Sommet International de la Francophonie : enjeux sécuritaires et gestion des escortes au cœur de la manœuvre

  • Par le commandant Céline Morin
  • Publié le 02 octobre 2024
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Les 4 et 5 octobre 2024, la France accueillera le 19e Sommet international de la Francophonie (SIF). La journée du 4 octobre se déroulera au sein de la Cité internationale de la langue française (CILF), à Villers-Cotterêts, dans l’Aisne (02), en zone gendarmerie. Près de 120 délégations internationales sont attendues, dont une soixantaine de chefs d’État ou de gouvernement. À l’enjeu majeur de sécurité s’ajoute celui de la mobilité, avec l’escorte des différentes autorités jusqu’à et depuis Villers-Cotterêts. Le général de corps d’armée Tony Mouchet, Directeur des opérations et de l’emploi (DOE), revient sur ces enjeux et explique le rôle de la DOE dans la manœuvre.

Quels enjeux revêt ce 19Sommet international (SIF) de la Francophonie pour la gendarmerie, et plus particulièrement pour la Direction des opérations et de l’emploi ?

Général de corps d’armée Tony Mouchet : il faut tout d’abord remettre cet événement dans son contexte : le sommet de la francophonie se tient en France et cela fait 33 ans que cela n’a pas été le cas. Près de 120 délégations étrangères - c’est-à-dire a minima des ministres ou des ambassadeurs - sont attendues, dont une soixantaine de chefs d’État et de gouvernement, seront présentes. C’est donc un événement majeur et très symbolique pour notre pays. En amont du sommet, quelques événements autour de la francophonie ainsi que des réunions préparatoires se dérouleront à Paris, puis le sommet à proprement parler se tiendra le 4 octobre à Villers-Cotterêts, lieu ô combien symbolique, situé dans notre zone de compétence, avant de se poursuivre le soir même à l’Élysée, puis le lendemain au Grand palais, à Paris, qui abritera la réunion des chefs d’État.

Après l’anniversaire du Débarquement et les JOP, c’est le troisième grand événement que notre pays organise et auquel la gendarmerie contribue activement. Les enjeux pour la gendarmerie sont classiques pour ce type d’événement. Ils sont tout d’abord sécuritaires : nous contribuons à la protection les lieux - notamment à Villers-Cotterêts - et des déplacements des délégations dans notre zone de compétence. En lien avec nos partenaires, il nous faudra anticiper les risques et menaces, et protéger, dans toutes les dimensions, les sites qui nous sont confiés. Il y a également l’enjeu lié à la gestion des flux au cours de la journée du 4 octobre. Il nous faudra en effet assurer, avec la Préfecture de Police (P.P.) de Paris, le transfert des quelque 120 délégations depuis une trentaine de lieux situés dans Paris ou aux abords, y compris directement depuis l’aéroport, jusqu’à Villers-Cotterêts, et ce dans le respect du cadencement protocolaire. Nous aurons la même contrainte au retour le soir même, à destination des hôtels ou de l’Élysée, où se tiendra le dîner des chefs d’État.

Nous avons une bonne expérience des escortes multiples, notamment depuis les Jeux de Paris. Ceci étant, j’ai cru comprendre que c’est la première fois que le SDLP (Service De La Protection), chargé de la sécurité des délégations, doit mettre en place autant d’escortes en même temps, sur une distance aussi longue. En termes de sécurité, en termes de coordination interservices, ce n’est donc pas une manœuvre anodine.

Tout ceci contribue au bon déroulement du sommet et donc indirectement à l’image de la France dans l’organisation de tels événements.

Pour la DOE, le rôle est classique et maintenant bien rodé. Nous assurons - essentiellement le CNO - l’appui à la planification pour l’échelon territorial, la génération des forces, la coordination quand cela est nécessaire avec les autres services et, enfin, en conduite, nous effectuons le suivi de l’ensemble de l’opération.

Quelles seront les forces engagées pour répondre à l’ensemble de ces missions ?

GCA T. Mouchet : pour la journée du 4 octobre, la gendarmerie va mobiliser six Escadrons de gendarmerie mobile (EGM), qui seront déployés sur le site de Villers-Cotterêts, 180 motocyclistes, soit 50 % du dispositif total, qui seront issus des régions de gendarmerie des Hauts-de-France, d’Île-de-France (RGIF) et Grand Est, 72 cavaliers, ainsi que tous les moyens classiques contribuant à la bonne tenue de cette manœuvre, qu’il s’agisse de lutte anti-drone, de moyens aériens, de police judiciaire, de renseignement ou d’intervention spécialisée. Au total, près de 1 300 militaires, d’active et de réserve, seront mobilisés sur cette seule journée. À cet effet, le Groupement de gendarmerie départementale de l’Aisne (GGD 02) sera renforcé par des moyens zonaux ainsi que par des moyens nationaux. Nous aurons par ailleurs à nos côtés, à Villers-Cotterêts, cinq Compagnies républicaines de sécurité (CRS).

