Gendarmerie et armée de Terre commémorent le 85e anniversaire de la Bataille de Stonne

  • Par le capitaine Tristan Maysounave
  • Publié le 20 mai 2025
Autorités saluant les troupes et marchant devant un Centaure.
© GEND/ SIRPAG/ GND.PERRIER

Du 15 au 18 mai 1940, le petit village de Stonne a été le théâtre de l’une des batailles les plus acharnées de la campagne de France. 85 ans après, la Gendarmerie nationale et l’armée de Terre étaient de retour sur les terres ardennaises afin de rendre hommage à leurs aïeuls, tués au combat. Les commémorations auront également participé à renforcer leur lien indissociable.

Quelques mètres après le panneau marquant l’entrée de Stonne, petite commune des Ardennes où vivent moins de quarante âmes, le regard est attiré par des casques émergeant de trous de combat. Protégé par un monticule de terre, Raphaël, 26 ans, pointe son fusil MAS 36 en direction d’une ligne ennemie imaginaire. Membre de l'association La Hure, qui organise des reconstitutions historiques, il participe avec de nombreux bénévoles français et étrangers aux commémorations du 85e anniversaire de la Bataille de Stonne, les samedi 17 et dimanche 18 mai 2025.

Un bénévole participant à une reconstitution à Stonne.
© GEND/ SIRPAG/ GND.PERRIER

En mai 1940, cette commune, qui constituait un véritable verrou vers l’ouest de la France, a été le théâtre de combats stratégiques au cours desquels s’est notamment illustré le 45e Bataillon de chars de combat (45e BCC), composé de gendarmes issus du Groupe spécial autonome de Versailles-Satory et de militaires du 505e régiment de chars de combat de Vannes. Pendant quatre jours, Stonne changea ainsi pas moins de 17 fois de camp. La résistance acharnée des soldats français face à la percée allemande marqua les esprits chez l’ennemi. Un général allemand déclara d’ailleurs qu’« Il y a trois batailles. Il y a Stalingrad, il y a Monte Casino et il y a Stonne. » Sur les 566 gendarmes engagés au cours des combats, trente furent tués, quatre disparurent et cinquante-neuf furent blessés. Trente-quatre chars sur les quarante-cinq déployés furent perdus.

Le Groupement blindé de gendarmerie mobile (GBGM) de Versailles-Satory a été désigné héritier de ce bataillon, dont il a conservé l'emblème et porte la Croix de guerre sur son étendard. Chaque année, une commémoration à laquelle le GBGM est associé est organisée à Stonne. 2025 marquait les 85 ans de cette bataille. À cette occasion, des reconstitutions ont été organisées pendant deux jours. Ce dimanche 18 mai 2025, une cérémonie a eu lieu au pied du monument aux morts en présence de nombreuses autorités civiles et militaires, et ce, quelques jours seulement après que la gendarmerie a célébré ses unités blindées.

Se souvenir du « Verdun de 1940 »

Surnommée « le Verdun de 1940 » en raison de l’âpreté des combats et de la résistance acharnée des soldats français, la bataille de Stonne est pourtant méconnue. Ce dimanche, une cérémonie, coprésidée par le général de corps d’armée Olivier Kim, commandant de la région de gendarmerie Grand Est et de la gendarmerie pour la zone de défense et de sécurité Est, et par le général de division Yves Le Roux, commandant l'entraînement au combat interarmes et commandant de la base de défense de Mourmelon-Mailly, a été organisée afin de rappeler l’engagement dont ont fait preuve leurs aieuls.

Autorités saluant le drapeau.
© GEND/ SIRPAG/ GND.PERRIER

À leurs côtés, se tenaient le général de corps d’armée Pierre Casaubieilh, commandant de la région de gendarmerie d'Île-de-France et de la gendarmerie pour la zone de défense et de sécurité de Paris, ainsi que le général Christophe Daniel, commandant du GBGM. Étaient également présents des élus, parmi lesquels Maxime Michelet, député de la troisième circonscription de la Marne, Else Joseph et Marc Laménie, sénateurs des Ardennes, Alain Bucquet, préfet des Ardennes, et William Rebisz, maire de Stonne.

Les troupes étaient composées d’un détachement du GBGM, de l’Escadron de gendarmerie mobile 13/1 de Satory, du 51e Régiment d'infanterie (R.I.) de l'armée de Terre, de la Musique de la gendarmerie mobile, de gendarmes départementaux, d’associations patriotiques, de cadets de la gendarmerie et d’une classe de défense. Était également présent un détachement de la 130e promotion de l’Académie militaire de la gendarmerie nationale (AMGN), baptisée « Ceux de Stonne ».

Sur les traces du parrain

La 130e promotion de l’AMGN a choisi le nom de « Ceux de Stonne » pour honorer les valeurs de courage, de sacrifice et de résistance démontrées par les militaires français lors de cette bataille. Ce nom les porte à faire preuve de courage et de détermination dans l'accomplissement de leurs futures missions, y compris dans les situations les plus difficiles.

