Joseph Fougère, Juste parmi les Nations
- Par le BRI Cyprien Gandillon, Département de la valorisation, Service des archives et de la mémoire
- Publié le 10 août 2025

Joseph Fougère entre dans la gendarmerie en 1935. Durant la Seconde Guerre mondiale, il est affecté à la brigade de Saint-Martin-Vésubie, dans les Alpes-Maritimes, où il participe avec ses camarades à la protection des familles juives Dreymann et Lilienbaum. Avec son épouse Yvonne, il recueille notamment la jeune Cécile Dreymann. En 2009, le couple Fougère est reconnu Juste parmi les Nations.
Joseph Jean Fougère naît le 10 avril 1910 à Villeneuve d’Entraunes, dans les Alpes-Maritimes. Il est l’aîné d’une famille de trois enfants. Employé d’hôtel à Bordeaux, il épouse Yvonne Lavaud en décembre 1929. Le couple aura trois enfants : Yvette, née en janvier 1933, à Nice, Michelle, née en décembre 1940, et Évelyne, née en juin 1943.
Après avoir effectué son service militaire en 1930, Joseph Fougère intègre la gendarmerie en novembre 1935. À la fin de la décennie, le gendarme Fougère sert au sein de la gendarmerie du Maroc, à Fès. Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, Joseph Fougère rejoint la prévôté du Levant pendant la Drôle de guerre, puis revient à Fès en 1941.
Printemps 1943 : les familles Dreymann et Lilienbaum s’installent à Saint-Martin-Vésubie
Le gendarme regagne la métropole en 1942. À la mi-septembre, il est affecté à la brigade territoriale de Saint-Martin-Vésubie, au sein de la compagnie des Alpes-Maritimes. Commandée par le maréchal des logis-chef Landry Jules Mangon, l’unité est composée des gendarmes Jean Petit, Jean Castaignos et Emile Cornillon.
Au printemps 1943, les familles Dreymann et Lilienbaum s’installent à Saint-Martin-Vésubie. Maurice et Hélène Dreyman, née Lilienbaum, ont deux enfants : Cécile, née en 1937, et Jean-Claude, né en 1942. Leur logement se trouve en face de la caserne de gendarmerie.
En septembre 1943, l’Italie cesse d’être alliée avec le IIIe Reich : l’armée italienne quitte alors sa zone d’occupation dans le sud de la France, mais elle est remplacée par l’armée allemande.
Alors que Maurice Dreyman se rend en Italie, les gendarmes conseillent à son épouse, Hélène, enceinte de huit mois, ainsi qu’à sa mère et ses sœurs, de se cacher dans la montagne quelque temps. Puis, après avoir confié leurs affaires aux Fougère, elles quittent Saint-Martin pour le Cantal, Mme Dreyman bénéficiant d’une fausse carte d’identité fournie par Joseph Fougère.
Quant aux enfants, Cécile et Jean-Claude Dreyman, ils sont confiés à deux familles de gendarmes. Cécile rejoint la famille Fougère, qui place alors un de leurs trois enfants chez leur grand-mère, afin d’avoir toujours trois enfants. Quant à Jean-Claude, c’est le couple Mangon qui le prend en charge.
À la fin de l’année 1943, un membre de la famille Lilienbaum vient chercher les enfants. Cécile passe alors le reste de la guerre dans une maison d’enfants en Savoie, tandis que son frère rejoint sa mère dans le Cantal, Hélène Dreymann ayant donné naissance à un troisième enfant, Gérard.
Afin de ne pas éveiller les soupçons sur ses activités de résistant, Joseph Fougère n’hésite pas à faire porter des messages ou des petits colis à sa fille Yvette tout en demandant à sa sœur Augustine d’accompagner des jeunes hommes à Nice, où ils sont en pris en charge.
Outre l’aide apportée aux Dreymann et Lilienbaum, les gendarmes de la brigade ne pourchassent pas les réfractaires au STO.
Joseph Fougère est arrêté sur dénonciation
Joseph Fougère est cependant arrêté après avoir été dénoncé. Il est accusé de s’être enrichi au détriment de personnes juives, son appartement contenant des biens leur appartenant. En réalité, les biens en question lui avaient été confiés par la famille Dreymann lors de son départ.
Emprisonné aux Nouvelles Prisons de Nice, il est torturé mais, grâce à l’intercession d’un de ses supérieurs, il est libéré en août 1944.
En janvier 1945, Joseph Fougère rejoint la brigade territoriale de Villefranche-sur-Mer, toujours dans les Alpes-Maritimes. Il y reste jusqu’en février 1951, date à laquelle il est affecté à Castellane, dans les Basses-Alpes (aujourd’hui Alpes-de-Haute-Provence). Il n’y demeure pas longtemps, puisqu’en juin 1952, Marignane, dans les Bouches-du-Rhône, devient sa nouvelle brigade.
En avril 1956, Joseph Fougère est muté en outre-mer, au sein de la compagnie de la Martinique.
Trois ans plus tard, il retrouve la métropole et rejoint Florensac, dans l’Hérault.
Rayé des cadres en avril 1961, Joseph Fougère se retire à Marignane. Il décède le 17 mars 1964.
Joseph et son épouse Yvonne sont reconnus Justes parmi les Nations en 2009, en même temps que le couple Mangon.
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