Camille Mathieu, Juste parmi les Nations

  • Par le brigadier-chef Cyprien Gandillon, Département de la valorisation, Service des archives et de la mémoire
  • Publié le 27 mars 2026
© D.R.

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, alors garde mobile, Camille Mathieu aide des familles dont des membres sont internés au camp de Drancy, ce qui lui vaut d’être radié de la gendarmerie en mars 1943. Il rejoint alors la Résistance. À l’issue de la guerre, il sert dans l’armée de Terre, qu’il quitte en 1962. Reconnu Juste parmi les Nations en 1976 avec sa mère et son épouse, il décède en 2017.

Né le 27 janvier 1915 à Lignières, dans l’Aube, Camille Mathieu effectue son service militaire au 18e régiment du génie. Au début de l’année 1939, il intègre l’école de la garde républicaine mobile, au fort de Montrouge, avant d’être affecté à la 1re  légion de garde républicaine mobile casernée à Drancy. En décembre 1939, Camille Mathieu épouse Denise Lumereaux, infirmière. Ils auront cinq enfants, le premier, Jean-Marie, né fin 1940.

La garde au camp de Drancy

Avec l’Occupation, la gendarmerie est profondément restructurée. Camille Mathieu est intégré aux forces de gendarmerie de Paris-Est, rattachées au commandement de la gendarmerie d’Île-de-France. À la fin de l’année 1940-début 1941, il effectue un détachement dans le Loiret, à Beaune-la-Rolande, avec son unité.Du 20 au 24 août 1941, une vaste rafle est organisée à Paris. Débutant dans le 11e arrondissement, elle s’étend aux arrondissements voisins. plus de 4 000 personnes sont arrêtées et internées à Drancy, dans la récente cité de la Muette, qui devient alors le camp de Drancy.

Les gendarmes de la région parisienne sont notamment chargés de la surveillance du camp. Parmi eux, Camille Mathieu. 

Alors qu’il est de garde le 21 août 1941 – le camp de Drancy vient à peine d’ouvrir –, il remarque, le long des barbelés, la présence de trois femmes à la recherche de leurs époux, arrêtés la veille. Il s’agit de Léontine Ajdenbaum, Adéla Herzberg et Mme Fuks, qui lui demandent de pouvoir retrouver leurs maris, ce qu’il accepte. 

Plusieurs jours plus tard, Camille et Denise Mathieu visitent Adéla Herzberg, Mme Fuks et Léontine Ajdenbaum et repartent chargés de colis pour les détenus.

Ayant réussi à localiser ces derniers, Camille Mathieu réfléchit aux différents moyens pour les faire sortir du camp : soit les inscrire sur la liste des malades, soit une évasion par les égouts. 
Rien de cela fut nécessaire car les trois hommes sont libérés en février 1942 et gagnent la zone sud avec l’aide de Camille Mathieu. 

La famille Fuks se réfugie à Lignières, chez Blanche Mathieu, la mère de Camille Mathieu. Elle y restera en sécurité jusqu’à la Libération.

En mars 1942, Denise Mathieu aide Liliane Herzberg, la fille aînée des Herzberg, alors adolescente, à rejoindre son père dans la zone sud. La famille Herzberg se retrouvera quelques mois après avec le passage d’Adéla Herzberg et de sa seconde fille, Malou, là aussi avec l’aide de Denise Mathieu qui leur a procuré cartes d’alimentation et faux papiers.

La radiation de la gendarmerie et l’engagement dans la Résistance

Outre l’aide apportée aux Ajdenbaum, Herzberg et Fuks, Camille Mathieu fait passer à des internés lettres et médicaments, et permet à certains d’entre eux d’être relâchés.

Cependant, au début de l’année 1943, il est saisi avec des lettres sur lui. Mis aux arrêts, il est rayé des contrôles de la gendarmerie le 21 mars 1943.

Quittant Paris pour retourner à Lignières, il reprend, avec un ami, une librairie à Courtenay à la fin de l’année 1943. Il est alors contacté par deux résistants pour les rejoindre dans leur action contre l’occupant.

Au début de l’année 1944, Camille Matthieu rejoint le réseau Jean-Marie Buckmaster, le principal réseau résistant de l’Yonne, qui dépend du Special Operations Executive britannique.

Ayant le grade de sergent, Camille Mathieu participe à différentes actions : destruction de voies ferrées ou parachutages d’armes. Promu adjudant FFI en octobre 1944, il part combattre en Alsace.  
En effet, le réseau Jean-Marie Buckmaster a été intégré à la 2e division d’infanterie marocaine de la 1re Armée en tant que 3e bataillon du 1er régiment des volontaires de l’Yonne. Après sa participation à la libération de Colmar, le régiment des volontaires de l’Yonne passe le Rhin en avril 1945 avec le 35e Régiment d’infanterie (R.I.).

L’armée de Terre

Après guerre, Camille Mathieu reste dans l’armée de Terre. De 1945 à 1952, il est affecté au sein des Forces françaises en Allemagne. Il séjourne successivement à Constance, Bergzabern, Dietz et Baden Baden. Après l’Allemagne, Camille Mathieu séjourne en Algérie jusqu’en 1956, année au cours de laquelle il rejoint l’arme du génie. Il y reste jusqu’à l’automne 1962, année de sa retraite militaire. 
Après une carrière dans les travaux publics, il part à la retraite en 1976. Cette année-là, Camille Mathieu, son épouse Denise et sa mère Blanche sont faits Justes parmi les Nations. Le couple Mathieu est fait officiers de la Légion d’honneur à l’été 2010.

Jusqu’à leurs décès, respectivement en 2017 et 2012, Camille et Denise Mathieu sont restés en contact avec les familles sauvées.  En 2021, le quartier de la gendarmerie mobile de Drancy est baptisé Quartier Camille Mathieu.

Source : biographie de Camille Mathieu écrite par Gérard Mathieu, juillet 2010, dossier Yad Vashem.


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