Héros du quotidien : face à une tentative de féminicide, l’intervention héroïque de la gendarme Claire
- Par la lieutenante Floriane Hours
- Publié le 20 février 2025

Six gendarmes ont été décorés à l’occasion de la cérémonie nationale en hommage aux héros du quotidien, qui s’est déroulée ce lundi 17 février 2025, aux Invalides, à Paris. Parmi eux, se trouve la gendarme Claire. En décembre 2023, cette militaire, sous-officier de gendarmerie depuis 8 ans, a risqué sa vie lors d’une intervention pour empêcher un féminicide. Un acte de courage et de dévouement qui lui a valu la médaille de la gendarmerie nationale échelon argent.
Claire a intégré la gendarmerie en 2017. Après avoir été gendarme adjointe volontaire à la brigade de Pont-de-Chéruy, en Isère, elle a été affectée à celle de Fleury-Mérogis, dans l’Essonne. Concours de sous-officier en poche, elle a rejoint l’école de Châteaulin, dans le Finistère, pour y effectuer sa scolarité, avant de recevoir, en 2022, sa première affectation en tant que sous-officier à la Brigade territoriale autonome (BTA) de Vern-sur-Seiche, en Ille-et-Vilaine, où elle sert toujours aujourd’hui. C’est au sein de cette unité, dans la banlieue sud de Rennes, qu’elle va vivre, en décembre 2023, l’une des interventions les plus difficiles de sa carrière.
Une violence inouïe
Le 11 décembre 2023, après une journée de permanence plutôt calme, la gendarme Claire et son collègue sont appelés vers 1 h 30 du matin pour des Violences intra-familiales (VIF). Les faits se déroulent à quelques mètres seulement de la gendarmerie. Les deux militaires se rendent donc sur place en un instant. À leur arrivée, un jeune homme d’une quinzaine d'années, le fils de la victime et du mis en cause, paniqué, leur ouvre la porte. À l’étage, les gendarmes découvrent une femme en robe de chambre, ensanglantée, le visage tuméfiée et figée par la peur. Face à elle se trouve son conjoint, visiblement agacé d'être dérangé.
Les deux gendarmes saisissent rapidement la gravité de la situation. Pendant que son camarade tente de calmer l’homme, la gendarme Claire met immédiatement la victime en sécurité. Lorsqu’elle revient vers son camarade pour procéder à l’interpellation de l’individu, la tension monte. Les deux militaires comprennent alors très vite que l’intervention va prendre une tout autre tournure. « Nous nous retrouvons tous les deux dans la chambre avec l'individu en face de nous. Avec mon collègue, on s'entend bien et on se connaît bien. Alors quand on voit l’individu, sans avoir besoin de se parler, on comprend tous les deux qu’on va devoir procéder à une intervention “musclée”. On allume donc nos caméras et on met nos gants, car on sait qu'il va falloir le menotter et que ça va être difficile. On compte jusqu'à trois et c'est à ce moment-là que le drame se produit. »
Refusant de se laisser menotter, l’homme projette la gendarme Claire en arrière sur un lit avec une violence inouïe et tente de lui crever les yeux avec ses doigts. « J’ai crié à mon collègue “Mes yeux, mes yeux !”. Il était en train de me les arracher. » Face à la situation, son collègue fait usage de son taser. L’impulsion électrique permet à Claire de s’extraire de cette situation, mais ne suffit pas à maîtriser l’individu. Ce dernier, schizophrène et sous l’emprise de l’alcool, continue en effet de se déchaîner sur les gendarmes. « Il arrachait même les ardillons du taser plantés dans sa peau », relate la militaire. L’agresseur s’en prend ensuite au gendarme, tentant également de lui crever les yeux et de lui infliger de graves blessures. N’écoutant que son courage, Claire se jette au cou du mis en cause, permettant ainsi à son camarade de se libérer de son emprise. Grâce à une manipulation de son collègue, elle parvient ensuite à lui passer une menotte, puis la seconde. L’individu est enfin maîtrisé.
Épuisés et blessés, les deux gendarmes vont encore devoir maintenir l’individu au sol, avec l'aide de son fils, jusqu’à l’arrivée des renforts et des secours, plus de 15 minutes plus tard. À l’issue de l’intervention, les deux gendarmes, blessés aux yeux, ont été pris en charge par les services de secours et l’individu a été placé en garde à vue, puis en détention. Sa compagne, toujours sous protection, bénéficie d’un téléphone grave danger.
« On a évité un féminicide »
Plus d’un an après, lorsqu’elle repense à l’intervention, la gendarme Claire a conscience de l’impact qu’elle et son collègue ont eu ce soir-là. « Avec le recul, on se rend compte qu’on a évité un féminicide. On l’a sauvée. »
Aujourd’hui, la militaire appréhende les interventions différemment. « Ma vision des interventions a évolué. Je suis plus vigilante quant aux comportements des personnes et je pense qu’il ne faut pas hésiter à appeler les renforts dès qu’on comprend que la situation risque de dégénérer. Mais je suis aussi plus confiante. Je sais que je suis capable d’intervenir et je me dis que même en étant une femme, on est capable de faire ce qu’il faut. Avec de bons collègues et une bonne formation, on arrive à tout faire », explique-t-elle.
À la suite de son camarade, décoré le 11 juin 2024 à Rennes, la gendarme Claire a reçu, ce lundi 17 février 2025, dans la cour d’honneur des Invalides, à Paris, la médaille de la gendarmerie nationale échelon argent. Une récompense pour son action héroïque, particulièrement importante pour la militaire : « C'est vraiment une fierté d'être remerciée et honorée pour cette intervention peu banale qui reflète aussi le quotidien de tous les gendarmes qui font face à des interventions du même genre », conclut-elle.
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