« C’est toujours difficile de tourner la page d’un livre qu’on aime énormément » : retour sur le parcours d'active et de réserve du major Pierre

  • Par Léopold Dubois
  • Publié le 11 août 2025
Le réserviste Pierre en uniforme à gauche et en tenue de maintien de l'ordre à droite.
© D.R.

Le major de réserve Pierre a rejoint la Compagnie de réserve territoriale (CRT) 73/1 de Chambéry il y a un peu moins d’un an, après un long service actif au sein de la Gendarmerie nationale. En qualité de militaire comme dans la vie civile, il n’a cessé d’être animé d’une volonté de servir et de transmettre.

Le major Pierre n’a pas grandi très loin des carnets de verbalisation à souche et du képi. Son père a en effet servi en Brigade motorisée (B.Mo.) avant de prendre sa retraite pour des raisons de santé. « J’ai baigné dedans depuis mon plus jeune âge, témoigne-t-il. Au moment d’effectuer mon service militaire, j’ai naturellement voulu donner un sens à cet engagement en m’orientant vers la gendarmerie. »

Incorporé en tant que Volontaire service long (VSL) au sein du Peloton de surveillance et d’intervention de gendarmerie (PSIG) de Montbéliard, il découvre « ce qu’est vraiment la gendarmerie, puisqu’avec mon regard d’enfant de fils de gendarme, je n’avais eu qu’un aperçu assez limité de ce qu’était cette institution ». À la fin de son service militaire, alors qu’il cherche du travail dans le civil, il décide de suivre les traces de son père. Il réussit le concours d’entrée et intègre l’école de gendarmerie de Châtellerault. En 1998, il est affecté à l’Escadron de gendarmerie mobile (EGM) de Besançon, où il intègre l’Équipe légère d’intervention (ELI, désormais Peloton d’intervention, P.I.). « Très vite, je suis tombé amoureux de la mobile », assure Pierre, qui y a passé près de vingt ans.

Un parcours stimulant

Au cours de sa carrière, il a pu se rendre au Bahreïn pendant quatre ans, en tant que garde de sécurité à l’ambassade de France, avant de rejoindre l’Escadron de gendarmerie mobile (EGM) de Belley. « Encore une possibilité qu’offre la gendarmerie de s’ouvrir à d’autres ministères, d’enrichir son expérience professionnelle, mais aussi humaine, explique-t-il. Pour cette affectation en ambassade, ma famille a pu me suivre et ainsi me voir servir la Gendarmerie dans un contexte absolument différent. »

À son retour d’ambassade, le commandant de son escadron lui demande de prendre le poste de chef des transmissions. « Au départ, j’y suis allé un petit peu à reculons, reconnaît-il, mais connaissant bien la gendarmerie, je savais que c’était aussi une nouvelle opportunité qui s’offrait à moi. » Il effectue donc un stage à Rosny-sous-Bois afin de perfectionner ses connaissances dans cette spécialité. Ce qui lui a plu, c’est « l’aspect tactique et technique : faire en sorte que tout fonctionne, quels que soient la mission, le lieu et la relation de confiance et de proximité qui s’installe entre le commandant d’unité et le chef transmission. »

Il s’épanouit dans cette nouvelle spécialité qui le conduit à travailler dans un milieu exigeant. Cependant, le major Pierre donne un nouvel élan à sa carrière en 2021 après « la période des gilets jaunes, qui a donné le coup d’envoi à un engagement exponentiel des unités de la Gendarmerie mobile », relève-t-il. Il rejoint le bureau de l’organisation et de la transformation au sein de l’État-major régional à Sathonay-Camp. « Un jargon, un process, un environnement complètement nouveau pour moi, dévoile-t-il. J’avais déjà pu élever mon niveau d’analyse en devenant chef transmission et j’ai pu le faire à nouveau grâce au niveau d’exigence demandé dans ce service. Très vite, on se prend au jeu, parce que c’est un défi à relever chaque jour pour aider les unités. » Après trois ans à ce poste, il décide de quitter la gendarmerie pour se consacrer à sa famille. « Je suis parti sur une bonne note, un bon sentiment, celui que j’ai ressenti tout au long de ma carrière. »

Le major de réserve Pierre lors de la cérémonie au cours de laquelle il s'est vu remettre la Médaille militaire.

