Nicolas Dupont, Juste parmi les Nations

  • Par BRI Cyprien Gandillon
  • Publié le 22 juin 2025
Nicolas Dupont, Juste parmi les Nations
© D.R.

Adjudant de gendarmerie à Annecy pendant la Seconde guerre mondiale, membre de la Résistance, Nicolas Dupont a aidé notamment de nombreuses personnes à rejoindre la Suisse. Arrêté en mars 1944, il trouve la mort au printemps 1945, lors du drame du Cap Acorna en baie de Lübeck.

Né le 27 juillet 1900 à Kerling en Moselle – territoire alors annexé par l’Allemagne –, Nicolas Dupont intègre le 43e Régiment d’infanterie en octobre 1920. Muté à l’été 1921 au 26e Régiment d’infanterie, après avoir été promu caporal-chef, il est déployé en Allemagne jusqu’à l’automne dans le cadre de l’occupation française de la Rhénanie.

En avril 1924, Nicolas Dupont rejoint l’école préparatoire de gendarmerie de Strasbourg. À l’issue de sa formation, il est affecté à l’été suivant à la légion de gendarmerie d’Alsace-Lorraine.

Le 1er avril 1928, Nicolas Dupont est admis dans le corps des sous-officiers de carrière puis devient maréchal des logis-chef à pied à compter du 10 mars 1931.

En mars 1941, il est affecté à la 14e légion de gendarmerie, plus précisément à Évian (Haute-Savoie), alors en zone libre. L’année suivante, Nicolas Dupont est promu adjudant et rejoint Annecy, toujours en Haute-Savoie. 

La zone libre envahie par l’armée allemande à la fin de l’année 1942, l’adjudant Dupont s’engage activement dans la résistance. Il sert, en tant qu’agent occasionnel, dans les Forces Françaises Combattantes (Réseau Dutch Paris) intègre les FFI de la Haute-Savoie (Armée secrète – Secteur d’Annecy) au début de l’année 1943.

Transmettant des renseignements à la résistance, l’adjudant Dupont freine les enquêtes portant sur les activités résistantes, comme le vol d’explosifs ou les actions de harcèlement visant l’occupant. Annecy étant à proximité de la frontière suisse, il aide de nombreuses personnes à fuir la France : réfractaires du STO, Alsaciens et Lorrains voulant échapper à la conscription allemande et des familles juives. Parmi elles, la famille Ingber, originaire de Belgique, qui arrive à Annecy à l’automne 1942. Cachés avec d’autres familles à côté de Menton – St-Bernard, les Ingber demeurent en sécurité pendant une année avant de gagner la Suisse. 

Déporté vers le camp de Neuengamme par le 21 mai 1944

Malheureusement, Nicolas Dupont est arrêté par la police allemande le 31 mars 1944. Quelques jours auparavant, le gendarme avait mis sur le chemin de la Suisse deux Alsaciens déserteurs de l’armée allemande. Arrêtés avant qu’ils aient pu passer la frontière, il est très probable que les deux hommes dénoncèrent l’adjudant Dupont.

Mises au fait des activités résistantes du gendarme, les autorités allemandes prétextent l’enquête dont a été chargé Nicolas Dupont – l’attaque par des inconnus d’un habitant de Saint-Jorioz, au mois de janvier – pour le convoquer sans éveiller sa suspicion.

Un fonctionnaire de la police allemande, accompagné de deux feldgendarmes, se rend auprès du capitaine commandant la compagnie de gendarmerie pour s’entretenir avec Nicolas Dupont. Absent lors de cette visite, ce dernier se rend donc à la Feldgendarmerie.

Arrêté, il est successivement détenu à Annecy, Lyon, à la prison de Montluc puis à Compiègne-Royallieu, camp de transit vers les camps de la mort nazis. L’adjudant Dupont est ainsi déporté vers le camp de Neuengamme par le convoi du 21 mai 1944.

Début mai 1945, devant l’avancée des Alliés, l’armée allemande évacue les prisonniers de Neuengamme, soit près de 7 500 personnes, l’idée étant de gagner la Suède. Les prisonniers embarquent sur des navires de la marine marchande – Nicolas Dupont est sur le Cap Acorna. Alors qu’ils sont en baie de Lübeck, les navires sont attaqués et coulés le 3 mai par des avions de la Royal Air Force, les pilotes ne sachant pas que des prisonniers et des déportés se trouvent à bord. Nicolas Dupont trouve alors la mort.

Nicolas Dupont était marié et avait deux enfants.

Promu à titre posthume au grade de sous-lieutenant, Nicolas Dupont est fait Chevalier de la Légion d’honneur le 12 avril 1951. En 1953, il reçoit la médaille de la Résistance française.

Il est aussi détenteur de la Croix de la Résistance (Pays-Bas), instaurée par décret royal le 3 mai 1946 pour récompenser les actes de résistance.

Après avoir été fait Juste parmi les Nations en 1979, Nicolas Dupont a donné son nom à la sixième promotion d’élèves-gendarmes de l’école de Dijon, sortie d’école en mars 2018.

La biographie de Pierre André a pu être rédigée grâce au dossier constitué par le Comité français pour Yad Vashem, ainsi qu’à son dossier fourni par la Section direction et information du département Gendarmerie nationale du Service historique de la Défense. 


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