« L’engagement au service de la Nation constitue le sens réel et profond de ma mission » : le LCL de la Touche représentera les Forces aériennes de la gendarmerie lors du défilé du 14 juillet, à bord d’un EC145

  • Par Hélène THIN
  • Publié le 13 juillet 2025
La photo représente un pilote d'hélicoptère, posant debout, mains sur les hanches, devant l'hélicoptère bleu de la gendarmerie.
© SIRPA-G / GND Romain CULPIN

Le lieutenant-colonel Bruno de la Touche, chef du Bureau de maîtrise des risques aéronautiques, au sein du Commandement des forces aériennes de la gendarmerie nationale (COMFAG) participera au défilé aérien du 14 juillet dans le ciel de Paris, à bord d’un hélicoptère EC145. Animé par un sens profond de l’engagement au service de la France et des Français, il représentera ainsi l’Institution et les Forces aériennes de la gendarmerie nationale (FAGN) avec honneur et fierté. Rencontre avec un militaire dont le parcours témoigne de l’exigence du service et d’une abnégation sans faille.

« Ma vocation est née très tôt, révèle d’emblée le lieutenant-colonel Bruno de la Touche. Jeune adolescent, j’ai rêvé une nuit être aux commandes d’un hélicoptère Super Frelon. Cette idée ne m’a jamais quitté ! » Ce rêve se concrétise quelques années plus tard, avec son entrée à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr à Coëtquidan (56). Grâce à son classement, et la validation des tests d’aptitude médicale et psychotechnique, il intègre en 2000 l’Aviation légère de l'armée de Terre (ALAT), après avoir obtenu son brevet de pilote d’hélicoptère. 

Le lieutenant-colonel de la Touche rejoint par la suite le 3e régiment d’hélicoptères de combat (RHC), en qualité de chef de patrouille de reconnaissance et antichar. Autre temps fort de son engagement au sein de l’ALAT, il embarque en 2004 à bord de la Jeanne d’Arc, célèbre croiseur porte-hélicoptères français. « Chaque année, un détachement d’hélicoptères de l’armée de Terre est fourni à la Marine nationale dans le cadre de la mission « Jeanne d’Arc », déploiement opérationnel de longue durée autour du monde. J’ai ainsi eu la chance de passer six mois sur ce bâtiment. Ce fut une très belle expérience, tant pour la découverte de territoires au bout de monde, que les enseignements que j’en ai retirés, notamment sur la formation des marins, que j’ai suivie tout au long de cette mission », estime-t-il. Une mission également empreinte d’une signification particulière, son grand-père et son père, eux aussi militaires, ayant embarqué avant lui à bord de la Jeanne d’Arc. Cet engagement sera enfin marqué par un événement majeur. En février 2004 survient un coup d’État en Haïti, qui aboutit à la destitution du président Jean-Bertrand Aristide. « Mon détachement a ainsi débarqué afin d’effectuer des opérations de reconnaissance, en vue de préparer l’envoi de troupes françaises en soutien du gouvernement haïtien ».

Après avoir servi durant sept ans dans l’armée de Terre, le lieutenant-colonel de la Touche rejoint la gendarmerie nationale. Un choix motivé par les possibilités multiples qu’offre l’Institution en matière de commandement, ainsi qu’une large liberté d’action, notamment en Outre-mer ou à l’étranger.

Première expérience en Outre-mer

C’est ainsi, qu’en 2007, le lieutenant-colonel de la Touche franchit les grilles de l’École des officiers de la gendarmerie nationale (EOGN), aujourd’hui nommée Académie militaire de la gendarmerie nationale (AMGN). Il est alors âgé de trente ans. À l’issue de sa formation, il rejoint en première affectation la Section aérienne de gendarmerie (SAG) de Vélizy-Villacoublay (78), en tant que commandant d’unité. « J’y ai passé quatre années riches et denses. L’activité y était très soutenue, et les projections nombreuses, notamment hors de notre zone de compétence. Nous intervenions fréquemment à l’appui de plusieurs unités, à l’instar du GIGN ou de l’IRCGN. J’ai ainsi vécu, au sein de cette unité, un engagement opérationnel à la fois fort, intéressant et varié. »