Pour en revenir à la mobilisation des motocyclistes, je tiens à souligner l’élongation de leur engagement. Ils seront en effet présents tôt le matin, dès la séquence de déminage des véhicules, jusqu’à la dépose finale à l’hôtel de l’autorité le soir après les réceptions. Pour des raisons de cohérence missionelle, la Préfecture de police (P.P.) et nous-mêmes avons choisi de constituer des blocs « véhicules-escorte-autorité » et de ne pas les changer pour la journée. Chaque patrouille sera doublement géolocalisée, ce qui permettra à chacune des forces de connaître la position des différents cortèges. Cette coordination entre police, P.P., gendarmerie et le SDLP, est fondamentale ; des officiers de liaison seront présents au sein des différents postes de commandement, à Villers-Cotterêts et à Paris.

La mobilisation des cavaliers est également hors norme. Les escouades seront employées en mission de sécurisation dans les espaces verts et boisés à l’arrière de la Cité internationale de la langue française, qui seront interdits à la circulation et aux personnes, et qu'il nous faudra contrôler dans la profondeur. Le cheval et son cavalier sont des outils parfaitement adaptés à cet environnement.

J’ajouterai enfin que quelques gendarmes, essentiellement des militaires de la garde républicaine et de la RGIF, seront également employés les 2, 3 et 5 pour des missions d’appui en matière de sécurisation et de décontamination des sites et des véhicules. Quelques motocyclistes pourraient aussi participer au dispositif d’escorte le 5 octobre, mais le besoin en effectifs étant moindre, il sera quasi exclusivement réalisé par la P.P.

Vous avez évoqué le rôle de la DOE dans la génération de forces. Pouvez-vous nous en dire plus sur l’ensemble des missions du ressort de l’échelon central ?

Lors des événements comme le SIF ou d’événements d’ordre public, comme l’été maraîchin, la DOE est présente très en amont pour appuyer le Centre zonal des opérations (CZO) dans la planification et la préparation de la manœuvre, dont ce dernier garde la responsabilité. S’agissant du SIF, nous avons commencé à travailler sur le dossier dès le printemps dernier, en lien avec le Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE) et l’Élysée. Nous anticipions que la période des JOP serait peu propice à la préparation de cette mission.

Dès la sortie des Jeux, nous avons affiné les besoins avec la région de gendarmerie des Hauts-de-France et la P.P., et travaillé à la génération des forces. La forte mobilisation de la gendarmerie mobile dans les outre-mer, et particulièrement en Nouvelle-Calédonie, où 35 EGM sont déployés fin septembre 2024, rendait l’exercice complexe. Avec les autorités administratives et les chefs territoriaux, nous avons pu trouver les bons équilibres pour assurer cette mission et garantir les capacités d’engagement de la gendarmerie mobile. Cinq CRS sont ainsi déployées à nos côtés.

Une fois les besoins identifiés, nous entrons concrètement dans la phase de génération de forces, c’est-à-dire la désignation des unités, qui se trouve à la fois dans la main de l’échelon zonal pour ses moyens propres et dans celle de la DOE, s’agissant des moyens nationaux ou provenant des autres zones. Tout cela se fait dans un dialogue permanent entre le CZO et la DOE. À l’instar de ce que nous avons fait pour les JOP avec les compagnies de marche, nous avons constitué une force de 180 motocyclistes à partir de trois régions zonales, qui seront engagés avec autant de motocyclistes de la police nationale le 4 octobre.

Enfin, durant la phase de conduite de l’opération, le CNO met en place les outils de remontée de l’information et de retransmission d’images, et fait le lien avec les échelons supérieurs. Sur tous ces grands événements, nous activons également un Groupe de suivi et de conduite des opérations (GSCO) qui assure le suivi et la coordination entre les différentes forces. Il fait l’interface entre l’administration centrale et le COMFORGEND. Nous sommes également en capacité d’appuyer en conduite les régions en cas d’événements.

La DOE ne se substitue pas au chef opérationnel, mais vient bien en appui de sa manœuvre, en lui apportant toute l’expertise et tous les outils de suivi des opérations dont nous disposons.


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