La gendarmerie des transports aériens sur la piste des trafiquants
- Par Hélène THIN
- Publié le 20 janvier 2026
Tandis que de nombreux trafics illicites transitent par les aéroports français, dans un contexte de mondialisation accrue, la lutte contre la criminalité organisée représente un enjeu stratégique majeur pour la Gendarmerie des transports aériens (GTA).
Aéroport Paris-Charles de Gaulle – août 2025. Les militaires de la Section de recherches des transports aériens (SRTA) initient une enquête après la découverte de véhicules volés et maquillés, prêts à quitter le territoire français pour rejoindre l’étranger par voie aérienne. Les premières investigations font apparaître l’existence d’un réseau international de vol et recel de véhicules de luxe. Dérobés en Europe, notamment en Suisse et en Allemagne, avant d’être acheminés en France, les véhicules étaient ensuite exportés vers le Moyen-Orient, au départ de l’aéroport de Paris-Charles de Gaulle. Grâce à des investigations minutieuses ainsi qu’à l’appui des militaires du GIGN, les gendarmes de la SRTA parviennent à identifier les membres du réseau et à percer à jour leur mode opératoire. Ils localisent plusieurs garages par lesquels transitent les véhicules avant leur départ vers le Moyen-Orient. Le 19 août 2025, trois voitures s’apprêtant à quitter le territoire sont saisies sur instruction du parquet de Lyon, alors qu’elles se trouvaient chez le transitaire.
Le 29 septembre 2025, une opération judiciaire est menée dans le cadre d’une commission rogatoire, qui conduit à l’interpellation simultanée de six individus soupçonnés d’être mêlés à ce trafic, dont le préjudice est estimé à trois millions d’euros. Voiture, numéraire, matériel multimédia, munitions et objets de luxe sont également saisis lors des perquisitions.
Les 1er et 2 octobre, les suspects sont présentés au magistrat instructeur, puis mis en examen. Deux d’entre eux sont placés en détention provisoire. Les quatre autres sont placés sous contrôle judiciaire.
Cette affaire illustre l’activité de la Gendarmerie des transports aériens (GTA). Placée pour emploi auprès de la Direction générale de l’aviation civile (DGAC), cette formation spécialisée remplit des missions de sécurité et de sûreté au sein des aéroports, ainsi que de prévention et de constatation des incidents ou accidents aériens. Elle est également à la croisée de la lutte contre les utilisations et les survols illicites de drones civils.
Enfin, l’aviation étant le vecteur potentiel de nombreux trafics illicites, la lutte contre la criminalité organisée représente un défi majeur pour ces gendarmes, dans un pays comptant plus de 500 plateformes aériennes.
La SRTA au défi de la criminalité organisée
« En matière de lutte contre la criminalité organisée, nous concentrons notre action sur les affaires ayant un lien prédominant avec les aéroports ou pouvant mettre en péril la sécurité de l’aviation civile. Nous intervenons sur l’ensemble des plateformes métropolitaines et ultramarines, qui incluent les plus grands aéroports du pays, comme de très nombreux aérodromes secondaires. Notre spectre missionnel est extrêmement large. Il couvre toute l’aviation civile », explique la colonelle Delphine Christophe, commandante de la SRTA. Dotée d’une compétence nationale, l’unité est basée sur l’emprise de Paris-Charles de Gaulle, premier aéroport français, desservant quelque 300 destinations à travers le monde, et ayant accueilli 70,3 millions de passagers en 2024.
Composée de 55 personnels, la SRTA est structurée en trois divisions, dont l’une est dédiée à la lutte contre la criminalité organisée. Elle comprend également un détachement au sein de l’aéroport international de Marseille-Provence, ainsi que des groupes spécifiques, assurant un appui technique et tactique dans le cadre d’enquêtes complexes.
« Si la lutte contre le narcotrafic représente une part très importante de notre activité, notre action couvre un périmètre bien plus large. La criminalité organisée revêt de multiples formes », observe le lieutenant Jean-Philippe, chef de la Division contre la criminalité organisée au sein de la SRTA.
Compromission de bagagistes impliqués dans des vols, trafic de stupéfiants, escroqueries au détriment de compagnies aériennes, trafic de véhicules de luxe… les nombreuses affaires traitées au cours des derniers mois par la SRTA témoignent d’un large panel missionnel.
