14 juillet : le chef d’escadron Jean-Pierre Chemaly représentera l’OCLCH lors du défilé militaire

  • Par Hélène THIN
  • Publié le 08 juillet 2026
© SIRPA-G / ADJ Camille HAUTIER

Les hommes et les femmes qui œuvrent au service de la Nation seront mis à l’honneur lors du défilé militaire du 14 juillet, organisé chaque année à Paris, depuis 1880, à l’occasion de la fête nationale française. Placée sous la thématique du « réveil stratégique de l’Europe », l’édition 2026 réunira quelque 8 500 participants. Parmi eux se trouvera le chef d’escadron (CEN) Jean-Pierre Chemaly, chef de la division de la stratégie et de la coopération internationale au sein de l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité et les crimes de haine (OCLCH). Portrait d’un militaire guidé par un sens profond du devoir, renforcé par de solides convictions humanistes.

Ce mardi 14 juillet 2026, sur les Champs-Élysées, à Paris, se tiendra le défilé des militaires engagés au service de la France et de leurs concitoyens. À 10 h 28 précisément, à l’issue du défilé aérien, les troupes à pied défileront sur le pavé parisien. 

Parmi les 6 700 personnels qui prendront part à cette parade, plus de 670 gendarmes seront présents. Plusieurs unités seront ainsi mises à l’honneur, dont l’Unité nationale de police judiciaire (UNPJ) de la Gendarmerie nationale. Une première depuis sa création le 1er septembre 2025. Mise en place pour faire face à une criminalité de plus en plus violente, organisée et croissante, l’UNPJ regroupe huit unités (IRCGN, SCRC, UNCyber, UNI, OCLAESP, OCLCH, OCLDI, OCLTI). Toutes sont dotées d’une compétence judiciaire nationale. L’UNPJ s’appuie sur un modèle unique, organisé autour de trois piliers garantissant une approche globale de la criminalité organisée : renseignement, investigations et criminalistique. L’objectif consiste à renforcer les stratégies d’enquête reposant sur l’initiative, notamment afin d’appréhender, d’anticiper et de désorganiser les écosystèmes criminels, en lien avec ses partenaires, de concentrer les moyens pour gagner en efficacité, ainsi que d’appuyer les unités de terrain en apportant des capacités et des expertises ciblées. Son apport opérationnel s’est avéré décisif dans plusieurs dossiers sensibles.

Placée sous le commandement du général de division Sylvain Noyau, l’UNJP regroupe 1 100 personnels :  enquêteurs, experts et spécialistes du renseignement. 76 d’entre eux participeront au grand défilé militaire dans un détachement placé sous les ordres du général Hervé Pétry, commandant l’UNCyber.

Moment hautement symbolique pour chacun, à l’heure où le pays célèbre son unité autour des valeurs fondamentales de la République. « Je défilerai avec honneur et fierté !, déclare le chef d’escadron (CEN) Jean-Pierre Chemaly, chef de la division de la stratégie et de la coopération internationale au sein de l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité et les crimes de haine (OCLCH). En ces heures sombres, cette cérémonie marquera la paix et la nécessité d’œuvrer pour elle. »

De Beyrouth à Paris, itinéraire d’un spécialiste du monde arabe

Jean-Pierre Chemaly naît et grandit au Liban, alors que se déroule la guerre civile libanaise (1975 – 1990). Il suit des études d’histoire et de relations internationales à l’université Saint-Joseph à Beyrouth, avant de poursuivre son cursus en France. « Je suis arrivé à Paris en 2002 pour y faire ma thèse de doctorat à l’École pratique des hautes études, sur le thème de la stratégie communicationnelle des sites religieux chrétiens et musulmans sur internet dans les pays arabes, sous la direction de l’historien et sociologue Claude Langlois », précise-t-il.

En 2005, Jean-Pierre Chemaly intègre le ministère de l’Intérieur en qualité d’expert spécialisé en géopolitique du monde arabe. « C’était alors la période mouvementée du Printemps arabe, de la guerre civile en Syrie et des bouleversements en Lybie. » Durant quatorze ans, il intervient en tant que traducteur, puis comme expert, analyste et chef de groupe dans les domaines géopolitique et géostratégique. Ses fonctions le conduisent à analyser et commenter une multitude de sources (ouvrages, fascicules, pamphlets, revues…), qui offrent plusieurs approches. Il réalise de nombreuses interventions pour le compte du ministère de l’Intérieur, tant au niveau national qu’international, principalement à destination de partenaires étatiques. 

