Entretien avec le lieutenant-colonel Beretti, officier de liaison du Tour de France

  • Par le capitaine Tristan Maysounave
  • Publié le 28 juillet 2025
Le lieutenant-colonel Beretti à l'occasion d'une réunion.
© GEND/ SIRPAG/ MDC LAPOINTE

Les Tours de France masculin et féminin se déroulent respectivement du 5 au 27 juillet et du 26 juillet au 3 août 2025. Environ 12 millions de spectateurs sont attendus sur l’ensemble du parcours, dont la sécurisation est en grande partie confiée à la gendarmerie. Le lieutenant-colonel Frédéric Beretti, officier de liaison du Tour de France, en assure la coordination. Entretien.

Mon colonel, en quoi consiste le poste d’officier de liaison du Tour de France ?

Mon rôle consiste à assurer l’interface entre ASO (Amaury Sport Organisation, entreprise organisatrice du Tour) et la Gendarmerie nationale. Tout en étant chargé de coordonner et de contrôler le dispositif de sécurisation mis en place par la gendarmerie, je remplis également un rôle de conseil auprès d’ASO.
Je suis titulaire du poste depuis un an. L’année précédente, j’avais assuré les fonctions d’officier de liaison du Tour de France en doublure de mon prédécesseur afin qu’il puisse me former et que je puisse appréhender au mieux mes nouvelles fonctions. 
Enfin, je suis en charge de la conduite opérationnelle de l’événement. Chaque jour, dès l’ouverture du village départ, je participe à la réunion de sécurité visant à évaluer l’ensemble des menaces pesant sur l’étape du jour. Pendant la course, j’évolue entre 3 et 5 minutes du premier coureur afin d’être au cœur de l’événement en cas de problème.

Comment avez-vous préparé cet événement ?

Le Tour de France est le troisième événement mondial après les Jeux Olympiques et la Coupe du monde de football. Son organisation repose sur une mécanique bien huilée. La préparation consiste à dimensionner les forces, évaluer les besoins et fournir les moyens pour remplir la mission de sécurisation. Elle commence bien en amont, dès le dévoilement du tracé, au mois d’octobre précédant la nouvelle édition. Je suis alors associé aux nombreuses réunions auxquelles participent les différents partenaires concourant au bon déroulement du Tour. Plusieurs facettes doivent être prises en considération : logistique, génération de force et planification. Je m’appuie également sur les éléments transmis par les services de renseignement afin d’ajuster si besoin le dispositif permanent fourni par la gendarmerie ainsi que le dispositif territorial relevant des Échelons territoriaux de commandement (ETC).

Gendarme d'un PSIG sécurisant le passage des coureurs.
© GEND/ SIRPAG/ GND.CULPIN

Quelles sont les forces gendarmerie en présence ?

La gendarmerie fournit un dispositif permanent composé de 282 personnels ainsi que de spécialistes : trois Escadrons de gendarmerie mobile (EGM), dont un dédié à la sécurisation des départs et des arrivées, des gendarmes du Groupe d’intervention de la Gendarmerie nationale (GIGN), des motocyclistes de l’escadron motorisé et du Peloton motorisé d’interception et d'interpellation (PM2I) de la Garde républicaine, des équipes cynophiles REXPEMO (Recherche d’EXplosifs sur PErsonne en MOuvement) appuyées par le Peloton d’intervention de la Garde (PIGR), une équipe relations médias du Service d’information et de relations publiques des armées-Gendarmerie, etc. Une composante aérienne participe à la manœuvre depuis le ciel. Les ETC renforcent le dispositif en sécurisant les axes et les villages départ et arrivée se trouvant dans leurs zones de compétence. Ils s’appuient notamment sur des réservistes, qui constituent un appui indispensable dans le jalonnement et la sécurisation de l’épreuve. 
Au total, le Tour de France mobilise 10 000 à 12 000 gendarmes, soit 500 à 800 par jour.

