Le lieutenant-colonel Erwan Coiffard succède à la colonelle Marie-Laure Pezant au poste de porte-parole de la Gendarmerie nationale

  • Par la rédaction du site Gendinfo
  • Publié le 01 août 2025
Portrait en buste du lieutenant-colonel Erwan Coiffard, en chemisette bleue gendarmerie, les bras croisés, vu de trois-quarts face.
Le lieutenant-colonel Erwan Coiffard, porte-parole de la Gendarmerie nationale.
© Sirpa-G - MDC B. Lapointe

À tout juste 39 ans, le lieutenant-colonel Erwan Coiffard devient, à compter du 1er août 2025, le nouveau porte-parole de la Gendarmerie nationale. Marié et père de trois enfants, cet officier au parcours résolument opérationnel succède à la colonelle Marie-Laure Pezant, appelée à diriger le groupement de gendarmerie départementale du Morbihan. Entretien.

Mon colonel, pouvez-vous retracer brièvement votre parcours au sein de la gendarmerie ?

Je suis issu du recrutement universitaire. À ma sortie de l’École des officiers de la gendarmerie nationale (EOGN) en août 2013, j’ai choisi la gendarmerie mobile. J’ai débuté comme commandant du peloton d’intervention de l’escadron 24/1 de Maisons-Alfort. Quatre ans plus tard, j’ai pris le commandement de l’escadron 44/7 de Beaune, que j’ai quitté à l’été 2019 pour diriger l’antenne GIGN de Martinique. J’y suis resté trois ans, période durant laquelle j’ai passé le concours de l’ES2 (Enseignement Supérieure de deuxième degré). À mon retour en métropole, j’ai donc intégré la 30promotion de l’École de guerre pour une année de scolarité. À l’issue, en août 2023, j’ai pris le commandement de la compagnie de gendarmerie départementale de Lorient, dans le Morbihan.
Cette première partie de carrière s’est donc construite sous le prisme de l’opérationnel, avec trois commandements distincts dans les domaines du maintien de l’ordre, de l’intervention spécialisée et de la sécurité publique générale.

De toutes ces expériences, laquelle est la plus marquante ?

Elles sont toutes uniques et marquantes. Mais je dirais que la compagnie se distingue par la transversalité permanente qui existe entre l’institution, la population, les autorités administratives et judiciaires, les élus et les partenaires locaux. Le commandant a notamment pour rôle de faire le lien avec tous ces acteurs. C’est finalement un poste où l’on est pleinement immergé dans la société et dans un territoire donné, dont on vit au rythme de l’actualité, ce qui tranche avec mes précédentes expériences. En gendarmerie mobile, nous sommes en effet souvent confrontés à des moments de forte intensité, dans des lieux variés, loin de notre lieu d’implantation. Et en intervention spécialisée, nous sommes encore plus en retrait. À la Martinique, j’avais toutefois la particularité d’être compétent sur l’ensemble de l’île, ce qui était aussi très intéressant.

Qu’est-ce qui vous a motivé à candidater sur le poste de porte-parole de la Gendarmerie nationale ? 

Lorsque j’ai vu passer l’appel à volontaires, j’ai d’abord contacté la colonelle Marie-Laure Pezant, alors porte-parole, pour en apprendre davantage sur le poste, au-delà de l’image extérieure que je pouvais en avoir. J'étais curieux de connaître les contours et les coulisses du rôle de porte-parole au quotidien. Ces échanges m’ont confirmé que cette fonction présentait un positionnement particulièrement intéressant, qui nécessitait de garder un contact avec les militaires de la gendarmerie au quotidien, mais aussi de valoriser leur action et de la traduire vis-à-vis de la population. C'est ce qui m'a décidé à proposer ma candidature, en mettant en avant mon parcours singulier et très opérationnel. J'ai ensuite passé plusieurs entretiens avec le directeur de cabinet du DGGN, le chef du Sirpa-G et la porte-parole, avec des mises en situation et de nombreux échanges sur ma motivation, mon profil ainsi que les exigences et les attentes liées au poste. Enfin, au printemps dernier, le directeur général de la gendarmerie m’a reçu pour m’annoncer que j’avais été retenu et me livrer ses attentes quant à la fonction.

Vous avez évoqué les exigences du poste. Comment envisagez-vous ce nouveau rôle et comment vous y êtes-vous préparé ?

Être porte-parole, c’est représenter la gendarmerie, mais aussi ses 137 000 femmes et hommes. Selon moi, et pour en avoir beaucoup discuté avec la colonelle Pezant et d'autres prédécesseurs, l’un des premiers écueils serait de personnifier la fonction. Comme un commandant représente son unité sans se confondre avec elle, le porte-parole porte la voix de l’Institution et la représente sans s’y substituer. C'est ainsi que je le conçois. Je vois cette fonction comme l'occasion de faire le lien, comme je l'expliquais précédemment, entre l'action quotidienne des militaires sur le terrain et la population, grâce aux nombreux vecteurs de communication.

