80ᵉ anniversaire de l’AMGN à Melun
- Par le Commandant Benoît Haberbusch Centre de recherche de la gendarmerie nationale – Chaire HiGeSeT
- Publié le 17 septembre 2025
« L’AMGN habite la ville comme on honore un serment. » Ces mots de Kadir Mebarek, maire de Melun, traduisent la force de l’ancrage de l’Académie militaire de la gendarmerie nationale (AMGN) dans la mémoire locale depuis 1945. À l’occasion d’une année 2025 marquée par plusieurs événements pour célébrer les 80 ans de l’implantation melunaise, cet article propose de retracer les étapes historiques qui unissent cette grande école à Melun.
Melun représente la dernière étape d’une pérégrination qui a conduit l’École des officiers de la gendarmerie nationale (EOGN) de Paris (1901-1914), à Versailles (1918-1939), puis à Pau (1941-1943) et enfin à Courbevoie (1943-1945). Installée à la Caserne Charras à Courbevoie au moment de la Libération, l’école d’application doit trouver un nouveau site en raison de la demande du Service de Santé de récupérer ses locaux. Si la piste d’une relocalisation parisienne est un temps évoquée, au 89 rue de la Faisanderie (XVIe arrondissement), le déplacement vers Melun est acté en septembre 1945.
Une académie, maison mère des officiers, au recrutement varié
La ville offre l’avantage d’une proximité avec Paris et d’une emprise suffisante pour accueillir les élèves-officiers et officiers-élèves de l’Arme. Le déménagement, de Courbevoie à Melun, représente l’équivalent de 42 camions de matériel. Le général Lamontagne se souvient que les deux promotions en formation, « Lieutenant Milbert » et « Kilstett », à laquelle il a appartenu, ont fourni une main-d’œuvre providentielle pour assurer la manutention. Ancienne caserne d’infanterie, Augereau se compose de bâtiments militaires dans le plus pur style de la Belle Époque. Elle a déjà accueilli un peloton de garde républicaine mobile dans les années 1920.
La promotion « Lieutenant-colonel Vessières » fait partie des premières promotions purement melunaises. Le général Beaudonnet, qui en a été membre, a laissé un témoignage saisissant sur la scolarité de 12 mois pour ces 72 élèves venus d’horizons variés. Dans une France encore marquée par la pénurie, les conditions de confort restent plutôt spartiates. Les élèves portent le plus souvent une tenue treillis kaki avec boutons corozo destinés à l’armée républicaine espagnole. Le transport et les manœuvres se font avec les quelques jeeps et chenillettes Bren-Carrier allouées à l’école. Les élèves peuvent néanmoins rencontrer des « grands témoins » de marque, comme le général de Lattre de Tassigny venu pour une conférence au théâtre municipal. Le défilé du 14 juillet 1946 se déroule à Paris, de Bastille à Richelieu-Drouot, devant Georges Bidault en jaquette, qui est alors président du gouvernement provisoire de la République, et… Hô Chi Minh.
Avec un corps des officiers de la gendarmerie passant de 1 240 hommes en 1947 à 7 228 hommes et femmes en 2015, l’EOGN, dont le nom est officialisé en 1950, devient le creuset de la formation des officiers de l’Arme. Ce recrutement se caractérise par une diversification des filières : recrutement direct à Saint-Cyr à partir de 1967, féminisation depuis 1987, officiers appelés de 1991 à la suspension du service militaire, OCTAGN depuis 1997, Aspirant de gendarmerie issus du volontariat (AGIV) et Officiers sous contrat (OSC) en 2000, « universitaires » depuis 2002.
De 2005 à 2013, le Plan d’adaptation des grades aux responsabilités (PAGRE) envoie 3 711 gradés se former à Melun. En 2009, le rattachement de la gendarmerie nationale au ministère de l’Intérieur ne remet en cause ni la formation militaire dispensée à Melun, ni le recrutement direct aux grandes écoles. En janvier 2010, l’EOGN accueille les premiers Officiers de gendarmerie rang (OGR) par voie de concours. Le 14 août 2013, la première rentrée à Melun de la Classe préparatoire intégrée (CPI) témoigne de la volonté de l’École de diversifier le profil de ses élèves et d’éviter une « aristocratisation ».
