Nouvelle-Calédonie : rencontre avec le capitaine Willy Bé, Officier des îles Loyauté

  • Par le capitaine Tristan Maysounave
  • Publié le 02 novembre 2024
Le capitaine Willy Bé.
© GEND/ SIRPAG/ MDC LAPOINTE

Dans les îles Loyauté, l’action des gendarmes est coordonnée par un officier rattaché à la compagnie de gendarmerie départementale de Nouméa. Le capitaine Willy Bé nous fait découvrir ce poste atypique.

La province des îles Loyauté constitue l’une des trois provinces de Nouvelle-Calédonie. Elle est composée de quatre îles, dont la principale est Lifou, avec une superficie de 1 200 km² et une population d’un peu moins de 10 000 habitants. Deux brigades de gendarmerie y sont implantées. Les îles de Maré et d’Ouvéa disposent chacune d’une brigade. La quatrième île, Tiga, n’en compte aucune. Les unités sont armées par des gendarmes territoriaux, renforcés par des gendarmes mobiles. L’animation et la coordination de leur action sont assurées par l’Officier des îles Loyauté (ODIL). Rattaché à la compagnie de gendarmerie départementale de Nouméa, il est positionné sur l’île de Lifou. Depuis le 1er août 2024, ces fonctions sont assurées par le capitaine Willy Bé.

Devenir Officier des îles Loyauté

« Je suis rentré en gendarmerie en 1996 dans le cadre de mon service militaire. À l’issue de ma formation initiale de sous-officier, j’ai servi dans différentes unités du groupement de gendarmerie départementale de la Marne pendant 20 ans. En 2016, j’ai réussi le concours d’Officier de gendarmerie rang (OGR). À l’issue, j’ai commandé la Communauté de brigades (CoB) de Saint-Astier, avant de devenir commandant en second de la Compagnie de gendarmerie départementale d'Agen.
À l’issue de ces postes, je souhaitais servir en outre-mer, car je n’avais pas encore eu l’occasion de le faire pendant mon parcours. Ma volonté était d’être affecté le plus loin possible de la métropole afin de vivre une expérience singulière. J’avais donc positionné la Nouvelle-Calédonie dans mes premiers vœux. La gendarmerie m’a entendu en me confiant le poste d’Officier des îles Loyauté.

Je suis le deuxième personnage de l’État sur les îles Loyauté après le commissaire délégué de la République pour la province des Îles Loyauté. Nous avons des échanges fréquents et nous travaillons en étroite collaboration. Le relationnel est primordial dans mes missions. Je suis pleinement en prise avec la population, des paysans jusqu’aux maires, en passant par les coutumiers. Ils ont conscience que je dispose de certaines clés pour résoudre les problématiques en m’appuyant sur les gendarmes locaux. »

La prise de fonction

« Lors de la prise de fonction, il y a une tradition un peu particulière à respecter. À l’arrivée sur les îles Loyauté, j’ai d’abord rencontré le grand chef du district du Wetr, à Lifou, l’un des trois grands chefs de l’île, car c’est sur ce district que se situe l’aéroport, afin de lui présenter la coutume de bonjour. J’ai ensuite reproduit les mêmes gestes auprès des grands chefs de chaque île. Ce n’est pas quelque chose que nous sommes habitués à faire en gendarmerie. En conséquence, nous parlons essentiellement en suivant notre cœur et en nous appuyant sur les conseils de nos camarades. Il s’agit de moments assez forts, au cours desquels nous exprimons notre respect et notre humilité envers la culture Kanak. Nous nous présentons avec des cadeaux, et notamment avec le manou, qui est une pièce d’étoffe traditionnelle. En retour, la tribu témoigne de sa considération envers ce que nous représentons. L’atmosphère d’accueil est positive et nous permet de réaliser à quoi va ressembler notre quotidien pendant notre séjour. »

La vie insulaire

« Vivre sur les îles Loyauté constitue une expérience unique en gendarmerie. Mon épouse m’a suivi dans cette aventure. Le choix de servir en outre-mer était une décision commune. Elle avait donc appréhendé ce que cela pouvait représenter. Le gendarme souhaitant servir dans les îles Loyauté doit avoir conscience que nous sommes confrontés à une double insularité : celle de la Nouvelle-Calédonie, à laquelle s’ajoute le fait de vivre à Lifou, Maré ou Ouvéa. Bien que la vie ne soit pas nécessairement plus difficile qu’ailleurs, il est important de bien mesurer sa décision.

L'hélicoptère de la SAG décollant depuis Lifou.
© GEND/ SIRPAG/ MDC LAPOINTE

Dans le cadre de mes fonctions, mes déplacements ne peuvent se faire que par les airs. Je me rends au moins une fois par mois dans chacune des îles afin de rencontrer les gendarmes des différentes unités ainsi que les élus locaux. J’emprunte parfois les liaisons assurées par Air Calédonie, mais celles-ci m’obligent à faire escale à Nouméa. C’est pourquoi la Section aérienne de la gendarmerie assure le plus souvent ces trajets. C’est un moyen de locomotion peu commun. »

Le lien avec la population

« Sur les îles, la mission principale des gendarmes est le contact avec la population. Elle est essentielle car elle permet d’obtenir du renseignement. Le gendarme doit faire attention à ce que son action ne soit pas perçue comme excessivement répressive, ce qui pourrait ternir les relations avec la population. Au quotidien, il doit donc faire preuve de discernement, notamment en matière de sécurité routière. Son action doit également se montrer respectueuse du mode de vie local et prendre en compte l’importance du droit coutumier dans le traitement des litiges. Les habitants disent qu’en métropole “nous avons la montre, mais qu’ici ils ont le temps.”

Au cours de la crise qui a secoué la Nouvelle-Calédonie à partir du mois de mai 2024, le lien n’a jamais été réellement perdu avec la population des îles. Certaines d’entre elles ont néanmoins connu des tensions, raison pour laquelle les brigades locales ont été renforcées par des gendarmes mobiles. Les gendarmes territoriaux ont multiplié les échanges avec les coutumiers qui disposaient des clés afin d’apaiser la situation, par exemple sur l’île de Maré. Aujourd’hui, les éléments qui cristallisaient les tensions évoluent favorablement. Nous constatons un retour progressif à la normale. »


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