Haute-Savoie : les gendarmes de la SAG de Chamonix-Mont-Blanc en première ligne pour les opérations de secours
- Par Antoine Faure
- Publié le 22 janvier 2025
Rencontre avec les adjudants-chefs Olivier et Christophe, respectivement pilote et mécanicien aéronautique de la Section aérienne de gendarmerie (SAG) de Chamonix-Mont-Blanc.
Sur la piste de la Drop Zone (D.Z.) des Bois, située au lieu-dit Les Praz, au nord de Chamonix, en Haute-Savoie, le ballet des hélicoptères est incessant, été comme hiver. Il faut dire que l’afflux de touristes est désormais continu, avec les activités diverses que cette fréquentation engendre en montagne, notamment sur la plus célèbre d’entre elles, le Mont-Blanc. Ici, les locaux sont partagés entre la Section aérienne de gendarmerie (SAG) et le Peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) de Chamonix-Mont-Blanc, le SAMU, la Sécurité Civile et le Service départemental d’incendie et de secours (SDIS).
Dans ce département, le secours en montagne se déroule avec deux ou trois hélicoptères, une semaine sur deux : soit deux hélicoptères de la Sécurité civile et un hélicoptère de la gendarmerie nationale, soit un hélicoptère de chaque entité. « Lorsque nous disposons de deux appareils, détaille le chef d’escadron Étienne Rolland, commandant du PGHM, celui de la SAG prend en charge les secours sur le massif du Mont-Blanc, depuis la D.Z. des Bois, et celui de la Sécurité civile couvre le reste du département, depuis l’aéroport d’Annecy. Lorsque nous disposons de trois hélicoptères, ceux de la Sécurité civile couvrent le massif du Mont-Blanc, depuis la D.Z., ainsi que la partie ouest du département, depuis Annecy, et celui de la SAG la partie est du département, depuis la D.Z. »
« Le plaisir est un moteur important »
La SAG est armée par huit militaires. Parmi eux, les adjudants-chefs Olivier, pilote d’hélicoptère, et Christophe, mécanicien treuilliste. Olivier est affecté à Chamonix-Mont-Blanc depuis trois ans. Après une première partie de carrière dans l’armée de l’Air et de l’Espace, il a rejoint la Gendarmerie nationale en 2012. Après avoir réussi le concours de sous-officier et suivi sa scolarité à l’école de gendarmerie de Montluçon, il rejoint les Forces aériennes de la gendarmerie nationale (FAGN), d’abord à Amiens comme première affectation. Olivier passe ensuite la qualification montagne et rejoint, à l’été 2016, la SAG de Digne-les-Bains, avant d’être muté à Chamonix à l’été 2021. « Les missions sont plus variées en gendarmerie, alors que dans l’armée je faisais essentiellement de la surveillance aérienne, note-t-il. J’étais attiré par cette diversité et particulièrement par la technicité du vol en montagne. Pilote, c’est mon métier, mais c’est aussi une passion. Le plaisir est un moteur important. » Il faut dire que les hélicos, pour Olivier, c’est une histoire de famille, avec un grand-père et un père qui ont eux-mêmes été aux commandes d’appareils de la Sécurité civile. « Comme Obélix, je suis tombé dedans tout petit ! Mon grand-père était présent à la création de la Sécurité civile, en 1951. Trois générations de pilotes, c’est extrêmement rare. Je dois être le seul dans ce cas. »
À l’étage du bâtiment, au-dessus du SAMU, se situe la salle de permanence du PGHM, où deux équipes composées de deux secouristes, plus un maître de chien, se relaient de 8 heures à 19 heures. Les appels arrivent soit par radio, dont sont équipés les guides de haute montagne et les gardiens de refuge, soit par téléphone, au centre opérationnel situé au centre-ville de Chamonix, où se trouvent trois gendarmes. Ce sont eux qui trient les appels et priorisent les interventions. Quand l’alerte tombe, si le chef de caravane confirme l’engagement, commence alors une conférence téléphonique à trois, avec le SAMU et le moyen aérien. En montagne, les secours diffèrent. Du plus anodin, quand un randonneur se tord une cheville ou qu’un skieur se casse une jambe, aux cas les plus dramatiques, quand une cordée dévisse, quand un alpiniste tombe dans une crevasse, ou bien sûr en cas d’avalanche. Pour les interventions d’urgence, les équipages doivent être prêts en deux minutes.
