Le capitaine Jean d’Hers, gendarme Compagnon de la Libération

  • Par le GAV Quentin Sierra , Service des archives et de la Mémoire, département de la valorisation
  • Publié le 19 mars 2025
A gauche, le portrait en noir et blanc d'un militaire et à droite, la croix de l'Ordre de la Libération
© D.R.

La gendarmerie commémore cette semaine les 80 ans de la mort du capitaine Jean d’Hers, Compagnon de la Libération. Résistant dès 1940 en zone cochinchinoise, il participe à la mobilisation et à l’organisation de l’opposition dans la région. Il meurt lors d’un affrontement face aux troupes japonaises le 18 mars 1945.

Jean Victor Gustave d’Hers est né à Toulon en 1910. Pupille de la Nation, il intègre l'École spéciale militaire de Saint-Cyr en octobre 1929, au sein de la promotion « Mangin » (116e promotion d’officiers). Il rejoint le 141e régiment d'infanterie alpine de Grenoble.

L’arrivée en Cochinchine

En 1935, ayant réussi le concours de l'école d'application de gendarmerie de Versailles, le lieutenant d'Hers est affecté l'année suivante comme commandant de la brigade mobile de la garde civile à Gia-Dinh, actuel Hô Chi Minh-Ville.

Engagement dans la Résistance

Au début de la Seconde Guerre mondiale, il sollicite une affectation en unité combattante mais est maintenu à son poste. En 1940, il est promu capitaine et prend la tête de la résistance civile de l’ouest cochinchinois.
En décembre 1940, il intègre le réseau de renseignements des Forces françaises libres pour l’Indochine, nommé réseau "Graille", qui fournit des informations aux Alliés britanniques. Il alerte notamment ces derniers de l’attaque japonaise du 8 décembre 1941 sur Singapour. Dans le cadre de ses missions, le réseau établit des relevés des terrains d'aviation japonais en Cochinchine et au Cambodge ainsi que des rapports sur la navigation nippone à l'embouchure du Mékong et du Bassac.
Début 1942, le capitaine est muté à Can Tho, dans l’ouest cochinchinois, en raison de ses activités clandestines. Il poursuit ses activités de résistance, ralliant de plus en plus de volontaires.
Dans la nuit du 9 au 10 mars 1945, le Japon lance un coup de force sur le territoire et, en quelques jours, élimine les dernières forces militaires françaises, avant de soumettre les civils européens à un régime d’internement extrêmement sévère. Jean d’Hers devient alors chef de la résistance armée, son mouvement menant plusieurs actions armées. Il fait notamment sauter un dépôt d’essence ainsi que différents ponts les 13 mars (Go-Quao), 15 mars (Cai Rang) et 17 mars (Phung Hiep).

Mort au combat

Le 18 mars 1945, sur le canal de Tran Bang, les forces du capitaine d’Hers, composées d’une quinzaine de soldats sur une petite vedette, le Saint-Eloi, se sont engagés face à quelque 200 Japonais positionnés sur les deux rives du fleuve. Tentant d’empêcher le franchissement du canal par les troupes japonaises, les forces du capitaine subissent une lourde défaite face à un ennemi supérieur en nombre. Jean d’Hers est tué à l’âge de 34 ans par une rafale de mitrailleuses au cours de l’affrontement.

Devoir de mémoire

Le corps du capitaine d'Hers est ramené avec ceux de ses camarades à Saigon en mars 1946, puis en France en septembre 1949, pour être inhumé à Toulon. Un décret du 22 janvier 1946 le fait Compagnon de la Libération. Il reçoit également le grade de chevalier de la Légion d’honneur et la mention « Mort pour la France ». Il est décoré de la Croix de Guerre 39-45, de la médaille coloniale avec agrafes « Indochine » et « Extrême-Orient », ainsi que de la médaille commémorative des services volontaires dans la France Libre.
Il devient le parrain de la 48e promotion de l’EOGN. Une vedette de la gendarmerie à Saint-Mandrier (Var) porte son nom, tout comme la caserne de gendarmerie départementale de Hyères (Var) et un square à Toulon.

Sources :
- Services des archives et de la mémoire - Gendarmerie, Facebook, 18 mars 2022.
- Musée de l’Ordre de la libération, Jean d’Hers.
- MORIN Céline, Hommage aux Compagnons de la Libération, Gendinfo, 10 novembre 2021.


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