Gendarmes mobiles sécurisant le Tour de France.
© GEND/ SIRPAG/ MDC LAPOINTE

L'escadron motocycliste de la Garde républicaine

Présent sur l’ensemble du Tour, l’escadron motocycliste de la Garde républicaine est chargé d’assurer une bulle de sécurité autour de la caravane publicitaire et des coureurs. L’unité est commandée par le chef d’escadron Karim Alioui. Disposant d’une solide expérience en tant qu’ancien commandant et second d’Escadrons départementaux de sécurité routière (EDSR) et d’unité motorisée, il encadre le troisième Tour de France de sa carrière. 33 motocyclistes de l’escadron sont engagés sur l’événement, dont dix uniquement dédiés à la sécurité de la caravane. L’unité utilise également trois voitures, respectivement chargées des fonctions de véhicule pilote caravane, véhicule pilote course et véhicule fin de course.

Pour l’escadron, le Tour est l’événement le plus important de l’année et fait l’objet d’une importante préparation. Des courses cyclistes telles que la Paris-Nice ou le Critérium du Dauphiné, également organisées par ASO leur permettent de se rompre à l’exercice en amont.
Leur mission consiste à garantir le bon déroulement de la course en assurant la sécurité de la caravane, des coureurs, mais également des personnalités publiques pouvant prendre part au Tour.

Le chef d’escadron Karim Alioui participe chaque matin à la réunion sécurité associant l’organisateur et les représentants des départements traversés. Elle permet d’aborder les spécificités du terrain et les risques identifiés par les services de renseignement. L’escadron motocycliste doit faire face aux menaces pouvant surgir, qu’elles soient causées par l’homme (action individuelle pouvant perturber le passage de la caravane ou des coureurs, troubles à l’ordre public, attaque terroriste, etc.) ou liées aux spécificités du terrain. Pour ce faire, les motocyclistes sont chargés de se positionner aux intersections difficiles et de signaler les dangers du parcours aux coureurs à l’aide d’un drapeau jaune. Les chefs d’éléments, sous la supervision du chef d’escadron Karim Alioui, réarticulent également le dispositif en cours d’action. Ainsi, un ou plusieurs motocyclistes peuvent être désignés afin de sécuriser un coureur exposé médiatiquement ou encore un coureur ayant fait l’objet d’une chute ou d’une crevaison. Ils s’appuient également sur les EDSR, qui renforcent le dispositif tout au long du parcours et qui sont notamment chargés d’escorter les éventuels blessés vers les hôpitaux les plus proches.

Prestigieuse, la sécurisation de la Grande boucle n’en est pas moins éprouvante pour les motocyclistes de la Garde. Devant faire preuve d’une vigilance constante et de robustesse, ils peuvent en effet être amenés à travailler jusqu’à 13 heures dans une même journée. À l’issue de chaque étape, ils ont encore à effectuer le trajet jusqu’au prochain village départ. Ainsi, alors que le tracé du Tour de France totalise 3 338,8 kilomètres, les motocyclistes parcourent environ 8 000 kilomètres.

Motocycliste de la Garde républicaine.
© GEND/ SIRPAG/ MDC LAPOINTE

À quoi ressemble votre quotidien pendant la Grande boucle ?

Avant même l’ouverture du village départ, je participe aux réunions quotidiennes au cours desquelles nous abordons les risques liés à l’étape du jour. Ces points nous permettent d’agir en temps réel. J’effectue ensuite un tour du dispositif avant le départ de la course. Pendant l’ensemble de l’étape, ma mission consiste à effectuer de la conduite en cours d’action en fonction des événements rencontrés. Je me trouve dans un véhicule situé entre la caravane et la tête de course. Cette position est stratégique afin de réagir efficacement. Les motocyclistes de la Garde républicaine me permettent de procéder aux levées de doute. 
À l’arrivée, la journée se termine par le podium protocolaire et la préparation de l’étape du lendemain.

Le LCL Beretti échangeant avec un second officier.
© GEND/ SIRPAG/ MDC LAPOINTE

Chaque jour est différent. Au cours de ma carrière, j’ai notamment commandé des EDSR et j’ai été amené à gérer des dispositifs d’ampleur. Je m’appuie sur ces expériences pour adapter le dispositif rapidement. 
La force du Tour et la force de l’officier de liaison résident dans l’anticipation. C’est la clé du succès de la mission.

Quelles sont vos relations avec ASO ?

Notre rigueur et notre sérieux nous ont aidés à tisser des liens de confiance avec l’organisateur. La confiance est indispensable pour permettre au Tour de se dérouler dans les meilleures conditions. Les coureurs se préparent toute l’année. Ils y voient le rêve d’une vie. Nous nous devons d’être à la hauteur de leurs attentes. 
 


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