« C’est un travail d’équipe, poursuit Olivier. On parle vraiment d’une chaîne du secours en montagne. L’équipage va tout faire pour faciliter le travail des secouristes, qui eux-mêmes vont aider le médecin. En fonction de l’endroit et de la blessure, les secouristes décident si on part sur une médicalisation sur place, ou si on procède à une extraction d’urgence pour permettre au médecin de soigner dans de meilleures conditions, dans un centre hospitalier ou à la D.Z., si ce n’est pas trop loin. Notre rôle sera de prendre en compte les besoins de la mission pour calculer la quantité de kérosène à embarquer. Sachant que, quand on intervient sur le Mont-Blanc, on peut partir avec peu de carburant, on sait qu’on pourra facilement revenir en reprendre. »
L’avalanche du glacier d’Armancette
Embarquent alors à bord de l’appareil les secouristes, le médecin, le pilote et le mécanicien. L’adjudant-chef Christophe est l’un des quatre mécaniciens de la SAG. Il est entré en gendarmerie en 2004, en tant que Gendarme adjoint volontaire (GAV) spécialiste en mécanique automobile. Après l’école de Chaumont, il est affecté à l’Escadron de gendarmerie mobile (EGM) de Thionville pendant quatre ans. Il passe ensuite avec succès les tests pour entrer en 2011 au Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN) comme mécanicien automobile. « J’avais déjà pour objectif d’être mécanicien d’hélicoptère, précise Christophe. J’avais réussi les tests, mais une inaptitude médicale m’avait contraint à mettre ce projet en stand-by. »
Une fois cette aptitude récupérée, il suit la formation de mécanicien aéronautique à l’École d’enseignement technique de l'armée de l'Air et de l’Espace (EETAA), à Rochefort-sur-Mer. À l’issue, en 2015, il est affecté au Centre national de maintenance aéronautique de la gendarmerie (CNAMAG), à Orléans, puis, après avoir réussi les tests montagne, à la SAG de Chamonix-Mont-Blanc en 2019. « J’ai essentiellement trois missions, décrit-il. Je suis assistant de vol, treuilliste et mécanicien aéro, en charge des entretiens périodiques. Je fais également une visite chaque soir, consécutive au vol de la journée, pour m’assurer que la machine est toujours prête à repartir. »
Quand on interroge le pilote et le mécano sur le secours mené en commun qui les a le plus marqués, ils n’hésitent pas plus longtemps qu’un tour de pales à pleine vitesse. « L’avalanche du glacier d’Armancette », souffle Olivier.
Le 9 avril 2023 était une journée ensoleillée sur l’ensemble des Alpes, et les conditions printanières étaient favorables pour pratiquer le ski de randonnée. Vers 11 h 30, une énorme avalanche a balayé le glacier d’Armancette, au-dessus des Contamines-Montjoie. Une coulée de neige de 500 mètres de large et de 1 600 mètres de dénivelé qui a tout emporté sur son passage, sur cet itinéraire classique de descente à ski des Dômes de Miage.
« On était de permanence département, c’était donc l’appareil de la Sécurité civile qui couvrait le massif du Mont-Blanc, où se situe le glacier, se souvient Olivier. Quand on les a vus embarquer dans l’hélicoptère des perches pour sonder, on a tout de suite compris qu’il s’agissait d’une grosse avalanche. On a sorti la machine et on a appelé le P.C., qui nous a confirmé notre engagement. » Les deux hélicoptères projettent une trentaine de personnes sur zone. Une vingtaine de victimes sont retrouvées indemnes, mais le bilan est lourd : six décès, deux guides et quatre clients. « Le dernier corps a été retrouvé le lendemain, mais les cinq autres ont été placés dans le hangar de la SAG le soir-même, le temps de l’identification », poursuit le pilote de la SAG. « Sur le glacier c’était violent, ajoute Christophe. Des Détecteurs de victime d’avalanche (DVA) sans victime, des victimes sans DVA… À la SAG, tous les bureaux étaient occupés pour auditionner les témoins, accueillir les familles, prendre en compte la presse... »
Ce n’était pas, fort heureusement, une journée ordinaire en montagne, mais Olivier et Christophe savent qu’il y en aura d’autres.
Haute-Savoie : le secours en montagne au cœur des missions de la gendarmerie
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