Adjudant Pierre André, gendarme de l’Yonne reconnu Juste parmi les Nations

  • Par le brigadier Cyprien Gandillon, Chargé d’études Histoire, Département de la valorisation, Service des archives et de la mémoire
  • Publié le 23 février 2025
André Pierre.JPG

Décédé le 23 juin 1959, l’adjudant Pierre André a été fait Juste parmi les Nations en 2009. Affecté à la brigade de Toucy, dans l’Yonne, de 1940 à 1946, il a aidé à sauver des Juifs et des Résistants, avec Michel Martiré, secrétaire de la mairie. La caserne de la brigade porte le nom du militaire depuis 2017.

Pierre Auguste André, fils de Julien et Jeanne-Augustine André, voit le jour à Tantonville, en Meurthe-et-Moselle, le 16 juillet 1904. À l’issue de son service militaire, effectué en 1924 dans l’arme du génie, Pierre André intègre la gendarmerie en décembre 1926. Formé au sein de la compagnie de Meurthe-et-Moselle (20e légion de gendarmerie), il est d'abord affecté, en juin 1927, à la brigade territoriale de Vico, compagnie autonome de la Corse, puis à la brigade de Castelnau (Lot - 17e légion de gendarmerie) au printemps 1929, à la brigade de Xertigny (Vosges - 20e légion de gendarmerie) à l’hiver 1932, et à la compagnie de l’Yonne (8e légion de gendarmerie) à partir de février 1934.

Peu avant la fin de sa formation, Pierre André épouse Marcelle Barbillon, le 14 mai 1927, à Euville (Meuse). Ils deviennent parents avec la naissance de leur fille Suzanne, le 1er février 1928.

Sauvetage des familles Resnick et Spiegel

Sa carrière dans le département de l’Yonne connaît deux temps. De 1934 à 1940, il est gendarme à la brigade de Châtel-Censoir où il reçoit, en 1938, la médaille militaire. Puis en juin 1940, dans le contexte de la défaite française, Pierre André, promu maréchal des logis-chef, rejoint la brigade de Toucy, située en zone d’occupation allemande. Il y passera toute la Seconde Guerre mondiale.

Au printemps 1943, le maréchal des logis-chef André est mis en contact, par l’intermédiaire d’un camarade du service militaire, avec Yvette Resnick. Cette dernière est la fille d’Henri et Anna-Bella Resnick, émigrés de Pologne et naturalisés citoyens français en 1922. Habitant Nancy, le couple Resnick a deux filles : Marguerite, née en 1908, et Yvette, née en 1919.

Dans le contexte des rafles de l’année 1942, une trentaine de juifs nancéiens sont arrêtés, tandis que l’action de la police locale permet d’en sauver près de 350, dont les Resnick.
Alors que les parents décident de rester à Nancy, le reste de la famille - Marguerite et son époux Samuel Spiegel et leur fils Jean-Maurice ainsi qu’Yvette - gagne la zone libre pour s’installer à Palluau-sur-l’Indre. La situation devenant menaçante au cours de la première moitié de l’année 1943, Yvette Resnick est mise en contact avec Pierre André et se déplace à Toucy pour le rencontrer.

Au cours du mois de mai, le gendarme installe les Resnick-Spiegel au hameau Les Guerriers, à cinq kilomètres de Toucy. En août suivant, Henri Resnick les rejoint ; son épouse Anna-Bella a été arrêtée. Elle est déportée au camp d’extermination d’Auschwitz le 28 octobre 1943 par le convoi n° 61 partant de Drancy. Elle n’en reviendra pas.

Pierre André n’est pas seul dans son action en faveur des Resnick-Spiegel : il peut compter sur l’aide de Michel Martiré, secrétaire à la mairie et engagé dans la résistance locale. Ce dernier donne de fausses identités aux Spiegel, qui deviennent les Lecoutre, et effectue plusieurs fois des changements de domicile afin de tromper la milice. Quant à Pierre André, tout en rendant régulièrement visite à la famille, il détourne des lettres de dénonciation et envoie à une reprise un de ses hommes porteur d’un message codé pour les avertir d’un danger.

À ce sujet, Jean-Maurice Spiegel, né en 1939, se souvient : « J’entends encore le bruit de pétarades se rapprochant de la maison. J’avais peur, ces bruits étant pour moi ceux de mitraillages. Alors j’allais me cacher. Ces bruits étaient souvent, en fait, le bruit de la moto de Pierre André, venant apporter des informations à mes parents. Je me souviens de son fusil qu’il suspendait à l’huisserie de la porte d’entrée pendant qu’il parlait avec mes parents : je n’osais pas passer en dessous. »1

En décembre 1943, les Resnick-Spiegel doivent changer de résidence face aux risques accrus pesant sur eux. Michel Martiré les installe au lieu-dit du Petit Étang Neuf, sur la commune de Champignelles, à une vingtaine de kilomètres de Toucy. Ils y demeurent en sécurité jusqu’à la Libération, puis regagnent Nancy au printemps 1945.

Pierre André rejoint le maquis de Merry-Vaux

Pierre André s’engage aussi dans la résistance locale. Au mois d’août 1944, dans la forêt de Merry-Vaux, se forme le Maquis 2, dépendant de l’organisation Service national Maquis, constituée au printemps de la même année en Puisaye. Pierre André rejoint alors le maquis de Merry-Vaux en y entraînant d’autres gendarmes de la compagnie d’Auxerre. Le maquis bénéficie du renfort du SAS (le Special Air Service est une unité de forces spéciales des forces armées britanniques).

À noter que le département de l’Yonne compte sur son territoire le maquis de l’Étang-Neuf appartenant au réseau Jean-Marie Buckmaster, rattaché directement au Special Operations Executive (SOE) britannique.

Promu adjudant en mars 1946, Pierre André retourne dans son département natal en décembre de la même année. Il y finit sa carrière, servant jusqu’en 1948 à la brigade de Colombey-les-Belles, puis au sein de celle de Baccarat. La ville de Nancy étant toute proche, le gendarme revoit régulièrement les Resnick-Spiegel.

Pierre André quitte la gendarmerie en juin 1954 et décède le 23 juin 1959. Il est fait Juste parmi les Nations en 2009, avec Michel Martiré. La caserne de la brigade de Toucy a été baptisée en son honneur.

A noter

La biographie de Pierre André a pu être rédigée grâce au dossier constitué par le Comité français pour Yad Vashem et à la liste de ses affectations fournie par la Section direction et information du département Gendarmerie nationale du Service historique de la Défense.

1 - Témoignage de Jean-Maurice Spiegel en faveur de Pierre André, dossier Yad Vashem n°11531, juin 2009.


Contacter la gendarmerie

Numéros d'urgence

  • Police - Gendarmerie : 17
  • Pompier : 18
  • Service d'Aide Médicale Urgente (SAMU) : 15
  • Urgence Europe : 112

Sécurité et écoute

  • Enfance en danger : 119
  • Violences conjugales : 39 19
  • Maltraitance personnes âgées ou en situation de handicap : 39 77

Ces contenus peuvent vous intéresser