Défilé du 14 juillet : le gendarme Yoan, une carrière au service de la mobile
- Par la lieutenante Floriane Hours
- Publié le 13 juillet 2025

Affecté jusqu'à cet été à l’Escadron de gendarmerie mobile (EGM) 12/1 de Satory, l’adjudant-chef Yoan fait partie des 700 gendarmes qui défileront sur les Champs-Élysées, ce lundi 14 juillet 2025. Un honneur pour ce militaire volontaire, dont le parcours témoigne d’une résilience peu commune.
En gendarmerie, certains parcours racontent une personnalité, une institution, mais aussi une époque. Celui de l’adjudant-chef Yoan fait partie de ceux-là. Ayant grandi dans une cité de Seine-Saint-Denis, Yoan est envoyé par sa mère au collège, puis au lycée militaire d’Autun afin d’y suivre sa scolarité. C’est au sein de cet univers fait de rigueur et de militarité qu’il va découvrir sa vocation. « Je me suis posé la question pour les armées, notamment pour l’armée de Terre, mais très vite, je me suis plutôt tourné vers la gendarmerie. Ce qui m’a plu, c’est vraiment le lien avec la population, le contact. Être là pour les aider, pour les protéger, c’est vraiment ce que je voulais. J’avais d’ailleurs aussi pensé aux pompiers de Paris, mais finalement je suis resté sur l’idée de la gendarmerie. »
En 2004, Yoan intègre l’École de gendarmerie de Châteaulin. À sa sortie, il rejoint l’Escadron de gendarmerie mobile (EGM) 12/1 de Satory, qu’il ne quittera qu’en août prochain. Au sein de cet escadron, l'adjudant-chef va apprendre, se former, mais aussi vivre des événements uniques qui vont profondément le marquer.
« Ce n’est pas un métier, c’est une expérience de vie »
Dès son arrivée dans l’institution, Yoan est directement envoyé sur le terrain, au cœur de l’une des manifestations les plus suivies et les plus médiatisées de l’époque : celle organisée suite au meurtre d’Ilan Halimi, un jeune homme assassiné par le « gang des barbares ». Une pression sociale, médiatique et politique que le gendarme mobile va vite intégrer.
Les années qui suivent, Yoan, comme de nombreux mobiles du Groupement blindé de la gendarmerie mobile (GBGM), sera engagé en première ligne lors de nombreux événements en métropole (manifestations contre le Contrat première embauche (CPE) en 2006, sécurisation du sommet de l’OTAN à Strasbourg en 2009, du G8 à Deauville en 2011, manifestations contre la loi Travail en 2016, crise des Gilets jaunes en 2019, Covid-19 en 2020, etc.), en outre-mer ou à l’étranger.
Au sein de son peloton d’intervention, à pied ou à bord des véhicules blindés, il interviendra aux côtés d’autres gendarmes, mais aussi de militaires d’autres forces. En 2006, puis en 2008, il se rendra par exemple en Côte d’Ivoire pour assurer la sécurité de la base du 43e Régiment d’infanterie de marine (RIMa). En 2010, il sera déployé en Guyane sur une mission de lutte contre l’orpaillage illégal au côté des hommes de la Légion étrangère. « C’était incroyable comme expérience. On était dans le sud de la Guyane à Camopi. Pour se rendre dans une zone impactée par ce phénomène, on est partis en forêt plusieurs jours avec les gars de la Légion. La première fois que je suis parti en forêt, je voyais du vert partout, eux, au premier coup d’œil, ils arrivaient à distinguer au milieu de la jungle les arbres derrière lesquels les garimpeiros cachaient leurs matériels et les traces d’un camp ou d’un lieu de ravitaillement à proximité. Sur cette mission, on était H24 avec eux (les légionnaires, NDLR), donc on a vraiment tissé des liens. […] En Côte d’Ivoire c’était différent, on n’était pas souvent avec les autres militaires. Et puis le contexte aussi était différent. La première fois que j’y suis allé, c’était en 2006 et c’était très tendu. Sur le bord de la route, quand on circulait pour assurer les convois des militaires qui arrivaient, on sentait la tension monter de la part de la population. En 2008, le contexte avait complètement changé et ça n’avait plus rien à voir, la situation était plus apaisée, c’était un autre pays. »
Passionné par ces missions, « la gendarmerie mobile ce n’est pas un métier, c’est une expérience de vie », estime-t-il, Yoan se porte volontaire en 2023 pour un engagement au cœur de la Libye. Sur ce territoire hostile, sa mission et celle de ses camarades est de protéger les personnels de la sécurité civile française, venus renforcer les secouristes locaux après de terribles et meurtrières inondations. Une mission passionnante à laquelle l’adjudant-chef Yoan, aurait pu ne jamais participer...
