L’adjudante-cheffe Aurélie arme le centre opérationnel d’Europol
- Par le capitaine Tristan Maysounave
- Publié le 16 juillet 2025

Situé à La Haye, aux Pays-Bas, l’agence Europol est chargée d’aider les États membres et les États partenaires à prévenir et combattre toutes les formes de criminalité organisée et internationale graves, la cybercriminalité et le terrorisme. Pour ce faire, l’agence dispose d’un centre opérationnel fonctionnant 24 heures sur 24, au sein duquel l’adjudante-cheffe Aurélie est affectée.
L’adjudante-cheffe Aurélie relève du statut d’agent (staff) d’Europol. En position de détachement, elle est directement rémunérée par l’agence. Elle est la première femme gendarme à avoir bénéficié de ce type de contrat. Depuis avril 2023, elle est affectée au sein du centre opérationnel d’Europol, qui constitue le point névralgique de l’agence concernant les demandes formulées et les situations opérationnelles rencontrées par les États membres.
Cinq missions principales
Le centre opérationnel d’Europol fonctionne 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Cinq équipes de trois agents s’y relaient en permanence. C’est par ce centre que transitent toutes les demandes adressées par les États à Europol et celles formulées par l’agence à leur attention. La première mission du centre consiste donc à évaluer les demandes afin de déterminer si celles-ci relèvent du mandat d’Europol. Pour cela, les faits doivent concerner au moins deux États membres et relever de la criminalité organisée, de la cybercriminalité ou du terrorisme.
Le centre effectue également de la veille en source ouverte. « Nous disposons d’un logiciel qui nous permet de créer des alertes relatives aux domaines relevant du mandat d’Europol, explique l’adjudante-cheffe. En cas de détection d’une alerte, nous adressons un rapport au service d’analyse de l’agence en charge de la thématique. »
Le centre opérationnel est également destinataire des alertes émises par les réseaux sociaux en matière de terrorisme ou d’atteinte à la vie humaine. Cette mission est rendue possible par le Digital Services Act (DSA) entré en vigueur en août 2023. Ce règlement européen régule les grandes plateformes numériques et les oblige à informer les autorités de ces faits. « Dernièrement, nous avons par exemple été saisis par Instagram d’une situation relative à un individu auteur de menaces envers la vie d’autrui en Roumanie. En quelques heures, au milieu de la nuit, nous avons contacté l’Officier de liaison (ODL) roumain, qui a pu alerter les forces de police de son pays. Celles-ci sont parvenues à localiser et à interpeller l’auteur des menaces, récidiviste des faits. »
« Nous apportons également notre concours lors d’événements internationaux, poursuit la sous-officière. Nous venons en soutien aux autorités nationales ou locales lors d’événements sportifs ou politiques, comme lors des Jeux Olympiques. Des agents d’Europol sont alors projetés afin d’apporter leur expertise en matière de traitement des données. Nous utilisons également cette compétence à l’occasion d’opérations organisées annuellement, à l’image de l’opération Trident, en Suède. Nous recevons alors l’ensemble des manifestes des navires et nous procédons au crosschecking (passage aux fichiers, NDLR) de tous les passagers. »
Une carrière marquée par l’international
Aurélie s’intéresse à l’international dès sa scolarité. Elle suit ainsi des études de langues étrangères à Arras et présente le concours de sous-officier de gendarmerie à l’issue. Au cours de son affectation à la Brigade territoriale autonome (BTA) de Senlis (2001 à 2009), elle valide les Certificats militaires de langues (CML) 1 et 2 en anglais. Les missions qu’elle effectue la conduisent à rencontrer des gendarmes servant à l’international. Attirée par cette possibilité, elle répond à un appel à volontaires lui permettant de rejoindre la Section centrale de coopération opérationnelle de police (SCCOPOL). Pendant huit ans, elle sert successivement au sein du Bureau SIRENE-France, de l’Unité nationale Europol (UNE) et du Bureau central national français d’INTERPOL.
En 2017, elle rejoint le Bureau de liaison (BDL) France d’Europol. En 2022, l’adjudante-cheffe Aurélie est affectée à l’Office central de lutte contre le travail illégal (OCLTI), mais s’inscrit rapidement dans le processus de recrutement d’Europol. Ayant réussi les étapes de sélection, elle est affectée au Centre opérationnel le 1er avril 2023.
« Pour n’importe quel poste au sein d’Europol, il faut avoir la fibre d’enquêteur, explique l’adjudante-cheffe. Europol constitue une véritable richesse en matière d’analyse de données opérationnelles. Une simple requête peut conduire à des résultats majeurs en raison de l’imbrication des renseignements transmis par les États membres et les pays partenaires. Travailler au sein de cette agence constitue une opportunité professionnelle extraordinaire. Mon contrat de staff est d’une durée de dix ans. À l’issue, j’aimerais poursuivre ma carrière à l’étranger. Je suis piquée par le virus de l’international. »
Faire vivre l’esprit de la gendarmerie
« Bien qu’actuellement je ne sois plus payée par la gendarmerie mais directement par Europol, je reste gendarme. C’est en moi. » À la Haye, Aurélie participe ainsi à faire vivre la communauté gendarmerie. « À l’arrivée ici, il faut se faire à la vie d’expatrié et faire preuve de volonté. Nous favorisons la cohésion entre gendarmes, ce qui facilite l’adaptation. » L’adjudante-cheffe diffuse également ces valeurs au sein de l’agence. Elle est ainsi la présidente du club de Padel et de l’association sportive et sociale d’Europol (ESSA), qui favorise la cohésion et la solidarité entre les forces de police des pays représentés au sein d’Europol et encourage la connaissance entre les agences présentes aux Pays-Bas (Eurojust, European Space Agency, Office européen des Brevets etc.)
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