Le cyber comme outil de lutte contre la criminalité organisée

  • Par le chef d'escadron Romain Bastet
  • Publié le 13 janvier 2026
© SIRPA-G / BRC MARCÉ

Pour contrer cette menace sans frontière, anonyme et techniquement complexe, la Gendarmerie nationale dispose de l’Unité nationale cyber (UNCyber), considérée comme son bras armé opérationnel dans le cyberespace. Le plan Ambition cyber traduit la stratégie de l’Institution en actions concrètes sur le terrain, visant à professionnaliser et à renforcer les capacités dans ce domaine.

Créé en 2021, le Commandement de la gendarmerie dans le cyberespace (ComCyberGend) a été dissous en 2023 pour donner naissance à deux entités. D’une part, le Commandement du ministère de l’Intérieur dans le cyberespace (COMCYBER-MI), instance stratégique de niveau ministériel placée sous l’autorité du Directeur général de la gendarmerie nationale (DGGN), et d’autre part, l’Unité nationale cyber (UNCyber).

Renseignement, investigation et appui technique, les trois piliers de l’UNCyber

Intégrée à l’Unité nationale de police judiciaire (UNPJ) depuis le 1er septembre 2025, l’UNCyber s’est restructurée et compte aujourd’hui 110 personnels. Des compétences rares, telles que la lutte contre le blanchiment par crypto-actifs, initialement transférées au COMCYBER-MI, ont été réintégrées au sein de l’UNCyber. Le général Hervé Pétry, commandant l’UNCyber, explique également avoir fait 
le choix d’une restructuration autour d’un « noyau dur à Pontoise, organisé autour du triptyque Renseignement – Investigation – Appui technique, tant pour mener des investigations pour lutter contre la criminalité du haut du spectre que pour disposer de compétences techniques uniques et projetables en appui des unités ». L’UNCyber est aujourd’hui composée de trois divisions, fidèles à ce triptyque, visant à apporter une réponse globale et transverse dans la lutte contre le crime organisé.

Tout d’abord, la Division de l’animation, du renseignement et de la coordination (DARC) est spécialement en charge du renseignement, pierre angulaire permettant de casser les structures criminelles tous azimuts. Son ambition principale est de permettre à l’UNCyber de passer à une approche par ciblage (targeting) en se concentrant sur les auteurs et leurs plateformes, plutôt qu’uniquement sur la remontée des faits une fois qu’ils se sont produits. Grâce à la DARC, l’UNCyber dispose ainsi d’une « force d’anticipation », d’autant plus indispensable dans un espace où les réseaux criminels profitent de la complexité accordée par l’anonymat et l’absence de frontières spécifiques au cyberespace. Malgré cette difficulté, l’UNCyber a développé différents outils lui permettant de capter du renseignement, tant technique (groupe CERT-GN) qu’humain, grâce à son Groupe d’appui et de renseignements (GAR) qui agit en lien avec le Département informateurs et coordination des 
opérations (DICO). Enfin, le groupe « analyse synthèse » joue un rôle crucial d’aide à la décision et d’orientation stratégique en analysant les phénomènes criminels pour les comprendre et ainsi mieux les contrer, en s’appuyant notamment sur la base d’analyse sérielle Orion Cyber. « On ne peut agir dans le cyberespace sans renseignement et sans coopération internationale. C’est absolument indispensable », précise le commandant de l’UNCyber.

