Un expert au défi de la criminalité financière

  • Par la capitaine Pénélope Grondel
  • Publié le 19 janvier 2026
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De l’univers financier et comptable dans le Bâtiment et les travaux publics (BTP) à la lutte contre la criminalité financière au sein de la gendarmerie, l’adjudant‑chef Laurent a suivi un parcours singulier qui l’a conduit jusqu’à la Section de recherches (S.R.) de Chambéry, où il officie depuis 2016 en tant qu’enquêteur spécialisé.

« C’est en suivant les flux financiers que l’on remonte les têtes de réseaux », explique l’adjudant-chef Laurent, sous-officier spécialisé en Délinquance économique et financière (DEFI). Après un passage en gendarmerie mobile de six ans en début de carrière, il est affecté à la brigade territoriale de Modane, en Savoie, o ù il obtient le diplôme d’officier de police judiciaire en 2004.

C’est à l’occasion d’une mutation à la brigade de Saint-Gilles-les-Bains, à La Réunion, que l’adjudant-chef découvre la matière économique et financière. En effet, il y traite quelques dossiers financiers, épaulé et initié par un camarade passionné par cette matière. C’est le début d’un parcours qui le mènera en unité de recherches. De retour en métropole, il rejoint la brigade de Rumilly, en Haute-Savoie. À la suite de sa réussite dans plusieurs dossiers financiers, il est repéré et détaché au profit de la Section de recherches (S.R.) de Chambéry pendant un an et demi, avant d’y être affecté pour de bon. Ce n’est qu’après cette affectation que l’adjudant-chef se spécialise officiellement en suivant la formation DEFI pendant trois mois à Rosny-sous-Bois.

Si ses différentes expériences en gendarmerie l’ont conduit à cette spécialité, l’adjudant-chef n’est pas étonné de ce parcours. En effet, il a toujours été attiré par cette matière. Avant son entrée en gendarmerie, il travaillait pour l’entreprise familiale dans le secteur du Bâtiment et des travaux publics (BTP). Il a baigné dans le monde de l’entreprise, où il devait gérer la comptabilité et autres aspects économiques qui lui plaisaient déjà à l’époque. « En être arrivé là me semble être une évidence quand j’y repense », conclut l’adjudant-chef Laurent.

Selon lui, la formation DEFI ne construit pas un enquêteur éco-fi, « elle lui donne juste une boîte à outils » pour gagner en efficacité et comprendre des domaines techniques tels que les marchés publics. Elle permet de rencontrer des réservistes spécialistes qui appartiennent à la task force DEFI de la Direction générale de la Gendarmerie nationale (DGGN) et qui apportent leur concours sur les aspects très techniques de certaines enquêtes. 

Un enquêteur éco-fi doit être pugnace, curieux et persuadé qu’une enquête financière n’est que l’addition d’actes d’enquête comme d’autres, permettant d’aboutir à un dossier, voire même de gros dossiers. « Je repense à cette belle affaire de favoritisme entre une commune et une société de remontées mécaniques. Nous avions réussi à prouver les stratagèmes employés et les pressions exercées par la commune et des politiques pour attribuer la délégation de service public à l’entreprise en question. C’était allé loin, car cela impliquait des gens puissants, mais c’était passionnant », se souvient l’enquêteur. Il travaille actuellement sur une belle affaire qui met en cause la mafia calabraise.

La task force DEFI, qu’est-ce que c’est ?

Pour faire face aux investigations complexes dans la lutte contre la délinquance économique et financière, la Sous-direction de la police judiciaire (SDPJ) de la DGGN a initié, dès 2017, le recrutement de réservistes spécialistes dans différents domaines économiques et financiers. Rassemblés depuis 2019 au sein de la Task force DEFI (TFD), seize réservistes sont ainsi aujourd’hui en mesure d’appuyer les enquêteurs de la Gendarmerie nationale dans leurs enquêtes complexes (conseil, analyse et orientation, assistance aux auditions, perquisition, formation dans les domaines du notariat, de l’expertise-comptable, du secteur bancaire, de l’assurance, du droit des sociétés, des marchés publics, ainsi que des fraudes fiscales et sociales). La task force, dont l’activité est en hausse depuis sa création, a totalisé 154 jours de réserve en 2024, avec des sollicitations par des unités de recherches en métropole et en outre-mer. Deux recrutements sont en cours dans les domaines de la propriété intellectuelle et de la fraude sociale.


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