La commission G.M. repensée pour mieux écouter, mieux comprendre et mieux agir

  • Par la lieutenante Floriane Hours
  • Publié le 08 juillet 2025
© GEND/SIRPA/ADC F. Bourdeau

Crise des gilets jaunes, Covid-19, Jeux Olympiques de Paris, crise en Nouvelle-Calédonie, cyclone Chido à Mayotte… Depuis plusieurs années, les gendarmes mobiles sont soumis à un engagement constant et confrontés à des oppositions de plus en plus violentes. La Direction générale de la Gendarmerie nationale (DGGN), consciente de cette situation, a décidé de faire évoluer la commission Gendarmerie mobile (G.M.) pour mieux capter les besoins du terrain et trouver des solutions plus adaptées à tous. Commandant de la Région Île-de-France, commandant la gendarmerie pour la zone de défense et de sécurité de Paris, le général de corps d’armée Pierre Casaubieilh est également vice-président de cette commission. Pour Gendinfo, il nous présente son organisation, ses travaux et ses nouveautés.

La Gendarmerie mobile (G.M.), le général de corps d’armée (GCA) Pierre Casaubieilh la connaît bien. Saint-Cyrien, il commence sa carrière à l’Escadron de gendarmerie mobile (EGM) 31/6 d’Ajaccio comme commandant de peloton, avant de commander le 24/5 de Grenoble, puis la Compagnie de gendarmerie départementale (CGD) d’Albertville (73). Diplômé de l’école de guerre, il est nommé commandant du Groupement de gendarmerie mobile (GGM) de Hyères, puis du Groupement de gendarmerie départementale (GGD) de Haute-Corse. En 2013, il prend la tête du Centre national d'entraînement des forces de gendarmerie (CNEFG) de Saint-Astier. Il devient ensuite adjoint au Directeur des opérations et de l’emploi (DOE), puis Commandant des écoles de la gendarmerie nationale (CEGN). Aujourd’hui commandement de la Région Île-de-France, c’est sous sa casquette (ou plutôt son képi) de vice-président de la commission Gendarmerie mobile (G.M.), que le général Casaubieilh, bien conscient de la situation vécue sur le terrain, expose le rôle et l’organisation de la commission, son évolution et les enjeux.

Mon général, pouvez-vous nous rappeler le rôle de la commission G.M. ?

La commission G.M. est une instance dont la vocation est d'analyser, de réfléchir et de proposer des évolutions pour la Gendarmerie mobile. Elle a aussi pour objectif d'identifier les difficultés qui caractérisent cette subdivision d'arme et de proposer au président de la commission, le Major général de la Gendarmerie nationale (MGGN), des améliorations dans tous les domaines, qu’il s’agisse de l'emploi, des ressources humaines, des moyens, des équipements, de la doctrine, de la formation, afin que cette subdivision d'arme soit à la hauteur des enjeux opérationnels qui lui incombent.

Comment est structurée cette commission et comment ses membres sont-ils choisis et renouvelés ?

La commission G.M. reste placée sous la présidence du MGGN, le général de corps d’armée André Petillot, et j’en assure la vice-présidence. Mais l’une des grandes nouveautés, c’est qu’elle compte désormais une nouvelle fonction : celle de référent permanent de la commission. Ce rôle est occupé par le colonel Christian Gojard, secondé par le secrétaire-général, le lieutenant-colonel Guillaume Descaves. Ce référent permanent va permettre d’apporter une continuité dans le suivi des sujets identifiés lors des sessions plénières, de sorte que l'on n'attende pas que la commission se réunisse deux fois l'an pour avancer. L'idée c'est vraiment de faire de la commission une instance vivante et permanente.

Colonel Christian Gojard, référent permanent de la commission G.M.

Colonel Christian Gojard
© François Lerate

« Il est apparu au DGGN que le fonctionnement de la commission G.M. par session ne permettait pas de traiter l’ensemble des problématiques évoquées dans les temps. En raison des différents postes que j’ai pu occuper en gendarmerie mobile, il m’a alors confié le rôle de référent permanent de cette commission. Placé sous l’autorité du GCA Pierre Casaubieilh, vice-président de la commission, mon rôle consiste à transmettre les informations aux membres de la commission, à préparer les dossiers, à recueillir les saisines et à les orienter vers les bons interlocuteurs. Je suis assisté par le secrétaire général de la commission, le lieutenant-colonel Guillaume Descaves.
En janvier 2025, j’ai procédé à un état des lieux de la G.M. auprès des commandants d’unités. Celui-ci a permis d’identifier quatre axes principaux qui ont donné lieu à la constitution de quatre groupes de travail : la gestion des ressources humaines et la formation individuelle (présidé par le général Christophe Beyl, commandant du GGM I/9 d’Arras, NDLR) ; la doctrine, l'emploi et la formation collective (présidé par le général Christophe Daniel, commandant du Groupement blindé de gendarmerie mobile, NDLR) ; la G.M. de demain et le capacitaire (présidé par le général Jean-François Voillot, commandant du Groupement de gendarmerie mobile II/1 de Maisons-Alfort, NDLR) ; les questions d'organisation (présidé par le général Stéphane Bras, adjoint au Directeur des opérations et de l’emploi, NDLR). Deux comités supplémentaires ont par la suite été créés : l’un portant sur l’amélioration de la gouvernance et le contrôle hiérarchique (présidé par le colonel Eric Lebas, commandant en second du Groupement blindé de gendarmerie mobile, NDLR) ; l’autre sur l'accompagnement et le soutien psychologique des personnels (présidé par le commandant en second à la Région Île-de-France, le général Jacques Plays, NDLR). 
Ces évolutions de la commission ont vocation à être insérées dans la circulaire n° 143500 du 22 juin 2021 relative à la commission « Gendarmerie Mobile », afin de leur donner un caractère permanent. »