Le pilier « investigation » se matérialise quant à lui par la Division des opérations (D.O.), en charge des enquêtes de niveau national et international. Cette division se compose notamment d’un département dédié aux affaires financières et aux actifs numériques, comprenant un groupe « crypto » spécialisé dans la lutte contre le blanchiment via les cryptoactifs. Ce groupe a d’ailleurs joué 
un rôle clé lors de l’enlèvement de David Balland, cofondateur de la start-up Ledger, en janvier 2025. La D.O. intègre également un département consacré aux atteintes aux personnes, qui comprend le Centre national d’analyse des images pédopornographiques (CNAIP), dont l’action a directement contribué à la fermeture du site coco.gg, connu depuis de nombreuses années pour avoir facilité la commission de diverses infractions, notamment des actes de pédocriminalité, de proxénétisme, de prostitution, jusqu’à des faits de viols. En parallèle, un département est entièrement dédié à la lutte contre le crime organisé. Ce dernier combat aussi bien les Atteintes aux systèmes de traitement automatisé de données (ASTAD), avec une stratégie efficace contre les rançongiciels, comme en témoigne l’opération Cronos, que les trafics en ligne (armes, stupéfiants, usurpation d’identité), grâce à son groupe spécialisé dans la lutte contre les trafics sur le dark web. Le groupe « enquêtes complexes » s’attaque lui aux plateformes, aux outils et aux technologies utilisés par les organisations criminelles pour commettre des cyberattaques ou des délits traditionnels sur des vecteurs numériques. Son objectif est de frapper au cœur des infrastructures criminelles pour les priver de leurs outils. Parmi ses opérations marquantes figurent l’opération Prison Break, ciblant la téléphonie en milieu carcéral, ainsi que le démantèlement de Ghost, une solution de chiffrement employée par des organisations criminelles.

Le dernier pilier, « appui technique », se matérialise avec la Division technique (D.T.) de l’UNCyber. Du gendarme en unité élémentaire au directeur d’enquête sur un dossier du haut du spectre, la Division technique (D.T.) de l’UNCyber s’est structurée autour de trois composantes afin de fournir à chacun un appui transversal : une capacité de projection pour les opérations nécessitant des investigations cyber poussées, une capacité de développement afin de produire, à la demande du terrain, des outils qui facilitent le travail de l’enquêteur, et, enfin, une capacité d’appui dans le domaine des réquisitions adressées aux opérateurs de téléphonie et des services numériques (GUTI).

Plan Ambition cyber

À l’heure où 85 % des enquêtes judiciaires reposent sur des preuves numériques, selon la Commission européenne, il devient impensable pour un enquêteur de ne pas maîtriser le monde numérique. Le plan Ambition cyber, porté par la Direction générale de la gendarmerie nationale, s’inscrit dans ce cadre. « En intégrant l’expertise cyber au coeur de la lutte contre tous les phénomènes de délinquance, la gendarmerie reconnaît que le numérique n’est plus une spécialité à part, mais le terrain de jeu principal de toute la criminalité moderne », insiste le général Hervé Pétry.

Cette ambition se décline en deux axes. D’abord, une expansion significative des unités spécialisées : de douze antennes UNCyber, la gendarmerie est passée à vingt en 2025, avec l’ouverture de huit nouvelles antennes, notamment en outre-mer, et prévoit d’atteindre vingt-six implantations dès 2026. Ensuite, une montée en puissance inédite de la formation. Près de 10 000 cybergendarmes ont été formés à ce jour à l’Introduction aux cybermenaces (ICM), constituant ainsi une première ligne d’intervention locale de proximité pour mieux prendre en compte les victimes. Leur mission est essentielle car les premiers instants d’une enquête sont déterminants : poser les bonnes questions pour fonder les bases de l’enquête et extraire, puis figer les éléments de preuve numérique. Avec ce plan, l’Institution investit aussi dans l’expertise de haut niveau, avec pour objectif de porter le nombre de ses cyberenquêteurs de 350 à 1 000. Pour cela, elle a introduit le Diplôme technique cyber (D.T. Cyber), une formation d’un an au cours de laquelle les gendarmes se spécialiseront dans l’un des trois domaines clés suivants : l’investigation, le traitement de la preuve numérique et la science des données. Ce dispositif permet d’adapter les compétences des enquêteurs aux modes opératoires criminels, en mettant sur pied une force capable non seulement de réagir, mais aussi d’anticiper les futures menaces.


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