René Escafre (1905-1959), dernier gendarme à avoir été reconnu « Juste parmi les Nations »
- Par le brigadier Cyprien Gandillon, chargé d’études Histoire, Département de la valorisation, Service des archives et de la mémoire
- Publié le 18 mai 2025

Toulousain de naissance, René Escafre entre en gendarmerie en 1927. Commençant sa carrière en Corse, il passe la Seconde Guerre mondiale dans le Gers, à Samatan, village dans lequel la famille Langbort a trouvé refuge. Grâce à l’aide du gendarme, celle-ci échappe à la déportation, ce qui vaut à René Escafre d’être reconnu Juste parmi les Nations en 2022. La Médaille et le Diplôme lui seront remis à titre posthume ce dimanche 18 mai 2025, à Samatan. Une stèle en son hommage sera également dévoilée ce jour-là.
René Escafre naît le 17 mai 1905 à Toulouse, dans une famille de huit enfants. Employé de commerce, il effectue son service militaire en 1925 au sein du 56e Régiment d’artillerie de campagne hippomobile, caserné à Montpellier. À l’issue, il devient élève gendarme à cheval en septembre 1927 et est affecté à la 12e Légion de gendarmerie.
Affecté à la compagnie autonome de la Corse de mars 1928 à avril 1931, René Escafre rejoint ensuite la 17e Légion de gendarmerie, celle de Toulouse.
Lors de la « Drôle de guerre », il se porte volontaire pour la prévôté du Levant et rejoint Beyrouth, au Liban, à la fin du mois de janvier 1940. Ce n’est qu’en septembre 1941 que René Escafre retourne en France.
Le gendarme est alors affecté à la Légion de Gascogne, en zone libre, à la brigade de Samatan. C’est dans ce village du Gers qu’Aron et Goldka Langbort, parents d’une fille née en 1933, Clara, y ont trouvé refuge après plusieurs déplacements.
Une dizaine de personnes sauvées de la déportation
En février 1943, la brigade de Samatan reçoit l’ordre d’arrêter Aron Langbort. René Escafre se rend alors son domicile et le prévient qu’il est censé revenir accompagné d’un camarade pour exécuter les ordres reçus.
Sur les conseils de René Escafre, Aron Langbort se rend au presbytère du village, où il retrouve d’autres personnes cachées par le curé : Fischel Jampel, Oscar et Severin Adner.
Quelques jours plus tard, ils sont tous conduits au maquis par le chef de la milice, engagé dans la résistance.
Alors qu’Aron Langbort, Fischel Jampel et Oscar et Severin Adner ont pris le maquis, les membres de leur famille sont restés à Samatan : Goldka et Clara Langbort, Hanna et Monique Jampel, Armand Adner et sa mère.
Le danger n’est pas pour autant écarté mais ils peuvent compter sur René Escafre.
Le 5 juin 1944, ce dernier vient les prévenir d’une rafle prévue le lendemain. Ils gagnent alors tous le maquis ; les familles étant brièvement réunies. Les enfants n’y restent pas et sont placés dans des fermes voisines : Clara Langbort et Monique Jampel sont accueillies par la famille Naudes.
Les familles vivent en sécurité jusqu’à la Libération.
René Escafre aura ainsi contribué à sauver de la déportation une dizaine de personnes.
Après guerre, René Escafre est affecté à la gendarmerie d’Afrique occidentale française, à Dakar, de la fin de l’année 1946 à l’été 1949.
Après avoir fait valoir ses droits à la retraite à la fin de l’année 1951, René Escafre se retire à Toulouse. Père de cinq enfants, il y décède le 20 mars 1959.
René Escafre est fait « Juste parmi les Nations » en 2022. Il est, à ce jour, le dernier gendarme à avoir été reconnu Juste.
En France, au 1er janvier 2023, 4 255 personnes étaient reconnues Justes parmi les Nations par le mémorial Yad Vashem de Jérusalem, parmi lesquelles 21 gendarmes.
Note :
La biographie de René Escafre a pu être rédigée grâce au dossier constitué par le Comité français pour Yad Vashem.
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