuls agents secrets. Ainsi, les équipiers en GOS apprennent dès les phases de sélection à être en mesure d’utiliser une légende correspondant à l’environnement dans lequel ils se trouvent afin de ne pas être décelés par l’adversaire en cas de contact avec celui-ci. Afin de garantir leur crédibilité, ils construisent leurs légendes en fonction de leurs savoir-faire et disposent de vêtements de travail et d’accessoires professionnels qu’ils emportent en mission.

Personnel du GOS s'habillant avec une tenue de chantier.
© GEND/ SIRPAG/ MDC LAPOINTE

Un maître-mot : l’opportunité

Désormais, l’attente peut commencer. La dépose de la balise ne peut avoir lieu en présence de personnes autour. « Tant qu’il y a de la vie, on ne s’engage pas, explique Gur. On temporise autant que nécessaire, parfois des heures. » Alors que l’horloge tourne, les équipiers doivent faire preuve d’une concentration absolue afin de saisir le moment opportun qui ne se présentera peut-être pas deux fois. Sous la coordination de Léa, le vert engagement est enfin donné. Deux équipiers, le « poseur » et la « sécu », se dirigent alors à pied vers le véhicule. Le premier est chargé de retirer la balise pendant que le second assure sa sécurité au plus près. Quelques secondes leur suffisent. Il faut dire que l’opération a été minutieusement préparée. Les équipiers se sont en effet appuyés sur la fiche de pose, dans laquelle le poseur a détaillé l’endroit exact du véhicule où a été posée la balise. Ils avaient également effectué un entraînement sur un sistership, c’est-à-dire une voiture de même modèle.  

Équipier du GOS retirant une balise.
© GEND/ SIRPAG/ MDC LAPOINTE

Matériel récupéré, Léa donne l’ordre de lever le dispositif et de prendre le « 80 », c’est-à-dire le repas, avant de s’engager sur la prochaine mission. « L’équipier en GOS doit avoir une bonne hygiène de vie, explique-t-elle. Il doit être capable de passer de longues périodes d’attente à des phases dynamiques au claquement de doigt. Se nourrir correctement, faire du sport et bien dormir, sont essentiels. »

Après un briefing, les équipiers s’engagent sur un nouveau dossier.

Vivre au rythme des targets

« Là, on s’engage sur un tout nouveau dossier de vols de véhicules, explique la capitaine Léa. Les enquêteurs attendent vraiment de nos investigations qu’on puisse leur apporter de la matière. Dans un premier temps, l’objectif est de se rendre à proximité du lieu de travail de la target, de la suivre à la sortie du travail et de voir si on dispose d’une fenêtre nous permettant de baliser le véhicule. La balise va ensuite être utilisée comme une pelote de laine. On va dérouler le fil en déterminant qui utilise la voiture puis qui notre target rencontre. Nous devrions également être en mesure de suivre un périple (ensemble de vols commis à la suite), voire d’interpeller les auteurs en flagrant-délit. »

Interpellation d'un individu par le GOS.
© GEND/ SIRPAG/ MDC LAPOINTE

Périodes d’attente et phases dynamiques se succèdent pour les équipiers du GOS qui vivent au rythme des individus qu’ils suivent dans le cadre de leurs dossiers.

« Ici, notre secteur d’activité est essentiellement cantonné à la métropole de Lille et à sa périphérie, détaille Gur. Mais en fonction des mouvements des targets, il peut nous arriver de nous rendre jusqu’à la frontière belge ou encore de traverser toute la France. La plupart d’entre elles commettent leurs méfaits la nuit, donc nous sommes amenés à travailler sur ce créneau-là. Nous parvenons néanmoins à concilier les spécificités de notre métier avec notre vie personnelle grâce à un système de permanence, mais aussi car les targets ne bougent pas sans arrêt, il y a des périodes plus ou moins intenses en fonction des dossiers. »


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