Adjudant Sébastian, de la blessure aux Invictus

  • Par Antoine Faure
  • Publié le 06 septembre 2024
L'adjudant Sébastian, sur le stand du ministère de l'Intérieur au Club France de La Villette, à Paris.
© Ministère de l'Intérieur et des Outre-mer/D.MENDIBOURE

À l’heure où se terminent les Jeux Paralympiques de Paris, rencontre avec l’adjudant Sébastian, victime d’une blessure à la fois physique et psychologique, et qui s’est reconstruit grâce à la pratique du sport. Il participera aux prochains Invictus Games, en février 2025 à Vancouver.

« Il arrive un moment où on vous tend la main et où il faut savoir la saisir. J’ai eu du mal à le faire, mais une fois attrapée, elle m’a entraîné vers l’avant. » Cette main qu’a su saisir l’adjudant Sébastian, c’est celle du capitaine Franck Martineau, qui pilote le programme de Reconstruction des blessés par le sport (RBS) de la gendarmerie nationale. C’était en 2020. Deux ans plus tôt, sa vie avait basculé.

Fils d’un policier ayant notamment servi au sein de la Brigade anti-criminalité (BAC) et du RAID (Recherche, Assistance, Intervention, Dissuasion), Sébastian voulait suivre la voie paternelle et rejoindre les Forces de sécurité intérieure (FSI) de la Nation. Après cinq ans comme adjoint de sécurité dans la police, de 2007 à 2012, il décide de passer le concours interne de sous-officier de gendarmerie. Il opte pour la gendarmerie mobile et, à sa sortie de l’École de Chaumont, il est affecté à l’escadron de Mont-de-Marsan, puis à celui de Bayonne, en 2016.

Lors d’une mission en Guyane, en 2018, Sébastian subit une violente agression. Six ans plus tard, l’enquête suit toujours son cours, et il espère un procès en début d’année prochaine, « pour pouvoir être libéré de tout ça ». Il porte encore sur son visage des stigmates de cette blessure, qui a nécessité une reconstruction faciale et qui le prive, encore aujourd’hui, du goût et de l’odorat. Mais la blessure la plus grave ne se voit pas. Elle est psychologique, profonde et irrémédiable.

« Apprendre à vivre avec »

Dans les mois qui suivent l’agression, il manque de sombrer. « Je ne voulais voir personne, je passais des journées dans le noir. Je n’avais envie de rien, goût à rien. Même le surf, qui a toujours été une passion, je m’en foutais. » Sa famille et ses camarades de l’escadron ne le reconnaissent plus. Il s’isole, se montre agressif. « Mon comportement devenait alarmant, mais je ne m’en rendais pas compte. J’étais dans le déni complet. J’adorais l’escadron, l’ambiance, les missions. J’ai tout perdu parce que je devenais dangereux, pour moi et pour les autres. »

Pour espérer remonter la pente, il va d’abord devoir comprendre ce qui lui arrive. « Je ne savais même pas ce qu’était un syndrome de stress post-traumatique, reconnaît-il. Une fois que j’ai pu mettre un nom sur ce dont je souffrais, ça m’a aidé à l’accepter. Pas à guérir, parce qu’on ne guérit pas, mais à apprendre à vivre avec. Il y a encore des moments où c’est très compliqué. Dans les transports publics à Paris, par exemple. Tu regardes partout, il te faut toujours une porte de sortie, c’est épuisant. »

Ce qui a permis à Sébastian de commencer à se reconstruire, c’est donc d’abord l’acceptation de la réalité de sa blessure. Et dans un second temps, c’est le sport. Lui qui a toujours été un grand sportif avait perdu le goût de l’effort, du dépassement de soi. « Le capitaine Martineau m’a proposé de suivre les stages de RBS. Lors du premier, j’ai failli faire demi-tour immédiatement. Je ne me sentais pas à ma place aux côtés de gens en fauteuil roulant, de ceux qui regardaient les murs par peur des autres. Je ne me sentais pas blessé comme eux. Mais je me suis forcé à rester en me disant : "Si on t’a proposé de venir, c’est sûrement qu’il y a un intérêt pour toi." Et j’ai rencontré des gens incroyables, qui me comprenaient et que j’arrivais à comprendre. On a noué des liens hyper forts tout de suite. Et quand les blessés prennent la parole à la fin, et qu’un jeune de 25 ans, en fauteuil roulant, t’explique que la vie n’est pas finie et qu’il y a encore de belles choses à faire, tu prends une claque et tu arrêtes de te plaindre… »

Invictus en 2023

En 2022, le Centre national des sports de la Défense (CNSD) lui propose de passer les sélections pour les Invictus Games, compétition internationale multisports dédiée aux soldats et aux vétérans blessés ou en situation de handicap, qui doivent se dérouler en septembre 2023 à Düsseldorf, en Allemagne. Lors des tests, il découvre le rugby fauteuil et devient rapidement capitaine de l’équipe. « J’ai accroché direct ! Ça m’a permis de retrouver l’esprit de camaraderie que j’avais à l’escadron. » Il est également sélectionné en athlétisme (100 mètres, lancer de poids et de disque) et pour la compétition de rameur. « J’ai vécu un truc extraordinaire aux Invictus. L’ambiance était géniale. Et puis nous avons été reçus par le Directeur général de la gendarmerie nationale, le général d’armée Christian Rodriguez, dans son bureau, et par Brigitte Macron à l’Élysée. Ce sont des moments forts. »

Sébastian participera à la prochaine édition, qui aura lieu en février 2025 à Vancouver, au Canada. Il prendra part aux compétitions de rugby et de basket fauteuil, mais également de natation, de ski et de skeleton. Seul gendarme sélectionné, il lui échoit aussi un rôle de porte-parole de tous les blessés de l’arme. « C’est important pour moi de reprendre le flambeau des gendarmes Invictus qui m’ont précédé, de représenter tous les blessés, ceux qui n’ont pas pu être sélectionnés, qui n’ont pas pu venir, ou qui n’osent pas sortir de chez eux, et plus généralement de représenter toute la gendarmerie. »

Tout aussi important pour lui était de venir lors des Jeux Paralympiques de Paris soutenir ses copains du rugby fauteuil. « Je connais la plupart des membres de l’équipe de France, on a déjà eu l’occasion de jouer ensemble, relève-t-il. C’est une famille. C’était essentiel pour moi de venir les soutenir, comme ils étaient venus nous soutenir en Allemagne lors des Invictus. Il y avait une ambiance de fou ! Je suis aussi allé voir l’athlétisme au Stade de France, le dimanche matin. Quand j’ai vu le monde dans les tribunes, j’en avais les larmes aux yeux. »

Sébastian est bien placé pour savoir ce que le sport peut apporter à un blessé ou à une personne en situation de handicap. « Ça m’a transformé. Je me lève le matin avec un objectif et j’ai retrouvé le sourire, tout simplement. »

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