La téléphonie, arme et faiblesse de la criminalité organisée
- Par la capitaine Pénélope Grondel
- Publié le 19 janvier 2026

Face à des criminels toujours plus connectés et de mieux en mieux équipés pour protéger leurs communications, au travers de solutions de chiffrement et d’anonymisation, le monde de l’investigation a su changer de paradigme et s’adapter aux enjeux numériques imposés par la criminalité organisée.
Dans la plupart des enquêtes liées à la criminalité organisée, le smartphone est l’une des armes du crime. Mais cette arme peut se retourner contre les auteurs, car elle permet souvent aux enquêteurs de remonter jusqu’à eux.
Dans le langage des enquêteurs, la téléphonie regroupe les réquisitions, les écoutes et les géolocalisations. Ces techniques, autrefois coûteuses et réservées à des experts, sont aujourd’hui utilisées par des enquêteurs de tout niveau. Auparavant, il s’agissait uniquement de matérialiser les infractions et d’identifier les personnes à des fins probatoires, mais la téléphonie constitue désormais une véritable aide tactique pour orienter l’enquête.
La PNIJ : un système centralisé démocratisant le recours à la téléphonie
Créée en 2014, la Plateforme nationale des interceptions judiciaires (PNIJ) permet aux enquêteurs d’établir leurs réquisitions judiciaires dématérialisées à destination des opérateurs, de manière sécurisée. Cette plateforme offre la possibilité d’exploiter les données de connexion, d’identifier des numéros de téléphone, mais également de réaliser des investigations dites de « bornage » (identification de personnes sous relais au moment des faits).
Cette plateforme a fortement évolué et permet aujourd’hui d’offrir un catalogue de services complet, accessible depuis les ordinateurs de service ou les téléphones NEOGEND des gendarmes. Ces récentes avancées en font un outil incontournable, transformant la téléphonie en un levier de performance peu coûteux au service de l’élucidation des enquêtes. La PNIJ est aujourd’hui aussi bien utilisée pour une affaire de harcèlement en ligne prise en compte par une brigade de gendarmerie que pour le démantèlement d’un réseau de trafiquants de stupéfiants géré par une section de recherches.
L’utilisation des applications chiffrées signe-t-elle la mort de la téléphonie ?
L’utilisation des applications de messagerie chiffrée par l’ensemble de la population, à l’instar de WhatsApp, ainsi que la connaissance qu’ont les délinquants des capacités en matière d’investigation, ont mis en évidence les limites de la téléphonie. Premier constat : les gens ne se parlent plus par téléphone. Terminées, donc, les preuves obtenues grâce à des écoutes. Deuxième constat : le chiffrement, devenu systématique, éloigne toujours plus l’enquêteur du contenu des communications, rendant les données collectées inintelligibles.
Face à cette problématique, l’enjeu est de repenser les modes d’action numériques en identifiant les besoins de l’enquêteur, l’effet qu’il souhaite produire sur le terrain numérique ou sur son adversaire, pour ensuite opter pour la technique la plus adaptée à l’enquête. C’est dans cet esprit que le chef d’escadron Julien Lemercier, du Bureau stratégie innovation de la Sous-direction de la police judiciaire (SDPJ), a mis en place la Méthode d’analyse et d’utilisation de la donnée (MAUD), qui se veut être une approche systémique visant à traduire les comportements en traces numériques à collecter. Le monde physique et le monde numérique générant des effets l’un sur l’autre, cette démarche vise à repenser l’investigation numérique dans une approche globale, afin d’aider l’enquêteur à identifier les informations pertinentes dans tout ce champ numérique informationnel.
« On ne condamnera pas une personne sur la lecture d’une métadonnée, mais peut-être que nous prendrons la décision de réaliser l’interpellation domiciliaire si l’on arrive à démontrer que l’adversaire est connecté à son Wi-Fi », résume le chef d’escadron Lemercier.
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