Il parle alors couramment trois langues : l’arabe, le français et l’anglais. Et entreprend également l’apprentissage du farsi, langue officielle de l’Iran, du Tadjikistan et de l’Afghanistan. « La maîtrise de ces différentes langues permet d’assurer une bonne continuité géographique et géopolitique, du Maghreb jusqu’à l’Iran. » 

Exigeant, ce poste implique l’actualisation continue des connaissances, ainsi qu’une parfaite compréhension des mécanismes de corrélation et de causalité qui s’exercent au sein du monde arabe. « L’actualité nous démontre chaque jour que tout est connecté. C’est pourquoi il est essentiel de connaître les raisonnements et les stratégies adoptés par l’autre. »

Alors qu’il donne une conférence à Zagreb, en Croatie, Jean-Pierre Chemaly est repéré par la Gendarmerie nationale. Il lui est alors proposé de rejoindre l’Institution. Recruté en 2019 au grade de chef d’escadron (CEN), en qualité d’officier commissionné, il prend la tête de la division de la stratégie et de la coopération internationale au sein de l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité et les crimes de haine (OCLCH).

Service interministériel créé en 2013, l'OCLCH est rattaché à la Gendarmerie nationale. Il a pour mission de coordonner, animer et diriger les investigations judiciaires en matière de lutte contre les crimes internationaux les plus graves, ainsi que les crimes motivés par la haine et l’intolérance. La recherche des auteurs, co-auteurs et complices présumés de ces infractions, susceptibles de se trouver sur le territoire français, relève également du champ de compétence de l'OCLCH. 

« Au regard des missions et du périmètre d’action de l’Office, ainsi que de l’actualité marquée par la montée en puissance des conflits, l’adoption d’une approche plurielle fondée sur la géopolitique, la géostratégie, les sciences humaines, l’histoire ou encore la diplomatie, est devenue cruciale », estime le CEN Jean-Pierre Chemaly.

L’OCLCH est le seul office compétent en matière de droit international humanitaire, de crimes de guerre, de génocides et de crimes contre l’humanité, domaines dans lesquels il intervient sous l’autorité du Parquet national antiterroriste (PNAT).

« Je ne suis pas ici par hasard »

« J’apprends chaque jour au sein de l’OCLCH, tant le sujet est vaste ! », confie le CEN Jean-Pierre Chemaly.
La division de la stratégie et de la coopération internationale, dont il a pris le commandement en 2019, intervient en appui aux deux divisions d’enquête de l’Office, respectivement dédiées à la lutte contre les crimes contre l’humanité, les génocides et les crimes de guerre, et à la lutte contre les crimes de haine.

Constitué de gendarmes enquêteurs, l’OCLCH couvre une trentaine de pays et plusieurs dizaines de dossiers. Les militaires de l’Office sont notamment amenés à être projetés sur le terrain (Rwanda, Ukraine, Libéria…) lorsque la situation le permet, aux fins de conduire des auditions de témoins ou de procéder à des reconstitutions de scènes de massacres, à l’instar du génocide des Tutsis au Rwanda (1994).

« Forte d’une dizaine de personnels, la division de la stratégie et de la coopération internationale regroupe en son sein des sous-officiers de gendarmerie, des civils, des apprentis issus du monde universitaire ainsi que des stagiaires. Personnels civils et militaires sont très complémentaires. Ils produisent notamment des notes d’analyse, de contexte géopolitique / géostratégique, des éléments de langage ou encore des cartographies, aussi bien à la demande du commandement que des enquêteurs. Nos travaux peuvent porter sur des conflits en cours, sur des groupes armés ou sur une zone géographique donnée. Les contacts que nous entretenons avec nos différents interlocuteurs supposent une grande vigilance de notre part, compte tenu de la sensibilité des informations dont nous traitons », explique l’officier.

