Rencontre avec le général José Montull à l’occasion des 20 ans de l’OCLTI

  • Par propos recueillis par la lieutenante Floriane Hours
  • Publié le 26 mai 2025
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Créé à la suite du décret du 12 mai 2005, l’Office central de lutte contre le travail illégal (OCLTI) célèbre cette année ses vingt ans d'existence. Durant ces deux décennies, l’office, qui regroupe des gendarmes, des policiers ainsi que des membres de l’inspection du travail et de l’URSSAF, n’a cessé d’évoluer au fil des généraux qui l’ont commandé. Le général José Montull, qui en a pris le commandement depuis août 2023, compte bien poursuivre la transformation de cet office aux missions souvent méconnues et pourtant centrales dans la lutte contre la criminalité organisée.

Mon général, dans quel but l’OCLTI a-t-il été créé en 2005 ?

Lorsque l’OCLTI a été créé, c’était pour agir au cœur d’un sujet : le travail illégal. Il y avait auparavant une délégation interministérielle appelée la DILTI (Délégation Interministérielle de Lutte contre le Travail Illégal), mais il fallait un bras armé pour agir plus efficacement. C’est dans ce but que l’OCLTI a été créé. Au début, ils n'étaient que six, et aujourd’hui nous sommes 38. Comme tous les offices, nous avons une dimension interministérielle et travaillons bien sûr avec la police. Nous avons également eu le plaisir d’accueillir au fil des années des agents de l’inspection du travail. Nous avons actuellement une policière, deux représentants de l’inspection du travail et un inspecteur de l'URSSAF, mais nous pourrions aussi accueillir un magistrat et un représentant de la DGFIP (Direction Générale des Finances Publiques). Outre les effectifs présents au sein de l’office, nous pouvons aussi nous appuyer sur une chaîne fonctionnelle composée de 2 400 personnels ETTIFS (Exploitation par le Travail, Travail Illégal et Fraudes Sociales) et de 40 Cellules de lutte contre le travail illégal et fraudes sociales (CELTIFS). Cela peut paraître beaucoup, mais c’est peu au vu de l’ampleur de ce type de criminalité. Pour rappel, la fraude sociale coûte 13 milliards d’euros par an en France, soit trois fois plus que la délinquance liée aux stupéfiants.

Comment l’office est-il organisé aujourd’hui ?

Aujourd’hui, l’office intervient dans trois domaines : la fraude sociale, la lutte contre le travail illégal et l’exploitation par le travail. Pour cela, l’OCLTI est organisé en deux divisions. La première est la division des enquêtes judiciaires, articulée autour de pôles d'expertise : un pôle consacré au travail illégal, un autre à la fraude sociale, un troisième à la traite des êtres humains, ainsi qu'un pôle dédié aux objectifs prioritaires et à la fraude sur Internet.
La seconde est la division du renseignement et de la stratégie, qui comprend un groupe d'analyse stratégique, un groupe chargé de l'animation territoriale et partenariale, un groupe dédié à la coopération internationale et à la documentation opérationnelle, ainsi qu'un groupe, le GAR (Groupe d’Appui Renseignement), consacré au renseignement, notamment au renseignement humain, à travers la gestion des sources. Il est important de noter qu'il existe une grande transversalité dans le travail de renseignement, chaque composante de cette division ayant sa tâche à accomplir pour reconstituer le puzzle. L'objectif est de parvenir, à partir d'un renseignement, à entraver l’activité des réseaux criminels.
Tout cela a-t-il vocation à évoluer ? Bien sûr ! L’Office central évolue en permanence, car notre environnement change sans cesse. Nous devons sans cesse nous adapter à un environnement criminel, normatif et sociétal en constante évolution. En revanche, ces évolutions ne doivent pas générer d'instabilité, et c’est là que réside la difficulté : il faut trouver le juste équilibre entre adaptabilité et instabilité. Mais un office qui n'évoluerait pas serait voué à disparaître. C’est pourquoi je pense que tous les offices ont une certaine souplesse et autonomie qui leur permet de s'adapter rapidement à l'évolution de leur environnement.

