Trophées des chiens héros : l’adjudante Anne-Laure et son chien Phalko reçoivent le Prix Spécial J.O. Paris 2024

  • Par le commandant Céline Morin
  • Publié le 03 avril 2025
Plusieurs gendarmes en uniforme se tiennent debout sur une estrade, face à l'objectif. L'un d'eux, une femme, tient au malinois au cordeau. l'animal est assis à ses pieds et porte une muselière.
© SIRPA-G / BRC Alexandre Marcé

À l’occasion de la 5e édition des Trophées des chiens héros, qui s’est déroulée à Paris, ce mercredi 2 avril 2025, l’adjudante Anne-Laure et son chien Phalko, du groupe d'investigations cynophile d'Ambérieu-en-Bugey, dans l’Ain, ont reçu le Prix Spécial J.O. Paris 2024, qui vise à récompenser l’engagement des différents acteurs publics et privés ayant mobilisé des équipes cynophiles lors de cet événement d’ampleur. L’occasion de revenir sur le parcours et le quotidien de cette jeune équipe spécialisée dans la recherche d’explosifs, mais aussi sur le projet de maison de retraite pour les chiens de gendarmerie réformés porté par la militaire.

L’histoire de l’adjudante Anne-Laure et de son chien Phalko est celle de deux parcours atypiques qui se sont croisés.
Atypique parce qu'Anne-Laure a décidé il y a longtemps d'intégrer la gendarmerie avec la ferme intention de devenir maître de chien. Son choix de carrière s’est forgé dès la troisième, puis a été confirmé par un stage auprès des chiens guides d’aveugles. Mue par son attrait pour les animaux en général, et plus particulièrement pour les chiens, et par sa volonté de servir dans un corps armé, la gendarmerie s’impose comme une évidence : « Être au service de la population et de sa sécurité, cette mission me correspondait parfaitement. »

Après avoir obtenu son baccalauréat à 17 ans et demi et une licence en STAPS en poche, elle se sent émotionnellement prête et dotée de la maturité nécessaire pour faire face aux difficultés du métier. En 2011, à 22 ans, sans passer par la case « Gendarme adjoint volontaire (GAV) », elle réussit le concours du premier coup et intègre l’école de sous-officiers de Châteaulin. Douze mois plus tard, elle est affectée en brigade territoriale en région Rhône-Alpes (d’abord à Bourg-Argental, dans la Loire, puis à Thoiry, dans l’Ain), conformément à son choix, là encore motivé par son objectif professionnel, car « la région comptait le plus de postes de maîtres de chien ». Elle se présente rapidement aux tests de maître de chien, sans les réussir. En attendant de pouvoir les repasser, elle se présente à l'examen d'Officier de police judiciaire (OPJ), qu’elle obtient en 2015. Durant cette période, elle fait également partie de l'équipe de France militaire de rugby. En 2016, elle retente, cette fois avec succès, les tests de sélection, mais doit attendre avril 2021, en raison de la pandémie de COVID-19, pour partir en stage à Gramat.

Une prise en main déstabilisante

À son arrivée au CNICG, elle passe d’abord des tests physiques. Puis, le troisième jour, elle fait enfin la connaissance de son futur partenaire lors de la « cérémonie du mariage ». Mais cette rencontre n’est pas celle à laquelle la jeune militaire s’attendait. Phalko est un jeune berger belge malinois de deux ans à peine, particulièrement méfiant envers les êtres humains et imprévisible dans ses réactions. Leur première prise de contact est particulière, voire déstabilisante, « car il était très attaché à son instructeur et moi j’étais juste celle qui tenait sa laisse. Les premiers temps, il grognait, me montrait même les crocs. Son comportement était très certainement lié à son histoire, mais on l’ignore. Il a donc fallu gagner sa confiance à grand renfort de câlins. Il ne la donne pas facilement, mais une fois qu’elle est donnée, c’est pour toujours. Nous nous sommes progressivement apprivoisés. Il a arrêté de me montrer les dents, mais il continuait de le faire avec les autres personnes. »

Après trois mois et demi de formation, le binôme est opérationnel et rejoint sa nouvelle affectation au Groupe d'investigations cynophile (GIC) d'Ambérieu-en-Bugey, dans l’Ain, dès le 15 juillet 2021. Toutefois, si Phalko a acquis toutes les technicités requises pour être opérationnel en matière de recherche d’explosifs, il n’est toujours pas apte à la vie en société, que ce soit au contact des hommes ou de ses congénères. « Au cours des deux premières semaines, il a mordu trois de mes collègues. Il n’avait aucun des codes ou des signaux que les chiens envoient habituellement avant d’attaquer. C’était une situation très compliquée dans une technicité où le chien travaille souvent en liberté. Il a donc fallu lui inculquer ces codes et le réadapter à la vie aux côtés des humains. Cela a suscité beaucoup de remises en question, mais j’ai eu la chance d’être accompagnée et conseillée par mes collègues du GIC. »

« Le chien d’une vie »

Au cours de cette phase de réadaptation, qui a duré environ un an et demi, il a aussi fallu rééduquer Phalko dans ses rapports sociaux avec les autres chiens. « Au début, c'était catastrophique. Alors je l’ai mis au contact d’un de mes chiens personnels, qui l'a aidé à reprendre confiance avec ses congénères. Aujourd'hui, ça se passe bien avec les autres chiens du chenil, et avec Stark, mon second chien opérationnel, spécialisé en piste-défense, ils sont toujours en train de jouer. Mais lors de cette cérémonie, j’ai quand même préféré qu’il soit muselé pour éviter tout incident. »

Loin d’être simple, ce premier binômage aura eu l’avantage, de son propre aveu, de faire « grandir » l’adjudante Anne-Laure dans le domaine cynophile. « Il m’a poussée à chercher des solutions et à mettre en place de nouvelles méthodes de travail. Aujourd’hui, il a vraiment changé. Il me fait totalement confiance et je peux tout faire avec lui ; je suis devenue son repère. Mais je n’aurais pas réussi toute seule, nous nous sommes investis tous les deux. Même si j’ai un second chien depuis avril 2023, et que j’en aurai d’autres par la suite, je pense que Phalko sera vraiment le chien d'une vie. En plus d'être le premier, c'est le chien qui m'a vraiment tout appris et il est vraiment très attachant. »

Photo d'une femme gendarme, assise sur la pelouse, de biais par rapport à l'objectif, face à son malinois, qu'elle tient au niveau des épaules
© D.R.

