Le conseiller Gendarmerie mobile du DGGN dresse un état des lieux de l'engagement des gendarmes mobiles

  • Par la rédaction du site Gendinfo
  • Publié le 08 juillet 2025
Général Christophe Daniel
© GEND/GBGM/F. THIES

Le général Christophe Daniel, commandant du Groupement blindé de gendarmerie mobile (GBGM) et conseiller G.M. du Directeur général de la Gendarmerie nationale (DGGN), dresse un état des lieux des missions de la G.M., marqué par la multiplication des engagements, et expose les mesures prises en termes d’emploi pour soulager les escadrons, anticiper les engagements et permettre la réalisation des recyclages réglementaires.

Mon général, comment la G.M. a-t-elle vu évoluer ses missions ces dernières années, notamment avec la multiplication des engagements et la montée en puissance de certains dispositifs ?

C’est un euphémisme de dire que les unités de gendarmerie mobile sont très sollicitées. L’année 2024 a été, en tout point, exceptionnelle avec des engagements majeurs tels que les Jeux Olympiques et Paralympiques, le 80e anniversaire du débarquement et une opération qui fera date, en Nouvelle-Calédonie. Le point particulier est que nous étions habitués à des enchaînements des crises ou des opérations, mais là, elles se cumulaient, l’opération en Nouvelle-Calédonie se déroulant en même temps que les Jeux Olympiques et Paralympiques.

Le sur-engagement des escadrons est régulièrement évoqué : quelles sont les données actuelles sur le rythme moyen des projections et déplacements ?

Il convient de se rappeler que la G.M. est la capacité qui est notamment utilisée lorsque les choses vont mal ou que nous rencontrons une situation exceptionnelle. Ainsi, souvenons-nous du fort taux d’engagement des Escadrons de gendarmerie mobile (EGM) à l’occasion des séquences les plus dures du mouvement des gilets jaunes, où il fallait rétablir l’ordre, mais également pendant la période Covid où ils participaient à la nécessaire régulation et préservation de la santé publique, en assurant les missions de contrôle qui leur étaient attribuées. J’ai évoqué l’année 2024 et l’opération en Nouvelle-Calédonie qui a conduit la gendarmerie à déployer prés de 45 EGM en outre-mer (dont 37 en Nouvelle-Calédonie, NDLR). Cette crise a entraîné deux voire trois déplacements en outre-mer dans l’année pour un certain nombre d’unités. 

La planification est actuellement réalisée selon les deux principes suivants : pas plus de 6 mois en outre-mer sur une année avec une durée entre deux projections d’un minimum de 10 semaines.
En 2024, les militaires ont effectué en moyenne 199 jours de déplacement, toutes missions confondues, ce qui est un taux important et objet de l’attention de la DGGN et du DGGN.
À l’instar de la suppression des missions de DEPP et DHPP, d’autres mesures concrètes ont-elles été mises en œuvre pour soulager les escadrons en termes d’emploi ?

Oui, notamment en ce qui concerne les déplacements outre-mer, où le principe des relèves pendant les déplacements, autorisées de manière temporaire en 2024, en raison des JOP, a été reconduit. Le DGGN a également sensibilisé les différents responsables et chefs territoriaux à la nécessité de prioriser les demandes de renforts et de n’utiliser ces forces spécialisées que selon un principe de stricte suffisance. C’est d’ailleurs l’esprit et la lettre de la note commune d’emploi des forces mobiles de janvier 2016. Il y a donc eu une revue des missions avec une diminution de celles relatives à la Lutte contre l’immigration irrégulière et clandestine (LIIC) ou de sécurisation par exemple. 

Le recours récurrent aux escadrons comme réserve d’intervention, parfois sans engagement effectif, peut générer un sentiment d’inutilité, voire une perte de sens chez certains militaires. Quelles réponses institutionnelles peuvent être apportées pour concilier les impératifs des autorités d’emploi avec le besoin de sens et de reconnaissance des unités déployées ?

Le Code de la défense dans son article 1321-8 indique que les unités de la gendarmerie mobile constituent une réserve générale à la disposition du Gouvernement pour le maintien de l'ordre. Elles sont engagées sur ordre de nos responsables politiques, qui en fixent les missions. Nous sommes là pour éclairer ces mêmes décideurs, en indiquant les capacités de ces unités et ainsi les employer au mieux.

Le terme de « perte de sens » me semble un peu impropre. Être engagé pour assurer une mission de réserve d’intervention, n’est pas en soi un non-sens pour des unités spécialisées. Si leur demande est requise, c’est que le risque de trouble à l’ordre public est envisagé et que les unités territoriales ne pourraient pas y faire face. En amont, il y a bien évidemment une analyse et un dialogue entre les responsables territoriaux, les préfets, avant validation des engagements.