En tant que chef de division, il a pour mission d’harmoniser et de consolider les travaux réalisés par les membres de l’équipe (cartographe, juriste…), selon une démarche rigoureuse et quadridimensionnelle, qu’il compare ordinairement à une boussole.
« Le nord symbolise la cour d’Assises. Nous avons pour obligation de produire un travail parfaitement sourcé, dans le but d’être inattaquable lors du procès d’Assises.
Le sud représente le monde diplomatique. Nous devons sans cesse anticiper, analyser et contextualiser en vue de l’impact de notre travail dans la sphère diplomatique.
L’est représente quant à lui les notions d’ingérence, de contre-ingérence et de renseignement. Nous veillons à ne subir aucune pression ou instrumentalisation des autres pays.
L’ouest, enfin, concerne tout ce qui relève de la société civile (monde universitaire et académique, ONG, journalistes). Nous entretenons des contacts réguliers avec des acteurs du monde universitaire et académique. Nous organisons ainsi des échanges avec des experts sur des thématiques précises, notamment à l’occasion de séminaires auxquels ils sont conviés.
Chaque travail initié au sein de division de la stratégie et de la coopération internationale doit pouvoir répondre, invariablement, à ces quatre facteurs. » 

La division, qui intervient sur un large spectre géographique et temporel, a récemment clôturé un dossier vieux de plus de 80 ans, portant sur la rafle du vieux port de Marseille (1943).
« Dominé par l’humain, le poste que j’occupe est aussi passionnant qu’exigeant. Il implique un engagement intense, ainsi qu’une solide force mentale, observe le CEN Jean-Pierre Chemaly. Ce travail est un véritable sacerdoce. J’ai personnellement connu la guerre. Je ne suis pas ici par hasard. Objectivité et neutralité demeurent néanmoins primordiales. Chacune des enquêtes est menée à charge et à décharge, dans le respect des droits de tous les acteurs. » 
Et l’officier d’ajouter qu’il est « nécessaire d’avoir foi en l’humain, et ne pas considérer avec fatalisme que la loi du plus fort l’emporte. La justice, bien que souvent longue, est essentielle à la manifestation de la vérité, et permet d’apporter des réponses aux victimes et à leurs descendants. C’est pourquoi nous poursuivons notre travail sans relâche. »

Marié à une Bretonne et père de deux enfants, le CEN Jean-Pierre Chemaly consacre une large part de son temps personnel à la lecture et à la poésie. Il est l’auteur de plusieurs recueils de poésie, dont trois ont d’ores et déjà été publiés.

Hommage aux Casques bleus français tués au Liban dans l’exercice de leur mission, et paix en Europe

L’idée de défiler le 14 juillet sur les Champs-Élysées aux côtés des forces armées et de sécurité intérieure s’impose à l’esprit du CEN Jean-Pierre Chemaly lorsque que paraît la note annonçant la participation de l’Unité nationale de police judiciaire (UNPJ) à la parade.

« C’était peu après le décès de deux militaires français, membres de la Force de maintien de la paix de l’Organisation des Nations unies (Casques bleus) dans le sud du Liban, au printemps dernier, se remémore l’officier. Défiler pour eux, mais aussi avec eux, était alors pour moi une manière de leur rendre hommage et de perpétuer leur mémoire. C’est un acte très fort. »

Le chef d'escadron se porte aussitôt volontaire auprès du commandement. Il est alors retenu. « C’est un honneur qui ne peut pas être décliné ! Je m’efforcerai d’être à la hauteur de l’enjeu. »

Alors que se succèdent les répétitions du défilé des troupes à pied, qui se tiennent du 2 au 13 juillet, il évoque la symbolique particulière de l’événement. « Outre l’engagement des forces armées au service du pays, la lumière sera mise cette année sur l’engagement pour la paix en Ukraine et sur le sol européen, notamment par la présence de trente-cinq pays de la Coalition des Volontaires. »

À quelques jours de ce moment éminemment symbolique, le CEN Jean-Pierre Chemaly conclut par une citation qui, chaque jour, guide son action : « La beauté sauvera le monde. » (Fiodor Dostoïevski). 

© SIRPA-G / ADJ Camille HAUTIER

Contacter la gendarmerie

Numéros d'urgence

  • Police - Gendarmerie : 17
  • Pompier : 18
  • Service d'Aide Médicale Urgente (SAMU) : 15
  • Urgence Europe : 112

Sécurité et écoute

  • Enfance en danger : 119
  • Violences conjugales : 39 19
  • Maltraitance personnes âgées ou en situation de handicap : 39 77

Ces contenus peuvent vous intéresser