Héros du quotidien : l’adjudant Christophe décoré pour avoir géré sans heurts une crise impliquant une jeune femme armée d'un couteau
- Par le commandant Céline Morin
- Publié le 18 février 2025

Ce 17 février 2025, la gendarmerie a rendu un hommage solennel à ses disparus, tout en honorant les vivants, à travers toute la France. Six de ces héros du quotidien ont notamment été mis à l’honneur lors de la traditionnelle cérémonie nationale célébrée dans la cour d’honneur des Invalides. Parmi eux, l’adjudant Christophe, de la brigade territoriale autonome de Dompierre-sur-Besbre, dans l’Allier, a été décoré par le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, pour avoir fait preuve d’un engagement et d’un sang-froid remarquables lors d’une situation critique impliquant une jeune femme armée d’un couteau.
De nombreux gendarmes ont été honorés sur l’ensemble du territoire à l'occasion de la journée d’hommage aux héros du quotidien de la gendarmerie, ceux qui nous sont quittés dans l’accomplissement de leur mission et ceux qui s’engagent au quotidien au profit de la population. Ce 17 février 2025, c’est dans le cadre prestigieux et solennel des Invalides, à Paris, aux côtés de cinq autres militaires venus de toute la France, que l’adjudant Christophe, de la Brigade territoriale autonome (BTA) de Dompierre-sur-Besbre, dans l’Allier, a reçu la médaille de la sécurité intérieure échelon or - agrafe gendarmerie nationale des mains du ministre d’État, ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau.
Aux Invalides, la gendarmerie honore ses héros, disparus et vivants
En ce 17 février 2025, la gendarmerie nationale rend hommage à ses héros du quotidien à travers tout le territoire. Elle se souvient de ses morts, rappelant leur mémoire,...
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Pour ce militaire de 37 ans, être ainsi mis à l’honneur lors de cette cérémonie nationale, en présence de sa conjointe, est « une très grande fierté . Tout le monde dans sa carrière n'a pas le privilège d'être décoré à Paris et de recevoir une médaille des mains du ministre de l'Intérieur ».
À ce sentiment de fierté s’ajoute également une pensée très émue pour l’un de ses camarades et ami, le lieutenant Morel, décédé en service avec deux autres gendarmes lors des événements survenus à Saint-Just dans la nuit du 22 au 23 décembre 2020. Cette cérémonie revêt ainsi une signification particulière pour lui.
En près de 20 ans de carrière, d’abord en tant que gendarme adjoint volontaire pendant cinq ans, puis gendarme mobile à Argentan pendant sept ans, avant d’être affecté à la brigade de Dompierre-sur-Besbre en septembre 2018, dans le cadre d’un changement de subdivision d’arme, l’ADJ Christophe a reçu plusieurs marques de reconnaissance pour ses divers engagements : six lettres de félicitations, un témoignage de satisfaction et une citation à l'ordre du régiment dans le cadre du démantèlement de la ZIO de Notre-Dame-des-Landes. Cette nouvelle décoration vient honorer son action lors d’une situation impliquant une jeune fille majeure perturbée et armée d'un couteau.
