Carnaval de Bergues : 25 000 carnavaleux ont défilé sous la protection des gendarmes
- Par Hélène THIN
- Publié le 15 avril 2025

Le carnaval de Bergues s’est déroulé ce dimanche 30 mars 2025. Séquence phare du carnaval dunkerquois, l’événement a mobilisé quelque 150 gendarmes, issus d’unités plurielles engagées aux côtés d’autres acteurs de la sécurité et de l’État. Immersion au cœur du dispositif de gendarmerie.
Dimanche 30 mars 2025. Il est près de 15 heures, lorsque la foule déferle dans les rues de la cité flamande de Bergues, envahissant peu à peu la Grand Place. D’ici quelques minutes, le coup d’envoi de la Bande sera donné au départ de la place du Marché-aux-Bestiaux, sous un ciel ensoleillé. Événement incontournable, le carnaval transforme chaque année le visage de cette petite commune de 3 500 habitants, située à l’extrémité nord du pays. Amateurs de fête et de traditions populaires, ils sont environ 25 000 à avoir fait le déplacement pour participer au dernier grand rendez-vous du carnaval dunkerquois. Lancée le 11 janvier 2025, la saison carnavalesque se prolonge jusqu’au 27 avril, au rythme des bals et des bandes. Organisées en extérieur, ces dernières se déroulent sur la voie publique, en présence de plusieurs milliers de personnes défilant au son de la musique, dans une ambiance très festive. C’est un intense moment de communion pour les carnavaleux, parés pour l’occasion de leurs plus beaux « clet’ches » (déguisements de carnaval). Tradition oblige, des bars de rue sont également dressés, contribuant à réchauffer un peu plus encore l’atmosphère. Afin que l’ambiance demeure festive, sans débordements ni troubles à l’ordre public, un important dispositif de sécurité interservices entoure chacun de ces événements. À Bergues, commune située au sein de la zone de compétence de la gendarmerie, quelque 150 militaires ont été mobilisés afin d’assurer la sécurisation de cette journée haute en couleurs.
Une journée sous haute protection
Ce 30 mars, en début d’après-midi, alors que les carnavaleux affluent en masse en direction des fortifications de l’ancienne cité minière, où se tiendra la « Bande », le capitaine Florent Malbranque, commandant de la Compagnie de gendarmerie départementale (CGD) de Dunkerque-Hoymille (59), achève son brief général dans les locaux de son unité. Objectif : rappeler à chacun les directives opérationnelles et les axes d’action prioritaires, à une heure du lancement de la Bande.
« Nous avons pour mission de sécuriser la manifestation, à l’intérieur comme aux abords des fortifications, en veillant au maintien de l’ordre public, en protégeant la population et les biens, ainsi qu’en constatant toute infraction à la loi pénale, résume le capitaine Malbranque, chef du dispositif. Consommation de produits stupéfiants ou d’alcool en grande quantité et troubles à l’ordre public constituent les principales menaces. Comme dans tout lieu de rassemblement de personnes, nous sommes aussi particulièrement vigilants à la menace terroriste. »
Les gendarmes auront pour autre rôle de canaliser la foule, notamment aux horaires d’arrivée et de départ. Lieu névralgique où convergeront 5 000 carnavaleux venus de toute la région, la gare SNCF fait l’objet d’un dispositif renforcé. « C’est un gros point noir, qui présente plusieurs facteurs de dangerosité. Le risque de bousculades, de malaises et autres accidents est important aux heures de forte affluence, principalement entre 19 heures et 20 h 30. Un dispositif de gestion des flux a donc été mis en place, en coopération avec le service de la Sûreté ferroviaire, en charge de la protection des voyageurs dans les gares comme dans les trains », rapporte le capitaine Malbranque. De nombreux carnavaleux sont en état d’ébriété. Les grands parapluies dont certains sont munis présentent également un danger lié aux câbles électriques, auxquels ils peuvent s’accrocher. Autre point de vigilance, le passage à niveau sera étroitement surveillé, pour éviter tout accident avec un train. »
Face aux enjeux multiples, un dispositif de sécurisation d’ampleur a été déployé par la gendarmerie nationale, sous l’autorité du Groupement de gendarmerie départementale (GGD) du Nord. Constitué de deux officiers, vingt militaires des Pelotons de surveillance et d’intervention de la gendarmerie (PSIG) de Hoymille et d'Hazebrouck, neuf autres de la Brigade de recherches (B.R.) de Hoymille, trente-cinq gendarmes départementaux, trois pelotons de l’Escadron de gendarmerie mobile (EGM) 29/1 de Drancy, ainsi que trente-sept réservistes, dont quatre affectés à la sécurisation des mobilités, ce dispositif comprend 150 gendarmes au total. Opérationnel dès 13 heures, il sera levé vers minuit, tandis que la cité flamande recouvrera son calme, au terme d’une journée mémorable.