La résilience comme moteur
Le 12 décembre 2012, alors qu’il réalise une séance de sport à son domicile, le gendarme âgé de 28 ans s’effondre, victime d’une rupture d’anévrisme. Retrouvé quelques heures plus tard par sa compagne de l’époque, il est transporté en urgence au CHU Henri-Mondor à Créteil, où il est rapidement opéré, puis hospitalisé durant trois semaines. Deux mois d’arrêt plus tard, sans aucune séquelle, Yoan prend conscience qu’il est un miraculé. « Les médecins étaient vraiment surpris que je me remette aussi bien. L’un d’entre eux m’a dit : "Vous savez, la foudre ne frappe pas deux fois au même endroit. Ce que vous avez eu là, c’est quelque chose d’extrêmement grave, ça arrive une fois dans une vie, le risque zéro n’existe pas bien sûr, mais normalement, vous êtes tranquille !" » Ces paroles vont agir comme un électrochoc pour le jeune gendarme.
Déjà très dynamique, toujours volontaire pour partir en mission, dévoué et passionné par son métier, il n’aura désormais qu’une obsession : retrouver ses aptitudes pour pouvoir repartir sur le terrain aux côtés de ses camarades. Un cheminement administratif qui prendra près d’un an, une période durant laquelle il va prendre le poste d’adjudant de l’escadron (AE). « Plutôt que d’attendre que les choses se passent en restant derrière mon bureau, je vais me porter volontaire pour ce poste. C’est une période que j’ai beaucoup aimée. L’AE dans un escadron, c’est finalement un peu le chef d’orchestre. Il y a le CdU (commandant d’unité, NDLR) qui donne sa volonté, et l’AE la met en œuvre. On organise les relèves, les départs, on s’assure que tout fonctionne bien dans l’organisation et quand c’est le cas, c’est très satisfaisant. »
Malgré son intérêt pour ce poste, le militaire garde en tête son objectif : retourner sur le terrain. En 2014, après un an sans mission extérieure, l’adjudant-chef Yoan récupère enfin la quasi-totalité de ses aptitudes. Malgré la douche froide de l’annonce d’inaptitude pour le GIGN, qu’il souhaitait rejoindre, il ne se laisse pas abattre et réintègre son peloton d’intervention. Quelques mois plus tard, en décembre de la même année, il est projeté à Calais.
La récompense d’un engagement
Cette mission marque pour Yoan le début d’un nouveau chapitre dans sa carrière au cours duquel il va passer le diplôme d’arme et devenir formateur Centaure. Un chapitre fait d’engagements plus intenses. « On a vu les choses devenir de plus en plus compliquées avec une augmentation de la violence », confirme-t-il. Calme et convaincu qu’une discussion est plus utile que la violence, le gendarme sera régulièrement envoyé lors de ces événements, que ce soit en outre-mer ou sur le territoire métropolitain, pour échanger avec les leaders d’opinion et calmer les foules.
Un tact et de la diplomatie, qui ne suffiront pas en Nouvelle-Calédonie. Employé de nombreuses fois sur place avant sa rupture d’anévrisme, il va découvrir en 2017 un territoire bien différent de celui qu'il connaissait. Sur place, suite à un refus d'obtempérer qui tourne mal, de premières tensions se font sentir. « Un soir, des camarades engagés à Nouméa sont appelés parce que sur la RP1, l’axe qui passe devant la tribu de Saint-Louis, il y a de fortes tensions avec une personne blessée. Ils se rendent sur place en véhicule blindé. Sur le trajet, ils se font tirer dessus. Ce soir-là, et c'était la première fois en Nouvelle-Calédonie, un tir va réussir à percer le blindage. À ce moment-là, on comprend que la violence a changé de dimension. »
Une violence qui ne va cesser de monter en intensité en 2021 lors du troisième et dernier référendum, puis en 2024 au moment des émeutes. « On va être les premiers à être projetés. Quand la situation se dégrade, je suis en formation Centaure à Satory, mais rapidement, je suis décroché pour partir. On décolle le 14 mai. La situation est alors déjà extrêmement tendue, mais lorsqu’on fait escale à Vancouver et qu’on rallume notre téléphone, on apprend qu’un gendarme vient d'être tué. Quand on atterrit en Nouvelle-Calédonie, on apprend la mort d’un deuxième gendarme. Sur cette mission où je suis chef de détachement, à bord des VBRG (véhicules blindés à roues de la gendarmerie, NDLR) et des VAB (Véhicules de l’avant blindés, NDLR), nous allons être projetés en première ligne. [...] Sur place, ce n’est plus du maintien, ni même du rétablissement de l’ordre. On passe sur un autre niveau. Ça a été très intense, pour tous. »
Pour récompenser cet engagement mais aussi et plus largement ses 20 années passées au sein de l’EGM 12/1 de Satory, l'adjudant-chef Yoan a été choisi cette année pour défiler sur les Champs-Élysées lors de la fête nationale. Et s’il s'agit de son deuxième défilé, l'engouement et la fierté sont toujours là.
À l’issue, l'adjudant-chef Yoan quittera cet été cette unité au sein duquel, jeune gendarme, il fit ses premiers pas dans la mobile. Dès la rentrée, il intégrera un autre escadron du GBGM, le 13/1 de Satory, toujours animé de cette même ambition : protéger la population en métropole, en outre-mer et a l'étranger.
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