Une aventure unique au cœur de la jungle guyanaise entre un père et son fils – l’épreuve du terrain
- Par le chef d'escadron Romain Bastet
- Publié le 21 juin 2026
Le lieutenant Esteban, à gauche, et le major Jérôme, à droite, sur le PCFT Tampok
En Guyane, le major Jérôme, gendarme mobile, et son fils Esteban, lieutenant d’infanterie déployé en mission de courte durée à la 2e compagnie du 9e Régiment d’Infanterie de Marine (9e RIMa), poursuivent ensemble la mission Harpie contre l’orpaillage illégal. Entre opérations en forêt, vie sur les postes isolés et rares retrouvailles, ils partagent une expérience hors du commun.
Dans un précédent article, nous quittions le major Jérôme, gendarme mobile, et son fils Esteban, lieutenant d’infanterie, quelques jours avant leur départ pour la Guyane. Déployés simultanément sur la mission Harpie, père et fils s’apprêtaient alors à vivre une expérience aussi rare qu’exigeante au cœur de la Lutte contre l’orpaillage illégal (LCOI). Plusieurs semaines plus tard, entre opérations en forêt, vie sur les postes isolés et moments partagés loin de la métropole, les deux militaires vivent désormais pleinement cette aventure opérationnelle et humaine hors du commun.
Une aventure unique au cœur de la jungle guyanaise entre un père et son fils – la préparation
En Guyane, le major Jérôme, gradé en gendarmerie mobile, et son fils, Esteban, lieutenant d’infanterie, se retrouvent unis par le hasard des affectations. Ils partageront l’enfer...
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Dans la réalité de « l’enfer vert »
Avant d’évoquer les missions, le major Jérôme revient sur un souvenir particulier : l’arrivée du lieutenant Esteban à Maripasoula. Déjà présent en Guyane depuis plusieurs jours, le gendarme attend son fils sur le tarmac lorsque le casa des Forces armées en Guyane (FAG) atterrit sur l’aérodrome de Maripasoula. « C’est à ce moment-là que j’ai réellement pris conscience qu’on allait vivre cette mission ensemble », explique-t-il, lui pourtant habitué aux déplacements de plusieurs mois loin de la métropole. « Je me suis dit : “Je suis en train d’attendre mon fils à l’autre bout du monde.” »
Plusieurs semaines après leur arrivée en Guyane, le major Jérôme et son fils Esteban, lieutenant d’infanterie, ont déjà partagé plusieurs phases opérationnelles. La première lors d’une mission dynamique de LCOI où le lieutenant Esteban occupait les fonctions de chef tactique tandis que le major Jérôme assurait la direction des opérations. Un moment a particulièrement marqué le major Jérôme. Après plusieurs heures de trajet en pirogue, il rejoint le Poste opérationnel avancé temporaire (POAT) monté par les militaires de la section de son fils. « Il n’y avait rien au départ, ils ont tout construit », souligne-t-il avec admiration. Sans contact direct depuis plusieurs semaines, le major reconnaît avoir ressenti une certaine appréhension avant les retrouvailles. « Même si les comptes rendus permettent de savoir que tout va bien, il y a toujours un doute. Je me demandais dans quel état j’allais le retrouver après plusieurs semaines en forêt. » Une inquiétude rapidement dissipée lorsqu’il découvre son fils souriant et en pleine forme. « Le plaisir de le retrouver a vite pris le dessus », confie-t-il.
En fin de mandat, le major Jérôme et le lieutenant Esteban ont également été engagés ensemble sur le Poste de contrôle fluvial temporaire (PCFT) de Tampok, l’un des points stratégiques de la LCOI en Guyane. Accessible par pirogue, ce poste contrôle les flux circulant sur le fleuve, véritable axe logistique des réseaux d’orpailleurs illégaux. Chaque jour, gendarmes et militaires des FAG y inspectent les embarcations : contrôle des identités, vérification des moteurs, des destinations et du matériel transporté. Sur ce dispositif, le major Jérôme supervise le barrage tandis que le lieutenant Esteban alterne entre le poste et les patrouilles menées dans le secteur. « On se voit, on se coordonne, on vit ensemble sur le poste », résume ce dernier. Au cœur de la forêt, gendarmes et fantassins vivent en autonomie complète dans des carbets aménagés pour la mission.
Se retrouver, malgré la distance
Au-delà des missions réalisées en commun, leurs fonctions respectives les conduisent régulièrement à évoluer séparément, entre les postes isolés en forêt et Maripasoula. Les occasions de se retrouver restent donc particulièrement appréciées. « On se voit peu, mais chaque moment compte, explique le lieutenant Esteban. Dès qu’on peut, on s’appelle, on échange. Et quand on se retrouve, ce sont des moments simples : un repas, une discussion… »
Entre cadre militaire et lien filial
Sur le terrain, la collaboration entre gendarmes et militaires repose sur des principes simples : compréhension des cadres d’emploi, dialogue permanent et respect mutuel. Dans leur cas, un facteur supplémentaire vient fluidifier les échanges : leur lien familial. « Ce n’est pas une question de grade ou d’uniforme, explique le lieutenant Esteban. C’est du bon sens, de la confiance et de la coordination. Et forcément, quand on a grandi avec les mêmes valeurs, tout va plus vite. » Cette proximité se traduit par une capacité à anticiper, à se comprendre rapidement et à ajuster les manœuvres sans lourdeur. « Parfois, il n’y a même pas besoin de se parler longtemps. On est sur la même longueur d’onde », poursuit-il.
Dans cet environnement opérationnel exigeant, chacun reste pleinement dans son rôle : le major Jérôme comme commandant de détachement, le lieutenant Esteban comme chef de section. La hiérarchie est respectée, sans ambiguïté. « On reste professionnels », résument-ils d’une même voix.
Le regard des camarades, lui, est bienveillant. Tous mesurent le caractère rare d’une telle situation. « C’est une chance, reconnaît le lieutenant Esteban. Et aussi une responsabilité. Ça pousse à se dépasser. »
Au nom des traditions
Au cours de la mission, le major Jérôme a également vécu un moment particulièrement symbolique lorsque les militaires du régiment de son fils lui ont remis leur calot. Une tradition empreinte d’histoire et de cohésion, préparée plusieurs jours en amont. Le major avait notamment reçu un livret consacré à l’histoire des tirailleurs nord-africains afin de se familiariser avec les traditions et l’héritage du régiment. Avant la remise officielle, il a été invité à se présenter devant plusieurs cadres de l’unité qui l’ont interrogé sur ses connaissances. « C’était très traditionnel, mais aussi très convivial », raconte-t-il. La cérémonie s’est poursuivie sur le ponton de la Base opérationnelle avancée (BOA) de Maripasoula, où le major Jérôme a reçu symboliquement le calot du régiment sous le regard du lieutenant Esteban.
Dans un prochain article, nous retrouverons Jérôme et Esteban après une mission de plus de trois mois.
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