14 juillet : l’adjudant Antoine, l’un des « shérifs » des blockchains au sein de l’UNPJ, défilera sur les Champs-Élysées

  • Par Antoine Faure
  • Publié le 10 juillet 2026
© GEND/SIRPA/BRI G. PIGOT

Au sein du Groupe des atteintes aux systèmes de traitement automatisé des données (GASTAD) de l’Unité nationale cyber (UNCyber), rattachée depuis 2025 à l’Unité nationale de police judiciaire (UNPJ), l’adjudant Antoine traque les criminels sur les blockchains. Mardi 14 juillet 2026, il défilera pour la première fois à l’occasion de la Fête nationale.

« Je suis particulièrement heureux de pouvoir défiler avec mes camarades sous la bannière de l’Unité nationale de police judiciaire (UNPJ), assure l’adjudant Antoine. C’est une grande fierté bien sûr. »  Ce mardi 14 juillet 2026, il sera sur les Champs-Élysées. Ses deux enfants, de six et quatre ans, seront eux devant l’écran pour voir leur papa dans son plus bel uniforme.

Si Antoine ne compte aucun militaire dans sa famille, il dit avoir « toujours été attiré par les armées ». Une première expérience de réserviste dans l’armée de Terre va le conforter dans cette direction. « Ça m’a bien plu, mais le cadre était un peu trop rigide pour moi. Comme j’hésitais aussi avec la Police nationale, je me suis dit que la gendarmerie serait un bon compromis ! »

« Une opportunité incroyable »

Après des études de droit, il passe donc le concours de sous-officier et, à sa sortie de l’école de Chaumont, rejoint l’Escadron de gendarmerie mobile (EGM) de Joué-lès-Tours, où il obtient la qualification d’Officier de police judiciaire (OPJ). Affecté ensuite en brigade territoriale, en Touraine, il répond à un appel à volontaires pour rejoindre le Centre de lutte contre les criminalités numériques (C3N), qui deviendra plus tard l’Unité nationale cyber (UNCyber). « J’ai toujours été attiré par le cyber, toujours eu envie d’avoir cet aspect dans mon travail, explique-t-il. C’est une vraie passion. Mais je ne suis pas un technicien, un expert des réseaux, je reste pleinement enquêteur. Cette affectation, le fait de pouvoir faire de la police judiciaire avec une dimension cyber, a donc été une opportunité incroyable. »

L’adjudant Antoine travaille sur des dossiers de cyberattaques, prend les plaintes de ceux qui en sont victimes et tente d’en retrouver les auteurs, qu’il s’agisse de demandes de rançongiciels ou de vols de données à des fins de revente. Il s’est spécialisé dans le suivi et la saisie de crypto-actifs au sein du Groupe des atteintes aux systèmes de traitement automatisé des données (GASTAD) de l’UNCyber.

Cronos et Ledger

Certains de ces dossiers sont devenus emblématiques de la lutte contre les cybercriminels et la criminalité organisée. En février 2024, une opération de grande ampleur, baptisée Cronos, menée par une task force créée au sein d’EUROPOL à l’initiative de la France, a permis de prendre le contrôle d’une partie importante de l'infrastructure du rançongiciel Lockbit. « Nous avons obtenu de beaux résultats dans ce dossier, mais l’enquête suit son cours », précise l’adjudant.

Moins d’un an plus tard, le 21 janvier 2025, il est un peu plus de midi quand les opérateurs du Centre d’opérations et de renseignement de la gendarmerie (CORG) du Groupement de gendarmerie départementale (GGD) du Cher prennent l’appel d’un homme signalant qu’il vient de recevoir une vidéo évoquant l’enlèvement avec demande de rançon de son associé, co-fondateur avec lui d’une start-up française spécialisée dans les crypto-monnaies, et de sa femme. C’est le début de l’affaire Ledger. En collaboration avec la Section de recherches (S.R.) de Bourges et le Groupe d’intervention de la Gendarmerie nationale (GIGN), l’adjudant Antoine va travailler sur le volet crypto du dossier.

Cette affaire illustre un changement dans le quotidien des enquêteurs cyber. « Il y a encore un ou deux ans, témoigne-t-il, on traitait essentiellement des demandes de rançongiciels avec des cibles à l’étranger. On ne faisait quasiment aucune garde à vue en France. Mais aujourd’hui, nous avons des dossiers avec des auteurs français et des dossiers qui ne sont plus exclusivement cyber. » Avec des conséquences bien réelles, comme les enlèvements d’acteurs de la crypto ou de membres de leur famille, ou encore les vols d’armes récents par des organisations criminelles, à la suite de vols de données numériques détenues par la Fédération française de tir.

« Pas si compliqué que cela »

Face à cette cybercriminalité, pan d’une criminalité organisée à la violence désormais désinhibée, la montée en puissance de la Gendarmerie nationale est incarnée par l’UNPJ, créée en 2025, qui regroupe tous les services d’enquête, y compris l’UNCyber. « Cela facilite la collaboration sur des dossiers qui comportent tous un volet crypto », confirme l’enquêteur du GASTAD.

Le tracing crypto est l’un des moyens de parvenir à identifier, et donc à interpeller, les auteurs de cyberattaques qui se cachent derrière des adresses sur les blockchains. « Cela peut paraître obscur, mais ce n’est pas si compliqué que cela, sourit-il. Ces adresses sont comme des IBAN. Elles permettent d’émettre et de recevoir des transactions. La particularité de la crypto, par rapport à la finance traditionnelle, c’est que les flux sont transparents et donc facilement traçables avec des outils. Mais ce qu’on ne connaît pas, ce sont les identités des possesseurs d’adresses. »

Quand il ne chasse pas les criminels sur les blockchains, Antoine aime s’aérer l’esprit en faisant de la course à pied et de la moto. « L’image du gendarme geek devant son ordi est totalement dépassée ! Dans le groupe, nous sommes plutôt jeunes et très actifs ! »
 


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