À noter : Au 1er août 2025, le colonel Christian Gojard rejoindra le Groupement blindé de gendarmerie mobile (GBGM) en tant que commandant en second.

La commission comprend moins d’une soixantaine de membres. Une quinzaine sont des Conseillers concertation des différents niveaux (CC1, CC2, CC3), issus de l’ensemble des régions zonales. Y figurent aussi des représentants de la Direction générale de la gendarmerie nationale (DGGN) et du Centre national d’entraînement des forces de la gendarmerie (CNEFG) de Saint-Astier, un représentant du Commandement de la Gendarmerie en outre-mer (CGOM), ainsi que les commandants en second des régions zonales. Sont également présents dans cette nouvelle commission des sous-officiers qui exercent des métiers spécifiques au sein des escadrons, comme un responsable du matériel par exemple. L’idée est véritablement d’élargir cette composition à tous les statuts et métiers représentatifs de cette subdivision d'arme.

Cette composition, nouvelle et réadaptée, va permettre de faire de la commission une instance qui n’est ni un Conseil de la formation militaire (CFM) de la Gendarmerie mobile, ni une direction à proprement parler. Ce sera une instance métier consacrée à la G.M. point de contact entre les remontées du terrain et les directions de la DGGN.

Pourquoi avoir voulu faire évoluer cette commission ?

C’est avant tout pour la rendre plus dynamique. Avec uniquement deux rendez-vous par an, elle était un peu verrouillée et, hors de ces temps d’échange, elle ne vivait pas vraiment. Nous avons également constaté qu’il manquait certainement des niveaux de réflexion et de pratique qui nuisent à la représentation globale de tous les métiers de la G.M. Nous avons voulu y remédier. Il y aura donc toujours deux rendez-vous annuels, mais ce qui est nouveau, c’est la création de six groupes de travail pour réfléchir en continu, à court et moyen termes, à l’avenir de la G.M. (voir encadré).

Ces groupes de travail vont traiter au fil de l'eau toutes les questions que recueillera le colonel Gojard. Certains sujets relativement simples pourront être débattus ou traités très rapidement. En revanche, quand ils seront plus complexes et engageront l'organisation ou la doctrine de la G.M., ils devront être portés à la connaissance et à l'arbitrage du Major général, voire du Directeur général de la Gendarmerie nationale.

Comment sont organisés ces groupes de travail ?

Ils se sont réunis, pour la première fois depuis leur création, lors de la commission G.M. qui s’est déroulée les 18 et 19 juin 2025. Tous les membres de la commission sont invités à rejoindre un ou plusieurs de ces groupes pour alimenter la réflexion. Grâce à des espaces RESANA dédiés, ces instances de réflexion vivent en permanence, ce qui complète le contact que les membres sont invités à avoir avec leur président et le colonel Gojard. C'est ainsi que, de proche en proche, l’ordre du jour de la prochaine session plénière s'enrichira et que l'on préparera les travaux suivants et, je l'espère, qu'on hâtera les évolutions souhaitées.

La commission travaille-t-elle en lien étroit avec d’autres instances ?

Bien sûr, la commission et les groupes de travail œuvrent avec les directions et les services. L'Agence du numérique des forces de sécurité intérieure (ANFSI) et le Service de l'achat, de l'innovation et de la logistique du ministère de l'Intérieur (SAILMI) qui ne participent pas à proprement parler aux groupes de travail, prennent par exemple part aux instances plénières deux fois par an. Entre ces instances, ces directions restent des points de contact précieux et utiles pour avancer sur des sujets aussi variés que les conditions de déplacement, le renouvellement du casque de maintien de l’ordre, les indemnités journalières d’absence temporaire (IJAT), etc.

Les sujets traités relèvent-ils d’un calendrier défini, de sollicitations ponctuelles de la DGGN ou de préoccupations émanant du terrain, et dans ce cas, comment ces dernières sont-elles recueillies ?

Il y a plusieurs points. Tout d’abord, comme évoqué plus tôt, nous allons constituer l’ordre du jour en fonction des sujets remontés par les groupes de travail, mais pas seulement. Nous allons aussi nous appuyer sur la concertation, qui reste très active, très charpentée et assez mature, via les CC1, les CC2, les CC3 et le CFMG. Nous avons également lancé, il y a plusieurs mois, des sondages notamment sur le moral et les attentes de la G.M., mais aussi auprès des jeunes gendarmes mobiles. Tout cela va permettre d’éclairer le commandement sur ce qu'est la G.M. aujourd’hui et de définir quelques axes d'évolution, d'adaptation et plus largement de commandement. Nous arrivons aussi aux 10 ans de la décision de féminiser cette subdivision d’arme, et il était temps de faire un point d’étape sur ce sujet.