Une académie à la formation innovante
À Melun, les commandants d’école ont toujours été attentifs à l’amélioration de la formation. La création, en décembre 1946, du musée de la gendarmerie, sur l’initiative du colonel Lélu, participe d’ailleurs de cette préoccupation pédagogique. En 1952, il est flanqué d’un musée de la criminalistique, afin de présenter aux élèves la diversité des matériels utilisés par les malfaiteurs (fausses clés, faux billets, appareils crève-pneus…).
Dans les années 1950, l’EOGN se dote de salles d’instruction thématiques dans lesquelles les élèves peuvent manipuler du matériel (armement, mécanique, transmissions…), tandis que des fiches de synthèse et des photos affichées au mur les guident dans leur apprentissage. L’école construit même un stand de tir réduit. La création en 1957 d’un centre de documentation montre la volonté de fournir aux élèves les publications utiles à leur formation d’officier. Le commandement cherche également à attirer les meilleurs experts, à l’image de la sollicitation, en 1958, du colonel Lanaud auprès du directeur du CNRS, visant à faire « appel à des personnalités parfaitement qualifiées, sur les données économiques et sociales, politiques et psychologiques ».
Cette attention aux évolutions pédagogiques et l’ouverture aux progrès technologiques contribuent à mieux adapter l’enseignement aux innovations majeures. Dès 1969, le colonel Lhuillier sollicite ainsi le Service Central Organisation et Méthodes du ministère des Finances pour intervenir auprès de ses officiers afin de leur « permettre de mieux appréhender (...) les possibilités de l’informatique ». Ce commandant d’école s’investit aussi dans une « révolution pédagogique » visant à rendre l’élève davantage acteur de sa formation grâce à l’étude de cas concrets. Bien avant les simulations numériques, une salle tactique reproduit une carte en relief qui permet de s’exercer à manœuvrer des unités.
En 1976, le concours de journalistes est requis pour la formation à la prise de parole à la radio et à la télévision. En 1977, l’inscription des élèves en licence à la faculté de droit de Sceaux témoigne de la hausse du niveau d’exigence à l’EOGN. En 1986, la scolarité du tronc commun à l’École passe à trois années : le cours de formation, le cours de perfectionnement et le cours supérieur. En 1994, le Centre de formation linguistique de la gendarmerie (CFLG) offre une meilleure infrastructure pour l’apprentissage des langues étrangères. En 2000, l’EOGN crée un département Éthique et Déontologie à la suite de l’affaire dite « des paillotes ».
En 2002, l’École procède à une réforme complète de sa scolarité en dispensant une formation modulaire et individualisée tenant compte des acquis des élèves, de leurs aspirations et des besoins de la gendarmerie, devenant ainsi une grande école militaire et de service public.
En 2008, l’intégration du Centre d’enseignement supérieur de la Gendarmerie (CESG) et la création d’un centre de recherche viennent conforter la position de l’École en tant que pôle d’excellence de la formation des officiers. En effet, en tant que grande école militaire et de service public, l'EOGN constitue désormais l’unique creuset de formation des officiers de gendarmerie, qu’elle soit initiale, continue ou supérieure. En 2013, l’EOGN propose la préparation d’un Master 2. L’année suivante, un Master of business Administration (MBA), spécialisé dans la sécurité, est créé en partenariat avec l’université Paris 2 Panthéon.
À partir de 2018, le Centre d’entraînement et de simulation au commandement opérationnel (CESCO), devenu le Centre de formation opérationnelle par la simulation numérique (CFOSN), dote l’Académie d’outils innovants pour l’entraînement opérationnel des futurs officiers de l’Arme, avec un souci constant d’améliorer l’immersion. Lors des Jeux Olympiques et Paralympiques 2024, les Groupements opérationnels de maintien de l’ordre (GOMO) et les Groupements tactiques gendarmerie (GTG) ont pu profiter de ces installations pour s’entraîner.
Avec Égide, tiré du nom du bouclier de protection d’Athéna, l’AMGN déploie chaque année, depuis 2021, le plus imposant exercice opérationnel de la gendarmerie. Lors de trois journées intenses autour de Fontainebleau, les officiers-élèves des dominantes « Sécurité publique générale » (SPG), « Maintien de l’ordre » (MO), « Sécurité des mobilités » (SECMOB) et « Police judiciaire » (PJ) doivent restituer ce qu’ils ont appris durant deux ans dans les conditions les plus proches du réel. L’édition 2025 a mobilisé près de 800 gendarmes, français et étrangers, ainsi que des moyens nationaux importants.