© D.R.

Continuer l’engagement autrement

Avec cette flamme qui l’anime, le major n’a pas voulu rompre définitivement : « Comme c’est toujours difficile de tourner la page d’un livre qu’on aime énormément, c’était naturel pour moi d’envisager de continuer ma relation avec la gendarmerie, mais cette fois dans le cadre de la réserve. » Au sein de la Compagnie de réserve territoriale (CRT) 73/1 de Chambéry, qu’il a rejoint il y a un peu moins d’un an, il effectue des renforts au Centre de rétention administrative (CRA) et des surveillances d’épreuves. Il s’est également investi dans une autre mission : celle de commandant de peloton en PMG (Préparation militaire gendarmerie).  Il y encadre les réservistes en devenir. « J’ai toujours aimé la formation et la notion de transmission du savoir, déjà en escadron, se souvient-il. À une époque où on doute un peu de l’engagement de la nouvelle génération pour son pays, j’ai pu constater par moi-même que les PMG sont toujours bien remplies et les élèves motivés. » Ainsi, maintient-il le lien avec l’institution, tout en partageant ses compétences avec les nouvelles recrues : « J’utilise pleinement la spécialité que j’ai acquise puisque, dans le cadre des PMG, je suis en charge des cours sur les transmissions. »

Et ce n’est pas la seule compétence que le major Pierre met aujourd’hui à profit. Il est en effet devenu conducteur de car scolaire et, s’il a dû suivre une formation d’un mois, il n’a pas eu à repasser le permis D qu’il avait décroché en gendarmerie. Une aubaine pour sa reconversion et pour les élèves de primaire, collège et lycée qu’il transporte quotidiennement.

Aucun regret, que des souvenirs

Le major Pierre a quitté le service actif début septembre 2024, avec assez d’anecdotes pour écrire un livre. Un souvenir qui lui est cher ? La confiance que lui a témoignée son « chef Inter » en début de carrière, alors qu’il était une jeune recrue à l’ELI, lors d’un déplacement à Paris. « Mon chef m’avait fait une surprise. Il m’a dit : « Demain, c’est ton jour ». J’arrive à la prison de la Santé dans les salles de fouille et j’attends le détenu qui doit m’être confié pour sa présentation au Palais de Justice. C’est à ce moment que je découvre que mon détenu n’est nul autre que Guy Georges, surnommé le « tueur en série de l’Est parisien » ! J’avais tout juste 25 ans. J’ai trouvé cette marque de confiance de la part d’un chef tout à fait énorme. Ce sont des valeurs que j’aime beaucoup. La reconnaissance par le biais de la confiance de mes chefs, c’est ce que j’ai toujours recherché. »

La fibre humaine qui caractérise le major Pierre a été la clé de la réussite de ses missions : « J’ai toujours optimisé mon temps, même hors service, pour aller au-devant des gens, reconnaît-il. Ce sont ces moments humains, souvent très forts, qui permettent aussi de ne pas perdre pied avec la réalité du terrain et ainsi de donner du sens à certaines missions. Parce que quand on vit en escadron de gendarmerie mobile, on vit en vase clos. » 

S’il ne se considère pas comme un héros, il a tout de même de belles histoires à raconter, comme cet épisode survenu à Mayotte : « J’attendais le bus sur le parking de la gare routière pour aller visiter l’île. Soudain, une femme a perdu les eaux et je l’ai aidée à accoucher, là, sur ce parking. » Il y a aussi eu des moments magnifiques, comme celui où, en renfort dans le sud de la France, il sauve un désespéré de la noyade. D'autres, hélas, tragiques où l’on perd un camarade. « Le dénominateur commun de ma carrière est, je pense, toutes ces expériences humaines que nous offre la gendarmerie dès lors que l’on est réceptif et à l’écoute de ce qui nous entoure. Je me suis construit et épanoui en Gendarmerie grâce à cette nécessité constante de devoir se remettre en question et de toujours s’adapter, aux missions, aux contextes, aux imprévus… »


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