L’heure des premiers engagements

Tout en poursuivant cet apprentissage comportemental, Anne-Laure et Phalko font très rapidement leurs premiers pas sur le terrain. Une semaine après la fin du stage, l’équipe était ainsi engagée à Ambert à l’occasion de la visite officielle du Premier ministre, venu décorer les gendarmes intervenus lors de la tragique nuit du 22 au 23 décembre 2020, au cours de laquelle trois gendarmes avaient été tués et un quatrième blessé par les tirs mortels d’un homme retranché. « C'était ma première mission de décontamination, ma première visite officielle. J'étais en binôme avec un autre collègue explo pour assurer un tuilage lors de mes premières interventions. »

Après une année 2021 assez calme pour les chiens explo, les missions vont s’enchaîner sur fond de menace terroriste prégnante  : visites officielles, événements sportifs tels que le Tour de France, puis le procès des attentats à Paris en juin 2022, « ma première mission en autonomie totale, particulièrement intense et marquante de par son ampleur et son caractère historique ». À l'automne 2023, l'ancienne joueuse de rugby participe à la sécurisation des épreuves de la Coupe du monde de rugby, un avant-goût de ce qui l'attend l'année suivante, marquée par les Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024.

Photo d'un malinois assis sur la première marche d'un podium
© D.R.

« Je suis descendue à Marseille pour l'arrivée de la Flamme le 8 mai. Il devait bien y avoir une cinquantaine de chiens issus de toutes les administrations possibles. En deux jours, nous avons décontaminé près de 3 000 bateaux. C'était plutôt intense, mais vraiment chouette d’assister à cet événement et d’y contribuer à mon niveau. Ensuite, j'ai suivi toutes les étapes des Relais des Flammes Olympique et Paralympique en région Rhône-Alpes. Pendant les Jeux, je suis restée mobilisée en Rhône-Alpes, car depuis le mois de juin 2024, Phalko est le seul chien explo de la région en gendarmerie départementale. Il y a trois autres chiens explo en gendarmerie des transports aériens et un cinquième en police. Mais cela reste peu pour notre zone d’action. Nous avons principalement décontaminé le Groupama Stadium, des sous-sols au plafond. Le jour de la première décontamination, il devait y avoir une trentaine de chiens, avec des renforts européens. Ensuite, lors des Jeux, nous étions deux équipes cyno, accompagnées des EOR (Explosive Ordnance Reconnaissance) et des démineurs. »

Sa dernière intervention marquante a eu lieu en mars 2025, sur un véhicule suspect, dans un contexte de menaces terroristes visant la société de la victime. « Le contexte était très tendu. La situation a nécessité la mise en place d’un périmètre de sécurité, l'évacuation des habitations voisines, une interaction avec les pompiers, la préfecture et les démineurs. C’était vraiment une situation où le risque était élevé. »

Œuvrant le plus souvent dans l’ombre, les équipes cynophiles explo sont plus régulièrement engagées qu’on ne le croit : « Nous sommes appelés sur de nombreuses missions de décontamination en amont des visites officielles d’autorités ou de grands événements, y compris les concours de sous-officiers ou d’OPJ. On intervient aussi sur les colis ou véhicules suspects. »

En 2024, avec l’impact des JOP, l’adjudante et Phalko ont ainsi mené 57 interventions (contre 39 en 2023), soit en moyenne une par semaine, représentant quelque 238 h 30 de recherche.

Photo d'un malinois dressé contre des caisses en bois, tenu au cordeau par sa maîtresse gendarme, au cours d'une mission
© D.R

Un projet de maison de retraite pour les chiens réformés

Outre la promotion de sa spécialité et la reconnaissance du travail de Phalko, l’adjudante a aussi vu dans cette candidature pour les Trophées des chiens héros l’occasion rêvée de sensibiliser le monde cynophile comme l’institution à la situation des chiens gendarmerie réformés ne pouvant pas rester avec leur maître ou être placés en famille d’accueil pour des raisons comportementales, comme Phalko.

« Pour faire face à ce problème, j’ai monté une association avec une camarade, « K9 Unit, Mission Retraite », dans le but de créer la première maison de retraite Gendarmerie pour accueillir ces chiens et les sauver d’une issue souvent fatale. L’idée est d’abord de monter une structure à vocation locale, où les maîtres de chien continueraient à s’occuper de leur compagnon. Dans un second temps, nous espérons que notre projet inspirera d’autres initiatives sur le territoire, explique la militaire. De notre côté, les choses avancent bien. Avec l’aide du groupement de l’Ain, nous avons potentiellement trouvé un terrain. Par ailleurs, le CNICG nous a invitées à tenir un stand lors de la cérémonie célébrant ses 80 ans d’existence, c’est une belle preuve de soutien de la part du Centre. »

Un projet que l’adjudant-chef Anne-Laure compte bien soumettre aux prochains Trophées des chiens héros, cette fois dans la catégorie « partenaires ».


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