Héros du quotidien : le gendarme Evan sauve un homme de la mort lors d'une rixe à Orléans

  • Par le chef d'escadron Charlotte Desjardins
  • Publié le 19 février 2025
Portrait en buste d'un gendarme en vareuse dans la cour des Invalides
© SIRPA-G - F. Ferroli

Le soir du 5 décembre 2024, dans le centre-ville d'Orléans, un homme est roué de coups par une bande d’individus cagoulés. Il ne doit la vie qu’à l’intervention d’un gendarme en repos, Evan.

Le soir du 5 décembre 2024, alors qu’il est en quartier libre, le gendarme Evan sort du parking du Châtelet, dans le centre-ville d’Orléans. Il est tard, la nuit est tombée et le froid a envahi la ville. En cette période qui précède les fêtes de fin d’année, il a prévu de se rendre au marché de Noël en longeant la Loire. C’est à ce moment-là que tout bascule.

« J’avais une chance sur deux que cela fonctionne »

Soudain, il est alerté par des cris et des bruits de coups, ceux d’une rixe. Un homme vient de tomber au sol et se fait passer à tabac par cinq individus cagoulés.
Le militaire prend quelques instants pour évaluer la situation, puis il se dirige vers l’attroupement. « C’est alors que j’ai vu que l’homme ne bougeait plus du tout. Je me suis précipité et j'ai repoussé l’un des agresseurs pour l'écarter complètement. Je me suis immédiatement interposé et placé en protection devant l’homme à terre. Voyant que les individus revenaient vers moi pour en découdre, j'ai annoncé ma qualité de gendarme. J'avais une chance sur deux que cela fonctionne », relate le jeune sous-officier de 29 ans. Entré dans l’institution comme gendarme adjoint volontaire en novembre 2016, et affecté depuis lors à la brigade territoriale autonome de Chécy, il n’en est pas à sa première intervention.
Cependant, l’un des jeunes, le plus virulent, veut passer outre la mise en demeure du militaire. Evan les prévient qu’il ne se laissera pas faire, et l’un des assaillants retient alors son complice. Mais la bande ne s’arrête pas là. Ils n’ont de cesse de contourner Evan pour tenter d’atteindre à coups de pied le visage de leur victime.

Protéger jusqu’au bout

Les jeunes s’écartent une première fois, et le gendarme en profite pour examiner rapidement les blessures de la victime. Non seulement l’homme est inconscient, mais son visage est ensanglanté et il présente une importante blessure à l’arrière du crâne.
« Comme son pouls était très faible, j'ai dû me rapprocher pour essayer de savoir s'il respirait, raconte Evan. Mais les assaillants revenaient sur les lieux pour en découdre. Je me suis alors mis à cheval au-dessus de lui pour le défendre, tout en tâchant de bloquer les attaques des deux côtés. »
La bande s’éloigne à nouveau devant les efforts du sous-officier, qui en profite pour composer le 18 avec son téléphone professionnel, afin de passer en appel prioritaire. Il détaille l’objet de sa demande et l’état de l’homme blessé, puis demande l’intervention de la police, car les agresseurs reviennent sans cesse à la charge.
La victime commence à reprendre conscience, tandis que ses amis arrivent sur les lieux. Il avait été séparé d’eux lors de la rixe, et ces derniers s’empressent de l’extraire de la scène. Mais le gendarme les en empêche : « Je leur ai dit de ne surtout pas le toucher, étant donné qu'il avait reçu un choc important à la tête et qu’il était un peu incohérent dans ses propos. Je me suis mis à le rassurer, en lui disant que je m’occupais de lui et qu'il n'arriverait plus rien. »
Alors que les sirènes se font de plus en plus entendre et que les lueurs rouges et bleues illuminent la rue, les agresseurs finissent par prendre la fuite. Les pompiers prennent le relais d’Evan dans la prise en charge du blessé, et le gendarme se met à la disposition des policiers à qui il relate les faits avec précision.
Il apprend alors que l’homme qu’il a sauvé est un militaire de l’armée de l’Air et de l’Espace, et que ses assaillants étaient porteurs de couteaux. Heureusement, personne n’a été entaillé. Le gendarme avait veillé à ce qu'on ne le touche pas au cours de l’intervention, le tout en repoussant les malfaiteurs et en leur enjoignant de quitter les lieux.

Agir avec sang-froid malgré les risques

Evan réalise a posteriori qu’il a pris de gros risques, mais qu’il s’en est bien sorti. « Quand je vois quelqu'un à qui il arrive quelque chose, j'interviens. Personne n'a à se faire battre à mort, et le plus important, à ce moment-là, c'était de le sauver et de faire cesser les violences, peu importe le danger, même si je savais qu'il était présent au vu des circonstances. Tout ce que je vois, c’est qu’aujourd’hui cet homme est vivant, auprès de sa famille. »
Il se souvient avoir été plutôt serein sur place, ayant un certain sang-froid dans les situations compliquées, qu’il a souvent mis à profit au cours de sa carrière.

Un gendarme avec une vieille femme sur une chaise avec une béquille, s'treignent en regardant l'objectif, dans la cour pavée des invalides
© SIRPA-G - F. Ferroli

La fierté d’être récompensé devant les siens

« J’essaie toujours de faire ce qu’il faut, pour que ce soit fait de la meilleure façon possible, ajoute-t-il avec beaucoup de simplicité, comme un mantra. Et je pense que j’ai fait ce qu’il fallait. »
Il ne s’attendait pas à se voir remettre la médaille de la Gendarmerie, échelon bronze, ce 17 février 2025, ce jour où la gendarmerie célèbre ses héros.
Cette cérémonie s’est déroulée en présence de plusieurs camarades de son unité et d’une grande partie de sa famille : sa conjointe, leur fille, ses parents et sa belle-mère, deux de ses frères, mais aussi sa grand-mère paternelle, dont il est très proche. L’époux de celle-ci, décédé il y a deux ans, était capitaine dans l’armée de l’Air, et c’est à lui que le gendarme Evan doit d’être entré dans l’institution.
Aussi, c’est une émotion et un souvenir tout particuliers qui ont teinté cette après-midi du 17 février, dans la cour d’honneur des Invalides.


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