L’adjudant-chef de réserve Guillaume, blessé à la suite d’un refus d’obtempérer
- Par Antoine Faure
- Publié le 05 février 2025

Le 7 septembre 2024, l’adjudant-chef Guillaume, affecté à la Compagnie de réserve territoriale (CRT) 59/4 de Villeneuve-d’Ascq, dans le Nord, était blessé lors d’une intervention. Il n’attend désormais qu’une chose : pouvoir repartir rapidement en mission. Portrait d’un homme engagé.
Invité de BFMTV/RMC le 30 janvier 2025, le général d’armée Hubert Bonneau, Directeur général de la Gendarmerie nationale (DGGN), a indiqué que 10 000 gendarmes avaient été blessés dans « le cadre de leur service » en 2024, ajoutant que ce nombre était « tout à fait inédit ». Parmi ces militaires blessés figurent des gendarmes d’active mais également de la réserve opérationnelle, eux aussi victimes de comportements dangereux et irresponsables.
L’adjudant-chef Guillaume est l’un de ces réservistes. Il marche à nouveau depuis un mois, mais avec difficulté. Lui qui est sportif, aime courir, marcher de longues heures, traîne en effet la jambe. La faute en incombe à un jeune homme d’à peine 20 ans, accumulant les infractions et prenant tous les risques pour échapper au contrôle des forces de l’ordre, y compris celui de mettre en danger la vie d’autrui, celle des gendarmes chargés d’assurer la sécurité de la population, comme celle des autres usagers de la route et des passants. Ces refus d’obtempérer ont augmenté de 50 % en dix ans en zone gendarmerie, touchant chaque année dans leur chair de très nombreux militaires de la gendarmerie.
« Ces deux piliers professionnels sont indispensables pour moi »
Guillaume gère une société de douze salariés dans le secteur de la réparation et de la vente automobile. Il a repris l’affaire familiale, à l’origine une station-service tenue par son père, à Trith-Saint-Léger, à proximité de Valenciennes, en développant l’activité de réparation mécanique et carrosserie.
Dans ce cadre professionnel, il avait été amené à rencontrer des gendarmes et à sympathiser avec eux. « Ce sont eux qui m’ont parlé de cette possibilité d’incorporer la réserve opérationnelle, souligne-t-il. J’ai toujours été attiré par la militarité. Après mon service dans l’armée de Terre, à Arras, au 625e Régiment de circulation routière, j’avais sérieusement envisagé de m’engager pour partir en Yougoslavie, mais j’avais déjà mon emploi au garage, et j’ai finalement abandonné cette idée. »
En 2007, Guillaume intègre la Compagnie de réserve territoriale (CRT) 59/4 de Villeneuve-d’Ascq, réalisant entre 20 et 30 missions par an en moyenne. Un engagement fort pour un homme par ailleurs très occupé. « Ces deux piliers professionnels sont indispensables pour moi. Cela suppose bien sûr d’avoir le soutien de sa famille, car cela prend du temps supplémentaire sur la vie personnelle. »
Le 7 septembre 2024, il est engagé dans le cadre d’un Détachement de sécurité et d’intervention de la réserve (DSIR) à la brigade territoriale de Bouchain, pour une mission de sécurisation autour d’un parc de loisirs aquatiques. À l’issue de cette mission, lors d’une patrouille en voiture, les gendarmes sont alertés par le comportement d’un automobiliste roulant à vive allure. « La vérification des informations du véhicule m’a permis de constater qu’il n’y avait pas de contrôle technique à jour. Nous avons donc voulu procéder à un contrôle, mais le conducteur a accéléré. Nous l’avons suivi à distance pour ne pas prendre le risque de causer un accident. Il roulait de plus en plus vite dans des endroits où se situent plusieurs clubs sportifs, donc avec de nombreux jeunes et des enfants au bord de la route. »
Dans une longue ligne droite, la patrouille voit la voiture stationnée sur le côté et se positionne à son niveau, en travers pour bloquer le passage. « Il avait percuté le muret d’une habitation, raison pour laquelle il s’était arrêté, poursuit Guillaume. Je suis immédiatement sorti, j’ai cassé sa vitre et je l’ai attrapé par le bras. » Tout en faisant mine de se rendre, l’individu enclenche la marche arrière et redémarre, projetant Guillaume sur le véhicule de gendarmerie et roulant sur son pied gauche. Il sera ensuite interpellé, mais la blessure du sous-officier réserviste est grave. Double fracture de la malléole.
« Un troisième refus d’obtempérer en quelques mois »
Guillaume est opéré dès le lendemain. On lui pose des plaques avec des vis. « Le chirurgien m’a expliqué que l’opération était compliquée parce qu’il s’agissait d’une fracture avec écrasement. » Suivent douze longues semaines d’immobilisation, sans pouvoir prendre appui sur le pied gauche, avant de pouvoir remarcher, d’abord avec des béquilles. « J’ai repris le travail rapidement, à distance quand j’étais en fauteuil, puis sur une jambe. » À la demande de l’avocat octroyé par la gendarmerie, il doit être examiné prochainement par un médecin légiste, en vue de la comparution du prévenu à la fin du mois de mars.
« Je savais que je pouvais être blessé en mission, j’en avais pleinement conscience, précise Guillaume. D’ailleurs, c’était le troisième refus d’obtempérer que je subissais, avec mise en danger d’autrui, en quelques mois. Que l’on soit gendarme d’active ou de réserve, on doit faire de plus en plus attention à ces comportements. La protection fonctionnelle a été mise en place tout de suite. J’ai pu bénéficier d’un accompagnement juridique, les frais médicaux ont été pris en charge et un complément de revenu accordé. C’est très important dans ces moments-là de ne pas se retrouver seul, surtout quand on est, comme moi, indépendant et non salarié. J’ai bénéficié du soutien de la gendarmerie, notamment du lieutenant-colonel de réserve Étienne de Boisredon d’Assier, conseiller régional de la Protection sociale du réserviste (PSR) au sein de la Région de gendarmerie des Hauts-de-France (RGHF). J’ai aussi été très touché par la visite à mon domicile du commandant de Région, le général de corps d’armée François Agostini, accompagné par le colonel Philippe Yernaux, chef de la Division régionale des réserves (D2R), et du colonel de réserve Laurent Gladieux de la CRT 59/4 de Villeneuve-d’Ascq. J’espère récupérer rapidement toutes mes capacités pour pouvoir satisfaire à la visite médicale et reprendre les missions de réserve. Ça ne m’a pas du tout refroidi ! »
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