« Ces valeurs de résilience et d’engagement jusqu’au sacrifice suprême nous sont inculquées en école, explique la lieutenante Pauline. Elles trouvent un écho particulier alors que des conflits resurgissent aux portes de l’Europe. »

Avant les commémorations des 17 et 18 mai, les officiers-élèves s’étaient déjà rendus à Stonne en octobre 2024 afin de rendre hommage aux soldats tombés lors de cette bataille. La promotion associe également systématiquement le GBGM à ses événements. Deux automitrailleuses ont d’ailleurs été positionnées à l’entrée de l’AMGN. Elles illustrent la composante blindée, née à Satory, ayant servi à Stonne et qui se poursuit aujourd’hui au GBGM.
Une façon pour eux de marcher dans les traces de leurs aïeuls, d’honorer leur mémoire et de s’inspirer de leurs valeurs, alors qu'ils s'apprêtent à recevoir leur premier commandement.

Les officiers-élèves de la promotion Ceux de Stonne.
© GEND/ SIRPAG/ GND.PERRIER

Au cours de la cérémonie, les autorités ont rendu les honneurs au drapeau du 51e R.I. et à l'étendard du GBGM, puis ont procédé à une remise de décorations et à un dépôt de gerbes. Le général de division Le Roux a ensuite lu l’ordre du jour, rappelant « l’importance pour les jeunes générations de reprendre le flambeau alors que les vétérans et les témoins de 1940 disparaissent. »

À l’issue, le général de corps d’armée Olivier Kim s’est dit « particulièrement heureux d’avoir pu assister à cette cérémonie », soulignant que « Stonne constitue une bataille chargée d’histoire, au cours de laquelle les soldats avaient manifesté des valeurs de résilience fondamentales. (…) Dans tous les conflits, ceux qui tiennent sont ceux qui résistent. La technologie a son rôle à jouer dans les conflits modernes, mais la clé, c’est l’esprit qui anime ceux qui combattent. En 1970, on avait développé le concept de dissuasion populaire qu’on mettait en parallèle avec la dissuasion nucléaire. Aujourd’hui, on peut parler d’esprit de défense, et c’est ce qu’il nous faut véhiculer auprès des jeunes générations. (…) Notre jeunesse vaut celle de 1914, il faut simplement lui donner du sens. Cette cérémonie y participe. »

La gendarmerie et l’armée de Terre unies par un lien indéfectible

La cérémonie a également été marquée par le baptême de deux engins blindés de l’armée de Terre et de la gendarmerie – respectivement un Serval et un Centaure – du nom de « Stonne 1940 ».

Les généraux dévoilant le nom de baptême du blindé.
© GEND/ GBGM/ Frédéric Thiès

Ce baptême commun symbolise le lien indéfectible qui existe entre les deux institutions, tant d’un point de vue historique qu’opérationnel. Il vient souligner que toutes deux reposent sur un socle commun, mis en exergue par le général Le Roux à l’occasion de son allocution : « Nous sommes unis par notre fraternité d’arme et par notre militarité commune si singulière qui participe à garantir la défense de la France. »

Le GCA KIM lors de son discours.
© GEND/ SIRPAG/ GND.PERRIER

Et le général Kim de compléter : « Cette commémoration et la présence commune d’unités de l’armée de Terre et de la gendarmerie nationale marquent ici, de nouveau, le lien profond et indéfectible qui unit nos forces et peut nous amener à nous engager ensemble. Les opérations au Kosovo, en Côte d’Ivoire et en Afghanistan, où nos deux forces ont été projetées, nous rappellent notre complémentarité pour assurer la conduite des missions que le pays nous fixe, notamment en situation de crise. Le baptême de ces deux engins participe à renforcer nos liens à l’heure d’une Défense opérationnelle du territoire (DOT) rénovée et d’une géopolitique mondiale bouleversée. La gendarmerie constitue un outil charnière entre les armées et la police nationale. Nous assurons nos missions en temps de la paix ainsi qu’en temps de crise et nous avons un rôle à jouer en temps de guerre aux côtés des autres armées. Pour cela, il nous faut nous coordonner dès le temps de paix. »

Une cérémonie empreinte d’émotion devant le monument du 45e Bataillon de chars de combat

Dans l’après-midi, une seconde cérémonie a eu lieu à Sy,  devant le Monument du 45e BCC, en présence des généraux Kim, Casaubieilh et Daniel, de gendarmes mobiles et départementaux, d’un détachement de l’AMGN, de la Musique de la gendarmerie mobile, d’associations d’anciens combattants et du maire de la commune. C’est également à cet endroit que sont enterrés le capitaine Louis Delpal, un des commandants de compagnie du 45e BCC, et son pilote, le gendarme Robert Grabet, tués au combat. Sur place, les autorités militaires ont procédé à un dépôt de gerbe, en présence du neveu du capitaine Delpal, particulièrement ému. « Alors que les années passent, il est important de faire vivre le devoir de mémoire afin de ne pas oublier ces moments difficiles », a-t-il confié.

Le neveau du capitaine Delpal.
© GEND/ GBGM/ Frédéric Thiès

Les noms du capitaine Louis Delpal, du lieutenant Maurice Pichard et de l’adjudant-chef Moïse Guichard, héros de Stonne, sont également donnés à des quartiers de Versailles-Satory.


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