Quelles grandes évolutions ont marqué l’office au cours de ces deux décennies ?

Depuis sa création, chacun des six chefs qui ont commandé l’office a apporté sa contribution. Le général Thuriès, par exemple, s’est attaqué à la question de la fraude sociale. Sur les deux années écoulées, l'évolution a porté sur une réorganisation visant à doter l'office d'une capacité de renseignement et d’analyse stratégique. Nous avons également développé des capacités d'enquête sur la criminalité organisée ainsi que d’enquête sous pseudonyme. Tels sont les changements apportés. Développer le renseignement, la gestion des sources et la lutte contre la criminalité organisée a constitué une petite révolution culturelle. J'accorde beaucoup d'importance à ce sujet, car cela permet de changer l'image que les sections de recherches pouvaient avoir de l’office, qui était jusqu’alors perçu comme un organisme uniquement centré sur les entreprises qui violent la règle, avec des dossiers qui durent des années et qui visent simplement à faire changer la jurisprudence.
Ce changement d’image se reflète également dans le processus de recrutement. Auparavant, nous recrutions principalement des personnels formés à la lutte contre le travail illégal, qui étaient des techniciens dans ce domaine. Notre processus de recrutement a évolué. Nous recrutons désormais des personnes ayant un parcours dans la lutte contre la criminalité organisée, et nous leur enseignons ensuite les techniques liées au travail illégal, à la fraude sociale et à la traite des êtres humains. On change un peu le logiciel.

Quels sont les prochains enjeux auxquels l’office devra faire face ?

La criminalité évolue, et l’office doit en faire autant. Comme tous les autres outils d’enquête, nous devons changer notre façon de faire. Nous ne devons plus nous concentrer uniquement sur des affaires au long cours mais travailler sur différents niveaux de la criminalité et ne pas nous limiter aux PME du crime, mais aussi s'attaquer aux GAFA du crime. Pour cela, mon expérience au sein de l’OFAST est très intéressante, notamment concernant la mise en place d'objectifs prioritaires au sein de l’office. Ces objectifs peuvent concerner des personnes ou des structures, et la cessation de leurs activités permet d’entraver durablement un réseau de criminalité organisée. Pour faire avancer cela, il faut, selon moi, innover dans les stratégies d'enquête et accélérer le rythme pour pouvoir audiencer rapidement notre contentieux. Si vous mettez six ans à instruire un dossier de travail illégal, quand il arrive à l'audience, ça ne percute pas. Il faut donc que notre travail d'enquête soit efficace pour que la sanction à l'audience soit vraiment dissuasive et pédagogique.

Une carrière en filière P.J. depuis 2006

« Je suis entré dans la gendarmerie en 1993, à ma sortie de Saint-Cyr. J'ai ensuite suivi un parcours assez classique jusqu'en 2006. J’ai commandé en gendarmerie mobile, en territoriale, puis en compagnie. À l'issue de l'école de guerre, en 2006, j'ai pu choisir mon affectation et c’est à ce moment-là, que j’ai décidé de rejoindre la police judiciaire en intégrant l’OCLDI (Office Central de Lutte contre la Délinquance Itinérante). J’étais chef de la division de l'appui. Je m'occupais du renseignement, de la dimension internationale et de l’observation-surveillance. Ces appellations n'existent plus aujourd’hui. Je suis resté cinq ans à l’OCLDI avant de prendre la tête de la Section de recherches de Pau, puis de celle de Bordeaux. J'ai ensuite passé deux ans à la Sous-direction de la police judiciaire (SDPJ), puis j'ai rejoint l'OFAST où j'étais chef du renseignement jusqu’en 2023, date à laquelle j'ai pris le commandement de l’OCLTI. Je trouve que ce qui est intéressant, enfin, ce qui m'est utile, c'est d'avoir été dans des offices police et gendarmerie, avec des offices plus techniques comme l'OCLTI et des offices davantage liés au haut du spectre de la criminalité organisée comme l’OFAST, mais aussi d'avoir vu le niveau régional avec les S.R. Cela donne une vision globale de la criminalité. »


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