Une académie au rayonnement national et international
À travers l’accueil d’élèves aux origines variées, et grâce aux nombreux partenariats tissés à travers le temps, l’EOGN a su valoriser son rayonnement national et international.
Dès les années 1950, l’école reçoit des visiteurs de marque. Le 20 juin 1952, Vincent Auriol, président de la République, vient remettre la Croix de Guerre au drapeau de l’école. En 1956, le maréchal Juin honore la mémoire du capitaine Catteaud qu’il a eu sous ses ordres en 1944 dans le corps expéditionnaire français en Italie. L’année précédente, l’éclat de la cérémonie de fin de scolarité de la promotion « La France d’outre-mer » doit beaucoup à la participation de la Garde rouge du Sénégal. À cette date, l’EOGN est déjà engagée dans la formation des cadres des gendarmeries des futurs États africains indépendants.
En 1962, Georges Pompidou, Premier ministre, préside la cérémonie de baptême de la promotion « Montereau » et inaugure le monument commémorant la bataille livrée par les gendarmes en 1814. Dans les années 1970, Jacques Chirac, Premier ministre, et Valéry Giscard d’Estaing, président de la République, viennent chacun à Melun. Le 14 juillet 1984, la promotion « Capitaine Ettori » assiste au plus grand défilé de l’histoire de la gendarmerie organisé à Melun au quartier Lemaître. Près de 4 500 hommes et femmes défilent devant François Mitterrand, président de la République.
En 1994, la création du Cours supérieur international de la gendarmerie (CSIG) témoigne de la volonté de l’EOGN d’accueillir les officiers des pays amis. Entre 1994 et 1997, l’EOGN est jumelée avec ses homologues d’Espagne, d’Italie et du Portugal, en attendant un jumelage avec le Sénégal en 2016. Cette coopération s’inscrit dans le temps, avec la présence permanente à l’école d’un officier de la Guardia civil.
Au niveau national, la vocation interministérielle de la gendarmerie favorise les projets
communs au début du XXIe siècle. L’identité militaire de l’EOGN est affirmée par des partenariats anciens noués avec l’armée, notamment avec les écoles de Saint-Cyr Coëtquidan, l’École des troupes aéroportées (ETAP) de Pau et le Centre national des sports de la défense (CNSD) de Fontainebleau. L’EOGN est naturellement membre de réseaux militaires en sa qualité d’école militaire. Ses élèves-officiers de 2e année participent ainsi au Séminaire interarmées des grandes écoles militaires (SIGEM). De même, les officiers de gendarmerie en formation rencontrent leurs homologues des autres écoles militaires lors du Tournoi sportif des grandes écoles de la défense (TSGED).
Fidèle à la vocation moitié civile, moitié militaire, de la gendarmerie nationale, l’EOGN est
placée au cœur de réseaux interministériels selon une logique d’emploi et de complémentarité
qui vise à assurer au mieux la mission de base des acteurs de la sécurité intérieure, à savoir :
« garantir la sécurité des personnes et des biens. » L’EOGN entretient ainsi des relations
privilégiées avec le Centre des hautes études du ministère de l’Intérieur (CHEMI), l’Institut des
hautes études de la Défense nationale (IHEDN) et l’Institut national des hautes études de la
sécurité et de la justice (INHESJ). En partenariat avec l’Éducation nationale, l’École propose
depuis 2017 des stages « prévention et gestion de crise » au profit du personnel de ce
ministère ainsi que celui de l’Agriculture et de l’Alimentation.
En matière de coopération internationale, l’EOGN s’implique dans les actions menées auprès d’organismes tels que la FIEP, association des forces euro-méditerranéennes de gendarmerie et de police à statut militaire. En janvier 2015, cette dernière a participé, à Lille, au Forum
international de cybersécurité (FIC), co-organisé par le CREOGN. L’EOGN est aussi membre de l’Association of European Police Colleges (AEPC). L’AMGN poursuit cet effort à travers la création, en août 2024, de la mission des actions nationales et internationales. Elle vise à coordonner les actions de rayonnement et de formation, tant au niveau national qu’international. L’Académie accueille ainsi chaque année une cinquantaine d’élèves étrangers pour les former aux différents niveaux de la formation militaire et de métier.