Quels sont les grands axes de travail de la commission ?

Le but principal est véritablement de faire de cette subdivision d'arme une subdivision robuste et apte à relever les défis opérationnels d'aujourd’hui et de demain. Les conditions d'engagement ne se simplifient pas, à la fois à cause de l'adversaire, du cadre juridique qui se complexifie, mais aussi des conditions d'engagement qui pèsent d'une manière tout à fait inédite sur l'emploi des gendarmes mobiles (notamment en outre-mer) et l'exposent à un danger qui n’est pas tout à fait nouveau, mais qui s’est largement intensifié. Nous n’oublions pas qu’il y a un an, nous avons perdu en quelques jours deux camarades, l’adjudant-chef Xavier Salou et le gendarme Nicolas Molinari, en Nouvelle-Calédonie.

Ça, c’est le sujet opérationnel, mais le MGGN a aussi souhaité que l’on réfléchisse au contrôle hiérarchique, qui est difficile à exercer. J’ai été moi-même commandant de groupement de gendarmerie mobile, il y a pratiquement 20 ans, et je constate qu’aujourd’hui, le suivi hiérarchique des personnels auxquels sont rattachés organiquement un commandant de gendarme mobile est encore très difficile à faire.

Il y a aussi des attentes objectives sur lesquelles nous devons réfléchir. Il faut, par exemple, améliorer la reconnaissance apportée aux gendarmes mobiles parce qu’il y a là une vraie attente identifiée. Il y a aussi la réflexion sur l’attractivité de la G.M. et sur un sujet qui a toujours existé mais qui est encore plus présent aujourd’hui : la prévisibilité de l'emploi. Les gendarmes mobiles et leurs familles souffrent véritablement d’un emploi à courte vue et trop aléatoire pour qu'ils puissent se projeter et avoir décemment une bonne vie de famille. Il ne faut pas ignorer que certains EGM ont connu trois départs en outre-mer sur une année, ce que moi, lorsque j’étais lieutenant ou capitaine de la G.M., je n'ai jamais connu. C'est un rythme d’emploi qui est tout à fait inédit.

Des sujets sensibles font-ils l’objet d’un suivi spécifique, comme le sur-engagement, le maintien en condition opérationnelle ou l’attractivité ?

Ils font partie des sujets particuliers bien sûr. Mais la difficulté, c’est qu’il faut quand même garder en tête que la G.M., et la gendarmerie en général, restent des outils à la disposition de notre exécutif, et par conséquent la prévision et les conditions de l'emploi nous échappent largement. En revanche, nous pouvons toujours proposer des aménagements pour faire en sorte que cet emploi soit un peu moins pesant. C’est par exemple ce qui a été fait par le précédent DGGN et par l’actuel, avec l’adaptation des Dispositifs hivernaux et estivaux de protection de la population (DHPP - DEPP) pour soulager les unités mobiles.

Comment se matérialise le fruit de ces travaux ? Certains ont-ils d’ailleurs déjà conduit à des évolutions concrètes ?

Oui bien sûr, il y a des décisions concrètes. Lorsque je suis devenu vice-président, je me suis référé au dernier relevé de décision. Cela m'a permis de tirer le bilan des actions qui ont pu être impulsées comme la modification de la circulaire 200 000 sur la G.M., la mise en place d'un référent permanent de la commission G.M., puis la réflexion attendue sur la G.M. de demain. C’est tout cela qui a été décliné en grands axes, donnant ainsi vie aux groupes de travail. Il y a également eu quelques décisions capacitaires qui émanent de la commission G.M., comme, par exemple le lancement d'un programme de développement d’une nouvelle grenade à main - une décision qui émane de la précédente commission -, le marché de régénération de 160 Irisbus pour l'outre-mer et la Corse, le SMT (Système modulaire tactique), la fameuse housse 4 en 1, qui connaîtra sa première livraison en fin d'année 2025, et l'expérimentation par le CNEFG en Nouvelle-Calédonie du lance-grenades multi-coups, pour lequel un appel d'offre à une notification de marché devrait intervenir fin 2025.

À l’issue de la commission qui a eu lieu les 18 et 19 juin, nous avons pu proposer au MGGN des mesures que nous avons voulues concrètes et réalisables dans le contexte budgétaire et d’organisation actuel et en tenant compte de toutes les contraintes qui environnent la gendarmerie mobile, tels que la gestion des effectifs en mission ou la communication avec le public sur le maintien de l’ordre.

Quelles seront les grandes priorités portées par la commission dans les mois à venir ?

Cela va vraiment être le rythme d’emploi des gendarmes mobiles et la mise à disposition de moyens opérationnels pour la réussite des missions. Un dernier point qui relève de l’ensemble de la chaîne capacitaire.

 


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