André Martin, Juste parmi les Nations

  • Par Brigadier-chef Cyprien Gandillon, Département de la valorisation, Service des archives et de la mémoire
  • Publié le 25 janvier 2026

Jean et Claude Moussafir avec leurs parents ainsi que André Martin, sa femme et leur fille Liliane.

© D.R.

Entré en gendarmerie en 1935, André Martin est affecté à la brigade d’Annot à l’été 1940. C’est dans ce village des Alpes-de-Haute-Provence qu’à l’automne 1943 arrive la famille Moussafir qui, grâce à l’aide d’André Martin, échappe à la déportation. Décédé en 1998, André Martin est fait Juste parmi les Nations en 2014.

André Martin voit le jour à Inxent, dans le Pas-de-Calais, le 26 mars 1912. À l’issue de son service militaire, effectué en 1933 au 3e régiment de hussards de Strasbourg, il épouse Élisabeth Mansion le 27 avril 1935, avec qui il aura cinq enfants.

Ayant rejoint la gendarmerie à la fin de l’année 1935, André Martin est affecté à la 4e légion de garde républicaine mobile, à Lauterbourg (Bas-Rhin).

Après avoir servi en 1939-1940 en unité constituée aux armées, André Martin est affecté à la brigade d’Annot, dans les Basses-Alpes (de nos jours les Alpes-de-Haute-Provence).

André Martin devant la mairie de Annot en 1943.

© D.R.

La famille Moussafir à Annot

Fin 1943, le gendarme André Martin fait la connaissance de Jacques et Mathilde Moussafir et de leurs enfants Jean et Claude. Originaire de Rhodes, possession italienne depuis 1912, la famille Moussafir réside à Paris grâce à la protection que leur offrent leurs papiers italiens.

En mars 1943, elle quitte la capitale pour Nice, en zone d’occupation italienne. Léa et Isaac Moussafir, les parents de Jacques, les accompagnent.

Le retrait de l’Italie du conflit à l’automne 1943 contraint les Moussafir à partir et, sur les conseils d’amis – le couple Darmon –, ils gagnent le massif alpin, à Annot.

Pour les protéger, André Martin s’appuie sur l’origine rhodienne des Moussafir : l’île ayant été ottomane, il rédige un document indiquant que la famille est de confession musulmane.

De même, il leur trouve une maison isolée, plus sûre que l’hôtel où la famille s’était installée.

En danger, la famille Moussafir survit grâce au gendarme André Martin

Malgré cela, le danger n’est pas pour autant écarté. En février 1944, une dénonciation révèle aux occupants qu’Annot abrite une vingtaine de juifs. André Martin conduit alors Jacques et Mathilde Moussafir et leurs enfants à Ubraye, un hameau isolé dans la montagne, tandis que les grands-parents restent en sûreté à Annot.

Ravitaillés par le boulanger d’Annot, les Moussafir vivent dans des conditions spartiates, le seul élément moderne étant le poêle à bois. Ils n’y séjournent pas longtemps puisque leur présence est connue et ils font rapidement l’objet d’une dénonciation.

Guidés par André Martin, ils regagnent Annot. Après une marche épuisante dans le froid, les Moussafir sont accueillis dans le logement de fonction des Martin, Élisabeth Martin leur ayant préparé un repas chaud.

Les familles Darmon et Moussafir sont installées par André Martin dans un logement de deux pièces sur la place de l’église d’Annot. Ils y restent plusieurs semaines les volets clos, le ravitaillement étant notamment assuré par Liliane Martin, l’aînée des Martin, âgée de 9 ans.

Le danger passé, les Moussafir rejoignent leurs grands-parents dans leur logement près de la gare.

Lorsqu’André Martin rejoint le maquis en juin 1944, ils sont ravitaillés par Élisabeth Martin et des voisins. Ils restent ainsi en sécurité jusqu’à la Libération.

Photo de famille :  André Martin porte des bretelles, sa femme à droite, leur fille Liliane est au centre, avec ses deux petits frères.

© D.R.

André Martin, un gendarme résistant

Parallèlement à son aide apportée à la famille Moussafir, André Martin fournit à la résistance locale des vivres, tout en fournissant au maquis des munitions.

En juin 1944, il entre dans le maquis de Colmars (les Alpes) au sein duquel il garde les prisonniers.

Il participe à différents engagements armés, comme à Colmars, à Saint-Sauveur-du-Tinée, puis à Pont Charles Albert, où lui et son groupe doivent faire face à une attaque allemande.

Son action à Pont Charles Albert lui vaut une citation : « Gendarme, chef de groupe voltigeurs, adjoint au chef de section, courageux et discipliné. Le 24 août 1944, alors qu’une partie de sa section devait interdire l’accès au Pont Charles Albert, a fortement contribué à stopper puis à arrêter par une contre-attaque hardie une troupe allemande cinq fois supérieure en nombre, lui infligeant des pertes sévères et l’obligeant à abandonner son matériel. »

À la suite de son engagement dans le maquis, André Martin est décoré de la Croix de guerre avec palmes.

À l’autonome 1944, la libération de l’Alsace pose la question du rétablissement de la légalité républicaine. Connaissant bien la région pour y avoir servi avant guerre, André Martin fait partie des gendarmes participant à la reconstitution d’une gendarmerie en Alsace. C’est ainsi qu’il retrouve Lauterbourg jusqu’au milieu de l’année 1950. Il est alors affecté à la brigade de Wissembourg pendant cinq ans.

André Martin finit sa carrière de gendarme au sein de la compagnie du Haut-Rhin.

Décédé le 26 juin 1998 dans le Haut-Rhin, André Martin est fait Juste parmi les Nations en 2014.

À noter

Biographie réalisée grâce au dossier constitué par l’Institut Yad Vashem.

 

 

 


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