En 2012, il s’envole pour la Guyane, où il prend la tête de la SAG de Cayenne. Cette nouvelle expérience sera marquée par un engagement opérationnel intense, notamment dans la lutte contre l’orpaillage illégal, à laquelle l’unité consacre plus de la moitié de son temps. 
« L’hélicoptère est véritablement fait pour le théâtre guyanais. Sur ce territoire, recouvert à 94 % de forêt équatoriale, les axes de communication sont très peu nombreux. Une large part du territoire est, de ce fait, très isolée et inaccessible. Notre engagement prend donc ici tout son sens ! », estime le lieutenant-colonel de la Touche. Missions de soutien ou d’infiltration, opérations de treuillage, relèves… l’hélicoptère est utilisé à l’appui de nombreuses missions. L’appareil permet ainsi de soutenir l’action des gendarmes intervenant au sol, au cœur de la forêt. « C’est pour nous une énorme satisfaction ! ». 

Sur ce territoire, singulier à bien des égards,le lieutenant-colonel de la Touche fait l’expérience d’un commandement très autonome, dans un environnement dangereux. « En Guyane, le risque fait partie intégrante de toute mission. Chaque engagement est minutieusement préparé, et s’inscrit dans un cadre d’action très protocolisé. Rien n’est jamais laissé au hasard ! »
« Mais il en est ainsi de la mission de tout gendarme, souligne-t-il également. Il existe dans chaque engagement une part que nous ne maîtrisons pas. »

Ces quatre années en territoire guyanais ont également été marquées, pour le militaire comme pour sa famille, par des « rencontres humaines extraordinaires, en particulier avec les communautés créole et amérindienne ».

Retour en métropole

Chaque mission ayant une fin, le lieutenant-colonel de la Touche regagne la métropole en 2016. Retour à Villacoublay, où il intègre l’État-major des forces aériennes, en tant que chef du Bureau de conduite des opérations. « Nous avions alors pour rôle de superviser et soutenir l’activité de toutes les unités de métropole et d’Outre-mer agissant au quotidien, notamment par la mise à disposition de moyens matériels ou humains nécessaires à la bonne exécution de leurs missions. Nous intervenions aussi à l’appui des unités de terrain lors d’opérations d’ampleur nationale (Sommets, crises...) »

Également en charge de la direction de programme « Drone », il participe au développement au sein de la gendarmerie de ces nouveaux aéronefs. Objectif : équiper un maximum d’unités opérationnelles, afin d’appuyer leur action sur le terrain. « Outil 3D de proximité, le drone constitue une plus-value opérationnelle extraordinaire, estime-t-il. Son introduction dans le quotidien des unités ne change en rien le métier de l’hélicoptériste. Elle offre, en revanche, une vue aérienne et un œil déporté, au service des brigades et des escadrons mobiles. »

Largement utilisé par les gendarmes lors de l’évacuation de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, au printemps 2018, le drone a apporté une vision tactique des opérations conduites au sol, 
et permis d’anticiper la manœuvre de l’adversaire, ainsi que celle des forces de l’ordre.

« Si le drone connaît aujourd’hui un développement massif, c’est parce qu’il répond à un fort besoin opérationnel, observe le lieutenant-colonel de la Touche. Il est désormais utilisé dans le cadre de nombreuses missions. »

Après avoir servi durant quatre ans, le militaire quitte l’État-major. Il renoue alors avec l’Outre-mer.

Engagé en Nouvelle-Calédonie durant la crise insurrectionnelle de 2024

En 2020, le lieutenant-colonel de la Touche prend le commandement de la Section aérienne de Nouméa, en Nouvelle-Calédonie. Si les infrastructures de l’archipel sont plus développées qu’en Guyane, l’hélicoptère n’en est pas moins indispensable. « C’est un territoire très montagneux. Les routes sont sinueuses, et les élongations très importantes. La plupart des brigades sont isolées, notamment sur certaines îles. L’hélicoptère trouve donc ici toute sa place. Il permet d’aller vite et loin, en s’affranchissant des obstacles géographiques. C’est précisément ce pour quoi il est fait. »