Une jeune fille armée d’un couteau
Les faits remontent au 10 mars 2023. Vers 19 h 15, alors qu’ils viennent de sortir en patrouille dans le cadre du service de Brigade de gestion des événements (BGE), l’ADJ Christophe et son coéquipier, le Gendarme adjoint volontaire (GAV) Hugo, sont appelés par le CORG (Centre d’Opérations et de Renseignement de la Gendarmerie) pour une intervention sur la commune de Dompierre-sur-Besbre. « On ne sait alors pas trop ce qu’il se passe, seulement qu’une maman et son fils sont enfermés dans la salle de bains et que sa fille est en crise, avec un couteau à la main. »
Se trouvant à quelques minutes des lieux de l’incident, la patrouille se rend immédiatement sur place. « Quand nous arrivons, je vois la mère et le fils à une fenêtre, à l’étage, qui appellent à l'aide. Je sors du véhicule et leur demande ce qu’il se passe. La mère m’explique alors que sa fille est en bas, qu’elle a pris un couteau, qu’elle a voulu la « planter » et qu’elle leur a couru après, les obligeant à s’enfermer dans la salle de bains. »
Avec toutes les précautions d’usage, « arme en main au départ », le gendarme pénètre dans le domicile. « Je n’ai pas cherché plus loin. Il fallait leur porter secours. C'est le but de notre métier. Donc j’y suis allé directement. » Il aperçoit alors la jeune fille à travers une porte vitrée et lui ordonne à plusieurs reprises de jeter son couteau, sans résultat. « Je vois très vite qu'elle n’est pas du tout réceptive, qu’elle est bloquée dans son délire et que cette manière-là ne fonctionnera pas avec elle. » Elle répond toutefois au gendarme : « Elle me dit qu’elle ne jettera pas son couteau tant qu’elle n’aura pas planté sa mère ou son frère, ou sinon qu’elle se tuera elle-même. »
Une résolution par le dialogue
Ce début de contact incite le militaire à changer d’approche et à tenter d’instaurer un dialogue : « Je me dis alors que je vais tenter de l'apaiser, d’avoir une discussion. Par sa mère, je connaissais son prénom, ce qui m'a permis de créer un lien avec elle. Je lui demande ce qu’il s’est passé et pourquoi elle agit ainsi. Il s’avère que c’est son anniversaire et qu’il y a eu un conflit avec sa mère et son frère. Alors, je lui souhaite un bon anniversaire et lui dis que nous sommes là pour l'aider. »Le dialogue s’instaure et la jeune fille se calme légèrement, puis commence à discuter. Voyant que le dialogue passe, l’adjudant Christophe poursuit sa stratégie : « Je continue à discuter avec elle. Je lui demande si elle ne veut pas s'asseoir, ce qu’elle fait, mais en gardant son couteau en main. »Ce faisant, la jeune femme, assise sur le canapé, face à la télévision allumée, tourne le dos au militaire. Ce dernier va alors saisir cette opportunité pour la maîtriser en douceur. « Avec la télé, elle ne m’entend pas. Je donne le taser à mon collègue et lui demande d'agir si elle se lève. Je me suis alors très rapidement approché d’elle par-derrière et j'ai attrapé son bras du côté de l’arme pour la désarmer avant de la menotter. » La jeune femme sera ensuite hospitalisée en soins psychiatriques.
Interception des ravisseurs d’un enfant
Une intervention marquante, qui ne sera toutefois ni la première, ni la dernière. Quelques mois après cette mission, l’adjudant Christophe prend part à un autre événement d’ampleur au cours duquel sa réactivité fait la différence.
« Au mois de juin 2023, alors que je suis à l’accueil de la brigade avec un réserviste, j’apprends à l’écoute de la radio qu’il vient d’y avoir un enlèvement d’enfant dans le département de Saône-et-Loire et que le CORG engage tous les PAM (premiers à marcher). Ce n’était pas mon unité ce jour-là, mais j’ai appelé mon commandant d’unité, en service extérieur ce jour-là, pour l’informer que nous étions dans la direction de fuite signalée des ravisseurs et que je pouvais m’engager avec le réserviste. Avec son accord, j'ai dévié les appels sur le CORG, j'ai fermé la brigade et nous sommes partis. Sur la route, je lui ai donné la conduite à tenir. Nous avons finalement réussi à intercepter et à bloquer deux véhicules. Les renforts sont arrivés et au final, il y a eu neuf interpellations et surtout l'enfant, âgé d’un an, a pu être mis en sécurité. »
Le militaire a également connu des épisodes marquants en gendarmerie mobile, notamment en Nouvelle-Calédonie, où un individu a tenté de percuter leur véhicule de patrouille, puis où il a été pris à partie par une dizaine d'individus caillassant le véhicule. Intervention au cours de laquelle des tirs d'armes à feu ont retenti.
Il est d’ailleurs important de souligner l'importance de la formation et de l'expérience dans la gestion de ce type de situation d’urgence. « Outre la formation initiale, nous sommes régulièrement formés à ce genre de situation et briefés sur la manière de réagir lors d'exercices », précise-t-il, avant de conclure : « Quand on s'engage en gendarmerie, notre mission première est de porter secours et d'être là pour les gens. Bien sûr, notre action se limite souvent à la police de la route, mais notre objectif est d'empêcher les personnes de passer à l'acte criminel ou délictueux. »
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