Honoré Haessler, un gendarme de Solignac Juste parmi les Nations
- Par le brigadier Cyprien Gandillon, chargé d’études Histoire, Département de la valorisation, Service des archives et de la mémoire
- Publié le 21 mars 2025

Affecté à la brigade de Solignac, en Haute-Vienne, jusqu’en 1943, date de son départ en retraite, le gendarme Honoré Haessler a, par son action exemplaire, contribué à sauver de nombreux réfugiés juifs. Il continua de veiller sur les familles juives de Solignac même après avoir été rayé des cadres. Le 3 février 2004, Yad Vashem – Institut international pour la mémoire de la Shoah – lui a décerné le titre de Juste parmi les Nations. Sur le mur de l’ancienne gendarmerie de Solignac, une plaque commémorative lui rend hommage, ainsi qu’aux quatre autres habitants de la commune qui ont reçu le titre de Justes.
Honoré Haessler naît le 4 septembre 1894 à Marckolsheim, dans l’actuel département du Bas-Rhin, qui fait alors partie de l’Empire allemand depuis la guerre franco-prussienne de 1870-1871.
Adolescent, il quitte l’Alsace et séjourne aux États-Unis, à Pittsburgh, grande ville industrielle de la Pennsylvanie, puis gagne Paris.
Engagé volontaire alsacien lors de la Première Guerre mondiale
Lorsque la Première Guerre mondiale éclate à l’été 1914, il rejoint l’armée française en tant qu’engagé volontaire alsacien et intègre le 106e régiment d’infanterie, celui de l’écrivain Maurice Genevoix.
Le 17 février 1915, son régiment participe à la prise de la Crête des Éparges. Deux jours plus tard, Honoré Haessler est blessé à l’épaule et au pied lors d’une attaque allemande.
L’année suivante, au cours de la bataille du Chemin des Dames, il s’illustre dès les premiers jours de combat, ce qui lui vaut d’être cité à l’ordre du régiment : « Au cours des combats du 16 au 19 avril 1917, s’est offert comme agent de liaison et a rempli plusieurs missions difficiles. S’est particulièrement signalé le 17 avril 1917 pendant une reconnaissance des plus délicates. »
Cependant, comme de nombreux soldats français, il est fait prisonnier à Bures, lors de l’offensive Blücher-Yorck, ou troisième bataille de l’Aisne, en mai 1918. Il ne sera libéré qu’en décembre 1918.
Affecté au 3e régiment de zouaves en janvier 1919, il accède au grade de caporal, puis en avril il est envoyé au 158e régiment d’infanterie, stationné à Strasbourg.
Avril 1920 : Honoré Haessler rejoint la gendarmerie
Ce n’est qu’en avril 1920 qu’Honoré Haessler rejoint la gendarmerie. Formé à l’école de Strasbourg, il est affecté un mois plus tard à Rimogne, dans les Ardennes.
En août 1924, Honoré et Marie-Louise Haessler, mariés en avril 1921, deviennent parents avec la naissance de leur fils Pierre à Munster.
Après un séjour à Mayence, dans le cadre de l’occupation française de la Ruhr (1923-1925), Honoré Haessler est affecté en février 1926 à la brigade de Champagney, en Haute-Saône.
Admis dans le corps des sous-officiers de carrière en mars 1932, Honoré Haessler rejoint la légion d’Alsace-Lorraine. Détenteur de la Croix de guerre avec étoile de bronze, il est décoré de la médaille militaire. Jusqu’en 1939, il sert dans le Bas-Rhin, à Schiltigheim.
Après avoir été prévôt lors de la « Drôle de guerre », Honoré Haessler est affecté à la brigade d’Oran, en Algérie, au mois de juin 1940. Il y est témoin de l’attaque britannique du 3 juillet sur les navires mouillant dans le port de Mers El-Kébir.
À la fin du mois d’août, il quitte l’Algérie pour Toulon, où il reste quelques mois, avant d’être muté au cours de l’année 1941 à la brigade de Solignac. En effet, sa femme et son fils se sont installés dans ce village du Limousin. Ce qui ne relève pas du hasard : Solignac a accueilli l’école normale d’instituteurs d’Obernai, dont Pierre est élève.
En raison de la politique discriminatoire du régime de Vichy, de nombreuses familles juives quittent la zone occupée pour trouver refuge en zone libre. Près de 90 juifs gagnent Solignac. Là, ils sont aidés par l’abbé Robert Bengel, l’aumônier de l’école d’Obernai fait Juste parmi les Nations en 2003, et par Honoré Haessler.
Informé des arrestations prévues par la Gestapo de Limoges, le gendarme prévient en pleine nuit une femme et son très jeune enfant de leur arrestation imminente ainsi que la famille Heimendinger, qui se cache dans une grange voisine. Malheureusement, bien qu’alertée, la famille Imbert ne parvient pas à fuir à temps : elle est alors arrêtée puis déportée.
D’autres familles échappent à la déportation grâce au gendarme : « Les Borach [...] ainsi que les familles Ach, Heimendinger et Lévy ont témoigné comment Honoré Haessler a contribué à leur survie », peut-on lire sur le site du comité français pour le Yad Vashem.
Admis à la retraite en octobre 1943, Honoré Haessler est rayé des contrôles en janvier 1944, ce qui ne l’empêche pas de continuer à veiller sur les familles juives de Solignac. Ainsi, en mai, il envoie sa femme à Paris remettre des faux papiers à une jeune fille qui gagne alors Solignac.
En juillet 1945, les Haessler quittent Solignac pour Munster. Honoré y finira sa vie le 23 août 1966.
Juste parmi les Nations depuis le 14 avril 2005
Le gendarme Haessler reçoit le titre de Juste parmi les Nations le 14 avril 2005 lors d’une cérémonie à laquelle assistent son fils Pierre et ses petits-enfants.
Il est alors le cinquième habitant de Solignac à recevoir cette distinction. Outre l’abbé Bengel, un premier titre de Justes parmi les Nations avait été remis en 1973 à Louise Demaison, à sa fille Eliane et à son gendre André Traband, pour avoir sauvé un jeune enfant dont les parents avaient été déportés en 1942.
En décembre 2011, la commune de Solignac a dévoilé sur le mur de l’ancienne gendarmerie une plaque commémorative leur rendant hommage.
Note : La biographie d’Honoré Haessler a pu être rédigée grâce au dossier constitué par le Comité français pour Yad Vashem et à la liste de ses affectations fournie par la Section direction et information du département Gendarmerie nationale du Service historique de la Défense.
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