La lutte contre la compromission, axe clé de l’action de la GTA
Au vu de l’état et de l’évolution constante de la menace, ainsi que des enjeux qui coexistent dans les aéroports, la sûreté tient une place centrale. Dans ce vaste écosystème, où se côtoient une multitude d’intervenants, les agents de sûreté jouent un rôle crucial afin de garantir la sécurité des passagers, des équipages et des infrastructures. « Ces professionnels issus de sociétés privées sont chargés de l’application des mesures de sûreté, souligne la colonelle Christophe. La question de leur probité est donc incontournable, et constitue un axe majeur de notre action. Un agent se laissant soudoyer par une organisation criminelle pour faciliter le passage de produits stupéfiants est susceptible un autre jour de laisser passer des explosifs. »
La détection des marchandises illicites implique la vigilance constante des militaires de la GTA. « Les produits frauduleux peuvent se trouver aussi bien dans le fret que dans une valise ou sur une personne. Les possibilités sont nombreuses, indique le lieutenant-colonel Frédéric Colard, commandant en second de la SRTA. Difficile à introduire dans un aéroport, la marchandise illicite est théoriquement plus simple à faire sortir. »
En juin 2025, une vaste enquête conduite par les gendarmes de la SRTA, avec l’appui de militaires du Groupement de gendarmerie des transports aériens Nord (GGTAN), a permis le démantèlement d’un important réseau de trafic de cocaïne entre le Brésil et la France. L’affaire a mis en évidence la capacité des organisations criminelles à compromettre des agents aéroportuaires, notamment des cadres intermédiaires non connus de la Justice, afin de faire sortir de l’aéroport de Paris-Charles de Gaulle 20 à 50 kilos de cocaïne chaque mois, suivant un mode opératoire méthodique, combinant manipulation du fret et extraction de stupéfiants.
Une efficacité renforcée grâce à l’action conjointe de services partenaires
Quand les besoins de l’enquête le nécessitent, la SRTA s’appuie sur d’autres composantes de la GTA, telles que les Groupements de gendarmerie des transports aériens (GGTA) Nord et Sud, dont les Brigades de gendarmerie des transports aériens (BGTA) sont implantées au cœur des principaux aéroports. « Ces groupements disposent d’une parfaite connaissance du terrain et sont dotés de moyens spécifiques : pelotons de surveillance et d’intervention de gendarmerie, groupes d’investigations cynophiles… », souligne la colonelle Christophe.
Également sollicités par la SRTA, les enquêteurs spécialisés dans les technologies numériques de l’Unité nationale de police judiciaire (UNPJ) de la gendarmerie « apportent leur expertise, notamment pour l’extraction des données contenues dans les téléphones ou les ordinateurs des mis en cause, ou l’étude de métadonnées », précise le lieutenant Jean-Philippe.
En mai 2025, en co-saisine avec l’Office anti-stupéfiants (OFAST), la SRTA démantèle un réseau franco-canadien de trafic de cannabis, après la découverte quelques mois plus tôt de 550 kilos d’herbe de cannabis dans la zone de fret de l’aéroport de Paris-Charles de Gaulle. La drogue, en provenance du Canada, était acheminée en France par fret aérien.
« Certaines affaires nécessitent la mise en œuvre de techniques d’investigation plurielles, explique le lieutenant Jean-Philippe. La coopération avec ces unités partenaires nous permet de renforcer notre action face à l’adversaire. »
Régulièrement mobilisés, les Groupements de gendarmerie départementale (GGD) interviennent eux aussi à l’appui de la GTA, par la mise à disposition de divers moyens venant renforcer la capacité de montée en puissance des enquêteurs de la SRTA.
« Au vu de la dimension internationale de certaines affaires, la SRTA entretient également des contacts réguliers avec les différentes ambassades, comme avec Europol, précise la colonelle Christophe. Face à des délinquants habiles et usant de techniques toujours plus innovantes, les militaires de la SRTA sont amenés à faire preuve d’une adaptabilité constante. Chaque affaire répond à une stratégie d’enquête spécifique élaborée avec les magistrats, que nous mettons en œuvre grâce à l’appui des services partenaires. »
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