Ce rôle exige bien évidemment de se préparer. D’abord mentalement, pour faire face aux différentes échéances et sollicitations à venir, mais aussi techniquement. Depuis ma nomination, j'ai ainsi pu suivre plusieurs formations. J’ai également pu échanger longuement avec la colonelle Pezant et la suivre pendant un temps de tuilage. C’était une volonté partagée et ce que l’on peut qualifier de passage de relais s’est avéré essentiel. L’observer dans ses fonctions, voir sa manière de travailler, rencontrer ses interlocuteurs m’a permis de mieux me projeter dans le poste. Il m’appartient désormais de me l’approprier avec ma propre sensibilité et ma vision des choses. Je pense que cela m’a mis sur les bons rails.

Des expériences précédentes vous ont-elles particulièrement prédisposé à cette fonction ?

J’ai toujours été sensible aux enjeux de communication, en particulier dans leur dimension stratégique. En plus d’un master 2 en droit, j'ai également obtenu un master 2 en management de l'information stratégique. Un domaine que j'ai d’ailleurs pu redécouvrir lors de ma scolarité à l'École de guerre, où j'ai participé à un comité de communication.
Et puis, comme tous les commandants de compagnie, j’ai eu l’occasion de dialoguer quotidiennement avec la presse, les élus et les partenaires locaux. Cette transversalité, dont je parlais plus tôt, me semble être un véritable atout pour aborder sereinement les exigences du poste de porte-parole.

Votre nomination marque une transition après trois femmes successives à ce poste. Comment l’interprétez-vous ? 

Avant tout, je tiens à dire que ma nomination ne relève pas de mon genre, mais plutôt, selon moi, de mon profil opérationnel, marqué par trois commandements dans trois spécialités, ce qui, à mon grade, reste peu courant.
On peut aussi y voir la preuve de la complémentarité des profils au sein de la gendarmerie. Une nouvelle nomination de femme à ce poste aurait pu donner, à tort, le sentiment que le poste était réservé à un genre. Ce qui n’est jamais le cas en gendarmerie. Paradoxalement, le fait qu’un homme succède à trois femmes est pour moi synonyme d'ouverture.
Mais c’est effectivement une question que l’on me pose souvent depuis ma nomination. Ce qui est frappant, c'est que de nombreuses camarades féminines m’ont confié être contentes que ce soit un homme, justement pour éviter de figer l’image du poste.

Quelle est, selon vous, la place de la communication aujourd’hui pour une institution comme la gendarmerie, et quels sont les principaux défis dans ce domaine ?

L’information est aujourd’hui omniprésente. L’environnement médiatique, marqué par la rapidité de l’information, la multiplicité des réseaux sociaux ainsi que l’utilisation de l’intelligence artificielle pour fabriquer des fausses informations, est également propice à une désinformation accrue, source de potentielles polémiques.
La communication est donc devenue un enjeu central pour la gendarmerie, comme pour toute institution. Et les défis sont nombreux. Le principal consiste, selon moi, à défendre l’image de notre institution sans tomber dans une communication qui pourrait être perçue comme formatée ou aseptisée. La difficulté, y compris en interne, est donc de faire passer des messages sans donner l’impression d’une parole officielle trop policée. Je pense que l’enjeu majeur du porte-parole, quand bien même il est la voix officielle de l’institution, est de trouver un ton authentique.

Justement, comment concilier transparence, devoir de réserve et protection de l’Institution dans un environnement médiatique très réactif ?

À mes yeux, le principal enjeu porte sur la crédibilité du porte-parole en interne. C’est pourquoi le lien avec le terrain est précieux. Je suis convaincu qu'il est très important, en tant que porte-parole, que je puisse continuer à aller régulièrement à la rencontre des unités et des militaires pour échanger directement avec eux. Car même si je suis issu du terrain, tout va tellement vite que dans quelques mois à peine, il y aura déjà des choses qui m'échapperont si je perds ce lien. S’il y a des choses qui fonctionnent, il faut pouvoir les valoriser ; si d’autres rencontrent des difficultés, il ne faut pas dire le contraire ou en faire la promotion. On ne peut porter des messages de manière authentique que si l’on connaît la réalité du terrain. 
En revanche, à l’extérieur, le porte-parole bénéficie de son statut officiel et les médias ne remettent pas en cause sa parole. À mon sens, le crédit vient du poste et de l’institution qu’il incarne.

Pour finir, quel message aimeriez-vous faire passer aux Français à travers votre rôle de porte-parole ?

Le message que je souhaite transmettre est celui que les 137 000 femmes et hommes de la gendarmerie portent chaque jour sur le terrain : "Nous sommes là pour vous servir". C'est cet engagement quotidien, en tout temps et en tout lieu, au service de la population, que je m'efforcerai de valoriser en tant que porte-parole.


 


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