Une académie au cœur de la ville à Melun
« Plus qu’une école ou un partenaire, l’EOGN se confond avec la ville et ses habitants », a bien résumé Gérard Millet, ancien maire de Melun. Pas une manifestation ne se déroule à Melun sans que les élèves ou la hiérarchie n’y participent, et c’est toujours avec honneur que les Melunais les accueillent. »
Cette insertion de l’école dans la ville s’est renforcée au cours des décennies. Les archives de la gendarmerie prouvent que ces liens sont anciens. En 1953, par exemple, 54 élèves sont volontaires pour participer au défilé historique du 3 mai à l’occasion de la foire de Melun, tandis que le même mois une visite de l’école est programmée pour les élèves du lycée Jacques Amyot. À la même époque, l’adjudant Revenu, maître d’armes, prête son concours pour enseigner l’escrime au groupe scolaire Pasteur et à l’institution Saint-Aspais. Le cadre associatif sportif et culturel va constituer un puissant vecteur pour permettre aux (jeunes) Melunais(e)s de franchir le portail de l’École.
Malgré plusieurs projets de délocalisation dans les années 1970, à Saint-Maixent, Lyon ou Sophia Antipolis, les échanges entre le commandement et les élus melunais permettent le maintien de l’EOGN. L’extension de l’école en 1987 vers le quartier Pajol constitue une première étape, avant la cession, en 1998, de la rue Émile Leclerc contre une parcelle de la caserne Augereau. Le site de l’École triple ainsi, passant de 5,3 à 15 hectares. Le lien s’est renforcé en novembre 2002 avec la signature d’une charte de partenariat entre la Ville et l’École. Le projet de rénovation du musée de la gendarmerie, réouvert en 2015, achève de confirmer l’intérêt de demeurer sur place.
Petite ville dans la ville, l’EOGN compte, en 2018, 352 personnels encadrants, dont 127 civils et 225 militaires. L’École accueille annuellement 755 élèves, pour 342 formations longues et 413 formations courtes, ainsi que 1 000 stagiaires (stage gestion de crise « Éducation nationale », cordées de la réussite, séminaires inter-grandes écoles / RESP, séminaire d’intégration IEJ Paris II…). On compte aussi 66 stagiaires étrangers, dont 50 en formation longue issus de 20 pays et 16 en formation courte issus de 15 pays.
Réactualisée en janvier 2025, la charte de partenariat est resignée par le commandant de l’École, le général de division Frantz Tavart, et le maire de Melun, Kadir Mebarek. Ce dernier réaffirme l’attachement des habitants lors de la présentation du logo du 80e anniversaire, en mai 2025 à l’Hôtel de Ville : « Les Melunais sont fiers de l’AMGN. L’école fait partie de leur quotidien. Les élèves des écoles municipales visitent le musée. Les cadets participent aux commémorations. Des habitants fréquentent votre association sportive. Les enfants des gendarmes sont accueillis dans nos crèches et écoles. Et l’AMGN a su tisser des liens avec d’autres pôles d’excellence du territoire, comme l’université Paris II Panthéon-Assas. Quand votre école s’ancre dans la ville, elle y laisse plus que des bâtiments : elle y inscrit des vocations, des souvenirs, des valeurs et votre présence qui dépassent les murs que vous occupez. »
Ainsi, les 80 ans de présence à Melun font de l’AMGN l’un des plus anciens centres de formation de l’Arme, tout comme l’école de Chaumont destinée aux sous-officiers de l’Arme. En 1992, le directeur de la gendarmerie nationale, Jean-Pierre Dinthilhac, a rendu un vibrant hommage à cette grande école : « La renommée et la confiance que manifestent les Français à la gendarmerie nationale doit beaucoup à la formation donnée ici aux futurs officiers de l’Arme. Fondée à la fois sur la connaissance de l’histoire, les traditions mais aussi son souci permanent d’adapter ses modes d’action à l’évolution de notre société en recourant aux techniques les plus modernes, l’école des officiers de la gendarmerie nationale est incontestablement l’une de nos grandes écoles qui a su le mieux concilier formation et application. Le haut niveau des officiers qui s’exprime tant à l’occasion des missions traditionnelles et quotidiennes, que face aux situations exceptionnelles ou hors de nos frontières témoigne de la haute qualité de cette école. »
Conservant la richesse de son patrimoine à travers les cérémonies qui rythment la scolarité des élèves, l’AMGN garde intacte son ouverture d’esprit pour donner la capacité à ses futurs chefs d’affronter le contexte actuel et les défis de demain.
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