Dans les plis de l'uniforme : l’histoire d’une famille
- Par Maylis De Tarlé
- Publié le 28 juin 2026
Quatre générations et six gendarmes. De Marcel, montagnard chevronné entré dans l’Institution en 1943, à Ethan, son arrière-petit-fils tout juste engagé, le métier de gendarme se transmet tel un héritage au sein de cette famille depuis près de quatre-vingts ans.
Il y a des familles où un métier se transmet comme un nom de famille. Celle de Marcel est de celles-ci. C’est dans les Hautes-Alpes, à Cervières, un village accroché à 1 600 mètres d’altitude, au pied du col d’Izoard, que naît Marcel en 1918. Dans un monde où les fils de montagnards n’ont guère le choix que les douanes, l'armée ou les ponts et chaussées, le jeune homme choisit la gendarmerie.
En 1943, en pleine guerre, Marcel entre à l'école de Romans-sur-Isère. Quelques années plus tard, il sert à la compagnie d'Embrun, puis à Chorges, et à Monêtier-les-Bains, territoire qu'il connaît comme sa poche. Montagnard chevronné, il est parmi les premiers à assurer les secours sur les pistes de ski, bien avant la création des Pelotons de gendarmerie de haute montagne (PGHM). Il décède en 2010, à 92 ans. Son plus grand bonheur ? Voir sa petite-fille entrer en gendarmerie.
Le fils de Marcel, Robert, suit naturellement sa trace. Formé au 159e régiment d'infanterie de montagne de Briançon, qualifié été comme hiver, il rejoint la brigade de Barcelonnette, où il effectue, lui aussi, nombre de secours en montagne l’hiver et des services à moto l’été (BMI). Robert deviendra motocycliste en brigade motorisée et passera 37 ans au sein de l'Institution, entre le Mercantour et les Alpes du Sud. Il se marie en 1971. De cette union naîtra Sandrine.
Souvent, elle attendait la fin du service de son père pour faire un tour de moto avec lui dans la cour de la caserne. Déjà à cette époque, elle lui répétait qu'un jour elle serait gendarme. Et lui de répondre : « Il n'y a pas de femmes en gendarmerie ! »
Sandrine, justement, n'a pas attendu la permission de son père, peu enthousiaste, pour suivre la même voie. Profitant d’un stage de recyclage moto de celui-ci, elle dépose son dossier de candidature en cachette et passe les présélections discrètement (maman est dans la confidence...). À tout juste 19 ans, elle est admise au concours et, en mai 1991, est la plus jeune de sa promotion à l’école de gendarmerie de Montluçon. Première femme à la brigade de Morestel, puis à celle de Moustiers-Sainte-Marie, Sandrine part en mission en Bosnie dans le cadre de l'OTAN. À son retour, elle rencontre un élève gendarme croisé lors d'un renfort estival dans sa région, qui deviendra son mari. Ils s'installent à Digne-les-Bains, où naissent Ugo et Ethan. Deux garçons élevés au rythme des casernes.
Vient enfin ce projet qui lui tient à cœur : la création d’une brigade entièrement dédiée à la protection des familles et des mineurs victimes dans le département des Alpes-de-Haute-Provence (04). La Maison de protection des familles (MPF) voit le jour en 2021, inaugurée par le ministre de l'Intérieur de l’époque, Gérald Darmanin. Une belle réussite née d'une idée, de deux commandants de groupement qui lui font confiance, les colonels Grau et Millet, et d'une femme qui ne lâche rien.
Restent ses fils. Ugo, l'aîné, fan de rugby, a rejoint l'Institution en 2023. Il enchaîne aujourd’hui les missions en outre-mer (Guyane, Nouvelle-Calédonie…), avec la certitude d'être exactement là où il doit être. Ethan, le cadet, vient tout juste d'intégrer la brigade des Bouches-du-Rhône en qualité de gendarme adjoint volontaire. Il aime la moto, comme sa mère, et pense déjà au concours de sous-officier.
Six gendarmes donc, sur quatre générations. Une évidence qui se transmet sans bruit, de Marcel à Ethan, dans les plis de l'uniforme bleu de notre Institution.
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