Le manque de lisibilité des engagements au détriment de l’équilibre vie professionnelle / vie personnelle est également souvent pointé par les militaires. Des mesures sont-elles en place ou prévues pour planifier et anticiper ces engagements et limiter ainsi l’imprévisibilité des départs ?

La Direction des opérations et de l’emploi (DOE) et le Centre national des opérations (CNO) sont conscients de cette problématique exposée lors des commissions G.M., et sont à la manœuvre au quotidien pour permettre aux unités de se projeter. La planification outre-mer est désormais connue plus de 6 mois à l’avance, ainsi que les missions dites « gouvernementales » permanentes. Une neutralisation des unités est prévue pour des périodes définies avant et après une projection outre-mer. L'évolution des modalités de relèves pour les missions gouvernementales permet également d'optimiser et d'anticiper la disponibilité des forces.

Enfin, plusieurs sondages ont eu lieu cette année au sein de la G.M. pour bien cibler les contraintes et aspirations et les concilier au mieux avec les besoins de l’institution. 

On entend également que l’emploi des escadrons pénalise la MCO, notamment la réalisation des recyclages réglementaires à Saint-Astier ? Qu’en est-il ?

Des actions sont effectuées pour rattraper le retard que certaines unités connaissaient pour leur passage au Centre national d’entraînement des forces de gendarmerie (CNEFG). À la demande du DGGN, un effort est en cours avec une augmentation du nombre d’unités convoquées au stage de Perfectionnement et d’évaluation de la capacité opérationnelle (PECO), à raison de 8 stages de 6 EGM. La DGGN a indiqué que ces unités ne seraient plus employables sur une autre mission. Ainsi le taux de rotation au CNEFG devrait s’élever, à court terme, à trois ans par unité. 

En parallèle, pour répondre au durcissement de nos unités, l’évaluation des EGM aboutit à une validation et un code couleur, permettant ou non l’engagement en tout temps et tout lieu des unités, ou la nécessité de compléter/ prolonger leurs formations. C’est à ce prix que la gendarmerie peut garantir son efficacité face à une adversité toujours plus forte, dans un cadre missionnel très varié. 

Il y a eu de nombreux investissements en matière d’équipement collectif, à l’instar du renouvellement du parc de véhicules, de même qu’une dotation complémentaire de tenue 4S.

D’autres investissements sont-ils prévus en matière d’équipement individuel ?

En individuel, je peux citer la housse 4 en 1, STM (système tactique modulaire) dont la commande a été passée en 2025. Beaucoup de sujets sont évidemment en cours d’analyse au sein de la DGGN notamment en ce qui concerne le capacitaire (mobilité, armement). Il y a beaucoup d’attente et le Pôle stratégie capacitaire (PSC), en cours de réorganisation, et la Direction soutien finances (DSF) sont à la manœuvre pour adapter nos moyens

Cette situation globale a-t-elle impacté l’attractivité de la G.M. ?

Il me semble que non. Un effort non négligeable a été conduit pour affecter dans les EGM les effectifs nécessaires, d’une part à remplir le contrat de la création de 7 nouvelles unités avant les Jeux Olympiques, contrat honoré, et d’autre part à compléter les effectifs des EGM dans le cadre de l’engagement dense que nous avons évoqué. Près de 40 % des sorties de nos écoles sont fléchées vers la G.M.

Enfin, la très grande majorité de nos EG choisissent la gendarmerie mobile, pour les valeurs qu’elle véhicule et le souhait d’effectuer des missions hors du quotidien. Ces éléments ont été confirmés lors d’un sondage récent auprès d’un large panel des gendarmes en EGM. 

Quelles actions sont menées pour continuer d’attirer les militaires au sein de cette subdivision d’arme, mais aussi pour les fidéliser ?

L’attractivité de la G.M. ne pose pas question en soi. Comme je viens de l’indiquer, de nombreux élèves gendarmes viennent en GM pour connaître ce rythme de vie particulier, cette force collective et cette cohésion que peu d’unités peuvent offrir. Ils viennent également pour effectuer des déplacements, notamment outre-mer. Pour la fidélisation, le modèle repose sur un turn-over assez important permettant de « rafraîchir » les unités. Ainsi prés de 30 % des effectifs sont renouvelés au bout de trois ans. La question de l’encadrement fait l’objet d’une attention particulière, et tous les leviers sont étudiés pour assurer la bonne marche de nos unités.
 


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