Sur ces territoires vastes et isolés, à 17 000 kilomètres de la métropole, les missions des militaires de la SAG sont diverses : projections héliportées des gendarmes aux quatre coins de l’archipel, notamment des techniciens de l’identification criminelle, ou encore lutte contre la culture illégale de cannabis… « L’hélicoptère intervient en soutien des brigades, dont la circonscription est souvent grande, et le rayon d’action limité, précise le lieutenant-colonel de la Touche. Outre le renfort qu’il apporte à l’action des unités au sol, l’appareil a pour mission essentielle d’intensifier la visibilité de la gendarmerie, et d’assurer une présence sur l’ensemble du territoire. »

Peu après son arrivée, le commandant de la SAG supervise les deuxième et troisième referendums sur l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie, dans un contexte opérationnel tendu. Le 13 mai 2024, la situation s’embrase, à la suite du projet de révision constitutionnelle portant sur le dégel du corps électoral habilité à voter aux élections provinciales. De violences émeutes éclatent alors. « Les événements ont été d’une rare violence. En l’espace d’une journée, nous sommes ainsi passés de nos missions du quotidien à l’insurrection », se souvient le lieutenant-colonel de la Touche.

La SAG est alors engagée sur de nombreuses missions d’observation et de renseignement (blocages des axes de circulation, position de l’adversaire…), visant à orienter et appuyer l’action des gendarmes au sol. De très nombreuses liaisons sont également réalisées par les militaires de la SAG, notamment pour porter assistance et secours à la population. « L’hélicoptère s’est ainsi révélé primordial. Toutes les missions que nous avons menées ont été déterminantes. Nous avons été soutenus dans notre action par l’envoi de renforts en matériels et en équipages, organisé par le Commandement des forces aériennes de la gendarmerie nationale (COMFAG), dans un délai extrêmement court. Cette capacité à monter en puissance très rapidement fait toute la force de la gendarmerie. »

Tout au long de la crise, les militaires de la SAG de Nouméa ont œuvré en coordination avec les autorités et les nombreux partenaires projetés sur place, ainsi que les organes de commandement de la métropole.

« Malgré la violence à laquelle nous avons été confrontés, le gendarme est préparé à affronter ce type de situation, de par sa formation militaire, les nombreux stages qu’il effectue et l’exercice quotidien de ses fonctions, souligne le lieutenant-colonel de la Touche. Ce fut un investissement de tous les instants. Nous sommes allés au bout de notre engagement militaire, avec comme objectif ultime d’aider et protéger les Calédoniens. Tous les membres de mon unité ont répondu présent, alors même que l’unité était encerclée. Le sens de la mission a alors pris le dessus sur tout le reste. »

Dans ce contexte de très haute intensité, la responsabilité du chef fut déterminante. « Alors que s’exprimait l’engagement extraordinaire des gendarmes, j’ai vécu ce commandement comme une grâce ». Cette insurrection armée laissera aux gendarmes un souvenir d’autant plus prégnant qu’elle fut partagée par leurs familles, présentes à leurs côtés et solidaires tout au long de la crise. Après cette expérience, la plus marquante de sa carrière, le lieutenant-colonel de la Touche quitte la Nouvelle-Calédonie à l’été 2024.

Une expérience opérationnelle hors normes, au service de maîtrise du risque aéronautique

À son retour en métropole, le militaire réintègre l’État-major des forces aériennes, où il prend la tête du Bureau de maîtrise des risques aéronautiques. « Après vingt ans d’opérationnel, je suis passé de l’autre côté de la barrière. J’interviens désormais sur le volet technique, tout en conservant un prisme opérationnel. Mon rôle consiste à organiser une culture de la sécurité au sein des Forces aériennes de la gendarmerie, de façon à ce que notre mission s’accomplisse en toute sécurité. »

L'activité du lieutenant-colonel de la Touche s’articule autour de plusieurs axes. Animation d’un réseau de professionnels, tout d’abord, auxquels est insufflée cette culture de la sécurité. « Notre action s’inscrit dans un cadre préventif et pédagogique, mais participe aussi à développer le contact et la communication avec nos référents au sein des unités. Dans les incidents aériens, le facteur humain prend une part de plus en plus importante. La sensibilisation constitue donc un levier essentiel de notre action. »

