Georges Rouquet, Juste parmi les Nations
- Par le brigadier-chef Cyprien Gandillon, Département de la valorisation, Service des archives et de la mémoire
- Publié le 12 juillet 2026
Né en 1897, Georges Rouquet devient garde républicain en 1919, après avoir combattu pendant la Première Guerre mondiale. N’acceptant pas l’Occupation, il démissionne. S’installant avec sa famille dans l’Aveyron, il cache la famille Friedmann, en danger après l’invasion de la zone libre. Georges Rouquet, son épouse Eva et leur fille Ginette, sont reconnus Justes parmi les Nations en 2005.
Georges Clément Émile Rouquet est né le 22 novembre 1897 à Saint-Rome-de-Cernon, dans l’Aveyron, dans une famille de fermier, spécialisée dans la production du fromage de Roquefort. Adolescent, il part en Corse gérer en autonomie une laiterie.
La Première Guerre mondiale
En 1915, alors que la Première Guerre mondiale bat son plein, Georges est classé dans le service auxiliaire en raison d’une hypermétropie de l’œil droit. Cependant, le port de lunettes atténue son problème de vue, ce qui lui permet d’être incorporé en 1916. Affecté au 2e Régiment du génie, il prend part à la bataille de la Somme (de juillet à novembre 1916). Passé au 3e Régiment du génie, il termine la guerre comme personnel de liaison avec l’armée britannique.
La Garde républicaine de Paris
Démobilisé au début de l’année 1919, Georges rejoint la gendarmerie en étant nommé gendarme auxiliaire à pied à la Légion de la Garde républicaine en mai de la même année. À l’automne, il se réengage pour six mois à l’Intendance de Paris au titre de la Garde républicaine. L’année suivante, il se réengage pour trois ans et, le 15 novembre 1920, il est commissionné comme élève garde à pied.
Il se marie le 8 octobre 1921 à Paris avec Joséphine Laberrigue née à Pau le 18 février 1904, dite Eva. Ils ont une fille, Ginette Marie, née le 11 février 1922 à Paris. En 1930, la famille Rouquet s’installe à la caserne Babylone. Il ne semble pas vouloir faire carrière dans la Garde républicaine, puisqu’il ne souhaite pas suivre la formation d’officier. En effet, il envisage de servir dans la Garde républicaine une quinzaine d’année, puis d’acquérir une ferme dans l’Aveyron. Une première ferme acheté dans la vallée du Lot est revendue en 1937 au profit d’une autre, à Sainte-Livrade.
À la veille de la Seconde guerre mondiale, Georges Rouquet est affecté au ministère de la Guerre : il travaille avec le 2e Bureau, chargé du renseignement. Eva est quant à elle secrétaire de direction à La Vie à la Campagne, revue du groupe Hachette.
L’Occupation et la démission
Suite à l’Occupation, il décide de quitter la gendarmerie. Alors que son supérieur est arrêté par l’occupant et ne supportant pas la défaite, il bénéficie d’un dégagement des cadres lui permettant de s’installer en zone libre, à Villeneuve-sur-Lot. Après avoir vendu sa ferme de Sainte-Livrade, il achète un commerce de fruits et légumes, au pied de la tour de Paris, un élément des remparts médiévaux,
Villeneuve-sur-Lot accueille de nombreuses familles juives. Parmi elles, Raymond et Marthe Friedmann et leur fils Jacques. Bijoutier à Paris avant la guerre, Raymond Friedmann est mobilisé en 1939. Après avoir brièvement séjourné à Taron (Pyrénées Atlantiques), la famille s’installe à Villeneuve-sur-Lot. Faisant ses courses à la boutique des Rouquet, la famille Friedmann se lie avec eux.
La tour de Paris, un refuge pour les Friedmann
À la fin de l’année 1942, l’invasion de la zone libre par le IIIe Reich change la donne : les risques pesant sur les familles juives s’accroissent. Suite à l’arrestation, à l’automne 1943, d’un ami des Friedmann, Georges leur offre de les cacher dans un endroit sûr, puisque pour y accéder, il faut passer par la boutique. Il s’agit de la tour de Paris. Au premier étage réside la famille de la fille des Rouquet, Ginette Bacon, son mari Jean, réfractaire au STO et leur jeune enfant Jean-Pierre, né au mois d’août. Les Friedmann s’installe au deuxième étage, juste à côté de l’horloge de la tour. Jacques Friedmann demeure pensionnaire au collège de la ville. Ginette Bacon assure la correspondance avec ses parents et lui rend régulièrement visite.
La ferme de Constantin Barbe, ancien garde républicain
La situation se dégrade davantage au début de l’année 1944. Au sein de la centrale d’Eysses sont internés de nombreux résistants qui forment un bataillon FFI.
Le 19 février, prenant en otage un haut fonctionnaire de Vichy en visite dans la prison, ils tentent de s’évader. La tentative tourne court et la répression qui s’ensuit est impitoyable. Joseph Darnand, le chef de la Milice, se rend sur place. Lui et ses hommes se réunissent au premier étage de la pharmacie voisine du commerce des Rouquet. Les Friedmann ne sont plus en sécurité dans la tour de Paris. La fille de Georges obtient auprès de l’abbé de Temple-sur-Lot de faux papiers pour les Friedmann.
Constantin Barbe, un ancien garde républicain ami de Georges Rouquet, accueille Raymond et Marthe Friedmann, rejoint peu après par leur fils. Après avoir servi dans l’armée de 1918 à 1921, Constantin Barbe avait rejoint la Garde républicaine de Paris en 1929, dont il avait démissionné après l’armistice.
Les Friedmann restent en sûreté dans la ferme jusqu’à la Libération et regagnent Paris. Les liens avec les Rouquet perdurent, facilités par leur installation à Antony en 1960.
L’après-guerre
À la fin des années 1950, Jacques Friedmann change de nom : il devient Jacques Frémontier. Après avoir étudié à l’Institut des études politiques de Paris et à l’ENA, il devient journaliste. Après avoir réalisé une thèse en histoire sur les Juifs communistes en France, il publie en 2004 un roman inspiré des évènements vécus par sa famille pendant la Seconde guerre mondiale, Le Nom et la Peau.
Georges Rouquet décède le 26 janvier 1972 à Antony dans les Hauts-de-Seine. Son ami Constantin Barbe décède quant à lui le 18 mai 1983. Eva Rouquet décède le 19 mai 1994.
L’ensemble de la famille Rouquet reçoit la distinction de Juste parmi les Nations en 2005.
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