Dans les coulisses du 26e Groupe vétérinaire de Gramat, essentiel au binôme maître-chien

  • Par Doria Belkacemi
  • Publié le 21 juillet 2025
La vétérinaire en chef, la colonelle Karine, examine un chien.
© GEND/SIRPA/BRI G. PIGOT

Créé en 1945, le Centre national d'instruction cynophile de la gendarmerie (CNICG) à Gramat est une référence mondiale dans la cynotechnie. Ici, la formation des maîtres de chien va de pair avec le soin méticuleux porté à leurs compagnons à quatre pattes, au sein du 26e Groupe vétérinaire. Rencontre avec la vétérinaire en chef, la colonelle Karine.

Qu’ils soient pensionnaires permanents ou en passage temporaire, tous les chiens du Centre national d'instruction cynophile de la gendarmerie (CNICG) bénéficient d’un suivi vétérinaire rigoureux. Chaque jour, les équipes veillent à leur bien-être, anticipent les blessures, interviennent en urgence, pratiquent des actes chirurgicaux ou des examens de pointe.

Au sein du 26e Groupe vétérinaire, deux vétérinaires du Service de santé des armées (11e Centre médical des armées) et une assistante vétérinaire du CNICG se relaient pour veiller à leur bien-être. En cas de besoin, ils sont également renforcés par des vétérinaires réservistes qui font partie intégrante de l’équipe. Leurs missions ? Soigner, prévenir, former, conseiller le commandement, mais aussi sélectionner les futurs chiens de la gendarmerie.

Le groupe vétérinaire joue en effet un rôle décisif dans le recrutement. En complément des évaluations cynotechniques, un examen complet est réalisé : systèmes musculo-squelettique, cardio-respiratoire, ophtalmologique, dentaire (essentiel pour les chiens de mordant) sont minutieusement expertisés. Un premier aperçu comportemental y est également associé. « Un chien trop agressif, serait une difficulté pour les manipulations quotidiennes mais certains chiens ont du tempérament et pimentent notre pratique », affirme la colonelle Karine, vétérinaire en chef de l’unité. Chaque chien passe ensuite par une anesthésie générale pour une série de radiographies, afin de détecter d’éventuelles fragilités articulaires. Un passage incontournable : près de 1 500 radios sont réalisées chaque année sur le centre. L’objectif ? Garantir une carrière opérationnelle longue et sans blessure évitable.

Transmettre le savoir pour mieux prévenir

Dans le cadre de la formation des maîtres de chien et de leurs suppléants et des hommes d’attaque, les vétérinaires enseignent les bases de l’anatomie canine, les gestes de premiers secours, la reconnaissance des pathologies et les bonnes pratiques d’hygiène. De quoi assurer une première ligne de vigilance sur le terrain. Ils tiennent également un rôle de conseil stratégique auprès du commandement, apportant leur expertise sur toutes les questions de santé animale.

En résumé, le groupe vétérinaire de Gramat c’est :

  • le suivi médical des chiens opérationnels
  • les visites d’achat des nouvelles recrues
  • la formation des gendarmes cynophiles
  • le conseil au commandement

Une expertise reconnue

Grâce à son plateau technique équivalent à celui de la médecine humaine, le centre peut aujourd’hui assurer tous les soins nécessaires à la bonne santé des 80 chiens résidents, auxquels s’ajoute une quarantaine d’animaux de passage pour évaluation ou formation. Une montée en puissance qui illustre l’évolution d’un métier historiquement centré sur les chevaux, et ici entièrement adapté aux exigences de la cynotechnie. Pourtant, malgré l’émergence de la technologie et de l’intelligence artificielle (IA), une chose ne changera jamais : « Il y aura toujours besoin de l’expertise du vétérinaire, assure la colonelle Karine. Malgré le matériel high-tech, malgré l’IA, il y a besoin de ce rapport humain, de l’homme au chien. »

La vétérinaire en chef, la colonelle Karine, examine un chien.
© GEND/SIRPA/BRI G. PIGOT

Le choix du cœur : le parcours inattendu de la colonelle Karine, vétérinaire militaire

Elle pensait ne jamais porter l’uniforme. Et pourtant, Karine, vétérinaire depuis plus de vingt ans en clientèle civile, a changé de vie du jour au lendemain. Un virage radical, qu’elle ne regrette pas une seule seconde. « Le fait de venir travailler ici ne m’avait jamais traversé l’esprit. Et pourtant, quand j’étais jeune, j’étais déjà venue visiter le centre en tant que touriste, car ils font des démonstrations tous les étés… », se souvient-elle.

Originaire de la région lyonnaise, Karine a longtemps exercé en clientèle exclusivement canine avant de ressentir une envie de renouveau. Une annonce sur LinkedIn la mène à Gramat. « Je me suis dit : ce job est pour moi ! » Elle quitte tout, s’installe dans le Lot et tombe littéralement sous le charme de cette région qu’elle redécouvre : « Ici, on fait 10 kilomètres, le paysage change. C’est magnifique. »

Karine reconnaît que l’adaptation a nécessité un temps d’apprentissage, mais salue l’accueil qu’elle a reçu : « Il y a une bienveillance générale ici, du commandement aux maîtres de chien. C’est un milieu respectueux et soudé. »

Des journées rythmées, sans jamais tomber dans la routine

À Gramat, aucune journée ne se ressemble. Le quotidien de Karine alterne visites sanitaires, examens médicaux, radios, anesthésies, gestion des urgences matinales et suivi administratif. Un rythme dense, mais loin d’être monotone. Ce qui lui plaît particulièrement ? La diversité des tâches, la variété des cas, l’aspect à la fois médical, technique et humain de son travail. Chaque chien représente un enjeu opérationnel pour la gendarmerie. Ce contexte, bien différent de la clientèle civile, lui permet de donner du sens à son engagement : contribuer à la santé de ces chiens d’élite, tout en jouant un rôle dans le bon fonctionnement des unités de terrain. « Rendre service au chien, former les maîtres, accompagner la gendarmerie… C'est un rôle beaucoup plus large que ce que je faisais en clinique. »

Colonelle, trois mots pour décrire votre métier ? « Disponibilité, expertise, sensibilité ! »

L’uniforme et les cérémonies : des émotions inattendues

Si Karine s’est vite adaptée à la rigueur du milieu militaire, certains moments ont marqué son arrivée dans ce nouvel univers. Elle se souvient notamment de sa première cérémonie officielle au sein du centre, où elle a découvert les codes et les symboles de l’institution : le lever des couleurs, les rangs impeccables des gendarmes, la solennité de la Marseillaise. Pour une vétérinaire venue du civil, ce sont des instants forts, chargés d’émotion, qui lui ont rappelé la portée collective de son engagement. Ce ne sont pas de simples rituels : ce sont des signes d’appartenance à une communauté, à une mission nationale, à une même patrie.

Et un conseil qu’elle adresse à ceux qui hésitent à se lancer : « Dans n’importe quel domaine, ce qui fait la différence, c’est notre singularité. Mon parcours atypique a été une force. Il ne faut pas vouloir faire comme les autres à tout prix. »

A noter 

La voie choisie par Karine est accessible à tous les profils : il est possible de s’engager dès l’école vétérinaire, mais aussi en tant que vétérinaire diplômé dans le civil, en devenant réserviste pour quelques jours par an. Une manière d’apporter son expertise… sans forcément tout quitter.


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