Autre mission, l’analyse systématique de tous les événements permet d’identifier l’implication de facteurs techniques et humains à tous les niveaux. « Pour ce faire, nous avons mis en place un système de remontée de l’information, s’effectuant via une fiche d’événement aéronautique. Chacune des trente unités métropolitaines et ultramarines des Forces aériennes de la gendarmerie est dotée d’un référent sécurité, sur lequel s’appuie le lieutenant-colonel de la Touche. « Véritables relais d’informations, ces référents ont pour mission de contextualiser les événements qui surviennent au sein de leur unité. » Tous, à leur niveau, participent enfin à l’échange des bonnes pratiques au sein du réseau.

« La maîtrise du risque est fondamentale au regard de la mission. L’activité aéronautique est dangereuse par nature. Il existe donc, de fait, une culture de la sécurité aéronautique au sein des FAGN, poursuit-il.
Le domaine de la sécurité aéronautique est extrêmement vaste, et en perpétuelle évolution. Aussi, on apprend chaque jour à se réinventer, au regard des dernières données disponibles. Savoir répondre à des problématiques en dehors du cadre établi, c’est aussi cela la gestion du risque. »

Défilé du 14 juillet : « passer au bon moment, au bon endroit »

Ce lundi 14 juillet 2025, le lieutenant-colonel de la Touche participera au défilé aérien à bord d’un EC145, sous l’autorité de l’armée de l’Air et de l’Espace. En tant que commandant de bord, il aura pour mission spécifique d’assurer la gestion du timing, ainsi que la coordination avec les autres aéronefs qui prendront part à la parade. Assis à ses côtés, le pilote aura la responsabilité de la trajectoire, la vitesse, et la tenue de l’altitude de l’appareil.

Bien que rodé à l’exercice, pour avoir participé à plusieurs défilés au cours de sa carrière, il aborde cette séquence avec la même solennité. « Toutes les institutions militaires et de service public qui œuvrent au quotidien pour l’État et les citoyens défileront, ce jour-là, devant la Nation et le chef des Armées. C’est un très grand moment, à l’occasion duquel s’exprime une véritable connexion entre la Nation, les armées et les forces de sécurité intérieure, nous confie-t-il. Voler au-dessus de Paris, en représentant la Gendarmerie, c’est un immense privilège, dont on ne se lasse pas ! ».

Fait particulier cette année, le lieutenant-colonel de la Touche est chargé de coordonner la formation des trois hélicoptères de la gendarmerie : un EC135 et deux EC145. « Deux appareils sont fournis par la Force aérienne gendarmerie (FAG) Île-de-France, et le troisième par le Centre national d'instruction des forces aériennes de la gendarmerie (CNIFAG). » 

Les trois hélicoptères de la gendarmerie voleront en triangle, en tête de groupe, devant un hélicoptère de la Sécurité civile, ainsi qu'un autre appareil des Douanes. Ce groupe de cinq aéronefs représentera la thématique « Sécurité publique ». « Tout l’enjeu du défilé consiste à passer au bon moment, au bon endroit ! » Un exercice rendu délicat par la concentration de très nombreux aéronefs, de tailles et de types différents, dans un espace temps très contraint. 

Alors qu’il s’apprête, une nouvelle fois, à représenter devant la Nation les Forces aériennes de la gendarmerie, le lieutenant-colonel de la Touche retient quatre points clés, résumant à eux-seuls l’esprit de ce moment hautement symbolique : « Sécurité, précision, plaisir et fierté. »


Contacter la gendarmerie

Numéros d'urgence

  • Police - Gendarmerie : 17
  • Pompier : 18
  • Service d'Aide Médicale Urgente (SAMU) : 15
  • Urgence Europe : 112

Sécurité et écoute

  • Enfance en danger : 119
  • Violences conjugales : 39 19
  • Maltraitance personnes âgées ou en situation de handicap : 39 77

Ces contenus peuvent vous intéresser