Un dispositif décentralisé et offensif
En ce dernier dimanche de mars, la clameur de la foule résonne dans les rues de la ville, dont les 25 000 carnavaleux ont pris possession. Place de la République, l’Hôtel de ville de Bergues abrite le poste de commandement opérationnel, où sont réunis les différents acteurs concourant à la sécurisation de l’événement. Aux côtés de la Croix-Rouge et du Service départemental d'incendie et de secours (SDIS), les gendarmes veillent au bon déroulement des opérations, reliés par contact radio avec l’ensemble des unités déployées sur le terrain. Positionnés devant chacune des cinq portes que compte l’enceinte fortifiée de Bergues, les gendarmes contrôlent les accès à l’intérieur des murailles, où la fête bat son plein. Au cœur de la ville, gendarmes mobiles et militaires du PSIG patrouillent parmi les carnavaleux, se fondant dans la foule. Ils ont ainsi pour mission d’assurer une présence visible et dissuasive, de rendre compte de toute infraction ou difficulté susceptible de causer un trouble à l’ordre public, d’intervenir rapidement sur tout fait d’atteinte aux personnes, de contrôler les identités et de fouiller de bagages, ainsi que d’extraire les personnes interpellées.
À l’extérieur des fortifications, les militaires des brigades de Bourbourg, Hoymille et Ghyvelde, appuyés par des réservistes, effectuent des patrouilles dynamiques, quadrillant leur secteur.
En observation sur l’ensemble de la zone, les membres de la brigade de recherches opèrent en civil, fondus dans la masse, pour une totale discrétion.
Également présente, la Brigade motorisée (B.Mo.) de Hoymille, appuyée par une équipe cynophile, conduit diverses opérations de recherche de conduites addictives (alcool et produits stupéfiants).
« La sécurisation du carnaval de Bergues s’appuie sur un dispositif décentralisé et offensif, nous permettant d’intervenir immédiatement en tout point de la zone, observe le capitaine Malbranque. Nous bénéficions en outre du concours de la Force Sentinelle dans l’espace intérieur, et nous travaillons en liaison avec le SDIS et la Protection civile en cas d’incident, ainsi qu'avec la Sous-préfecture, en cas de troubles à l’ordre public. »
Face à la mairie se dresse le Beffroi. Classé au patrimoine mondial de l’Unesco, le monument mesure 47 mètres de hauteur. C’est à son sommet, au niveau du carillon, que se tient une équipe de Lutte anti-drones (LAD), armée par deux gendarmes. « Nous avons pour mission de détecter toute présence de drone sur la zone visée par l’interdiction de survol, expliquent-ils. Si un drone se présente sur notre périmètre, l’aéroscope dont nous sommes équipés émettra alors un signal et nous indiquera l’emplacement exact de l’aéronef. Nous contacterons alors le poste de commandement, lequel nous indiquera si nous nous trouvons en présence d’un drone ami. Dans le cas contraire, nous neutraliserons l’appareil à l’aide du fusil-brouilleur, puis nous relèverons la position du télépilote afin qu’il soit interpellé par une unité au sol. »
Au premier étage du Beffroi, la Cellule nationale observation exploitation de l'imagerie légale (CNOEIL) , également armée par deux militaires, complète le dispositif. « Nous nous appuyons sur trois caméras fixes, installées aux points stratégiques de la ville. Les images ainsi captées sont diffusées en temps réel sur les écrans situés devant nous. Nous sommes à l’affût de tout mouvement atypique. En cas d’anomalie, nous prévenons les patrouilles, en désignant le point géographique précis, afin que l’intervention soit immédiatement déclenchée », explique l’adjudant Robert.
L’après-midi se déroule au rythme des animations. Après le départ de la Bande, à 15 heures, se tient le traditionnel jet de fromages, saucisses et gaufres depuis le balcon de la mairie (17 heures). Place enfin au Rigodon final (19 heures), venant clore cette journée autour du kiosque situé sur la Grand Place. Une fois les festivités terminées, les gendarmes poursuivront leur action, notamment aux abords et dans l’enceinte de la gare, et en divers points périphériques, où des contrôles d’identité et des fouilles de véhicules seront réalisés jusqu'à une heure tardive.
« Malgré la très forte affluence et le caractère hautement festif de cette journée, aucun incident notable n’est à déplorer à l’issue de l’édition 2025 du carnaval de Bergues, souligne le capitaine Malbranque.
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