L’UNPJ renforce la mobilisation de la gendarmerie contre la criminalité organisée

  • Par la rédaction du site Gendinfo
  • Publié le 14 janvier 2026
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La création de l’Unité nationale de police judiciaire (UNPJ) s’inscrit dans l’ambition de la Gendarmerie nationale de renforcer sa mobilisation de longue date contre le fléau de la criminalité organisée, en apportant une impulsion supplémentaire, une réponse cohérente et coordonnée et un appui aux unités territoriales. Présentation par son commandant, le général de division Sylvain Noyau.

Mon général, pouvez-vous expliquer comment la criminalité a évolué ces dernières années et en quoi cette transformation nécessite une nouvelle réponse de la Gendarmerie nationale, notamment avec la création de l’Unité nationale de police judiciaire (UNPJ) ?

Pour comprendre la création de l’UNPJ, il faut effectivement prendre du recul et regarder l’évolution de la criminalité organisée. Au niveau national, européen et international, cette criminalité organisée s’est largement renforcée et adaptée. Elle est d’abord devenue protéiforme, même si la place occupée par le narcotrafic est évidemment majeure. Europol souligne que 70 % des groupes criminels sont présents sur plusieurs segments de la criminalité. Ensuite, elle est de plus en plus violente. Une violence désinhibée, comme on peut le constater sur le territoire national et à l’étranger. Elle est aussi plus puissante, avec des moyens financiers considérables qui cherchent à pénétrer l’économie légale, voire à l’utiliser. Enfin, elle a recours à tous les outils qui sont à sa disposition, comme les nouvelles technologies et l’intelligence artificielle. Ses modes opératoires, notamment dans le domaine du blanchiment, sont de plus en plus élaborés, ce qui vient forcément complexifier nos enquêtes.

La criminalité organisée a donc significativement évolué, et s’est déportée en dehors des zones urbaines, où elle était auparavant principalement installée. Tout en demeurant dans les villes, on constate qu’elle a également gagné les territoires qui constituent les zones de responsabilité de la Gendarmerie nationale : les zones périurbaines, les villes moyennes et les zones rurales. Aujourd’hui, on considère, notamment dans le domaine du trafic de stupéfiants, que plus aucun territoire n’est épargné. 

C’est pour répondre à ces évolutions que le Directeur général de la gendarmerie nationale (DGGN) a décidé, sous l’impulsion du ministre de l’Intérieur, la création de l’UNPJ. Il était en effet nécessaire de nous adapter à cette menace.

Comment est composée et structurée cette UNPJ ?

Avec l’UNPJ, le DGGN a souhaité que nous soyons en mesure d’apporter une réponse globale, ce qui constitue une condition d’efficacité essentielle face à la criminalité organisée complexe, notamment pour démanteler les réseaux dans la profondeur. Cette réponse globale repose sur trois piliers : le renseignement, les investigations et les appuis, principalement criminalistiques. Cela fait de l’UNPJ un modèle unique et innovant. L’UNPJ regroupe sous un même commandement l’ensemble des unités de gendarmerie disposant d’une compétence nationale dans le domaine de la police judiciaire. Ces huit formations sont le Service central de renseignement criminel de la gendarmerie nationale (SCRCGN), l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN), l’Unité nationale cyber (UNC), l’Unité nationale d’investigation (UNI), ainsi que les quatre offices centraux, de lutte contre la délinquance itinérante (OCLDI), le travail illégal (OCLTI), les atteintes à l’environnement et à la santé publique (OCLAESP), et les crimes contre l’humanité et les crimes de haine (OCLCH). Le dispositif est par ailleurs complété par un état-major opérationnel, la Division des opérations (D.O.). Véritable centre de gravité, cette D.O. anime l’ensemble de l’activité et garantit le lien entre l’échelon central et les unités sur le terrain. Ce sont ainsi 1 100 gendarmes qui peuvent s’appuyer sur 200 réservistes identifiés pour leurs compétences particulières.

Le dispositif permet ainsi à l’UNPJ de se positionner sur le socle de trois piliers que j’évoquais. Le renseignement est fondamental pour cartographier la menace, mieux connaître les structures criminelles et comprendre leurs modes opératoires. C’est le rôle du SCRC, mais aussi celui des unités d’enquête, et tout spécialement des offices centraux dans leur domaine de compétences, avec également l’appui de la Sous-direction de l’anticipation opérationnelle (SDAO) de la Direction générale de la gendarmerie nationale (DGGN) et de la chaîne du renseignement.

L’investigation repose sur nos quatre offices centraux, sur l’UNC et sur l’UNI, qui est une unité nouvelle, une section de recherches nationale en quelque sorte, qui compte 50 enquêteurs, l’objectif du DGGN étant une trajectoire vers un effectif de 200 personnels.

Enfin, si l’appui judiciaire est la mission principale de l’IRCGN, avec la criminalistique, les sciences forensiques et l’expertise numérique, c’est aussi une mission dévolue aux autres unités, qu’il s’agisse des offices centraux, de l’UNC, du SCRC, et bien sûr de la D.O., par exemple au travers de la mise en œuvre des techniques spéciales d’enquête.

Dans le même temps, plusieurs de ces unités se sont réorganisées pour une meilleure prise en compte de la criminalité organisée. Je pense notamment à l’UNC, avec la création d’une division de l’animation, du renseignement et de la coordination, ou au SCRC, qui a très sensiblement renforcé sa division du renseignement et largement développé son pôle ciblage.

Quel est l’objectif poursuivi par la Gendarmerie nationale et son directeur général avec la création de cette unité ?

Il y a en réalité trois objectifs complémentaires. Le premier consiste en un changement de stratégie dans l’exercice de la police judiciaire, qui doit davantage reposer sur l’initiative, être plus offensive et appréhender différemment ces groupes criminels qui sont plus puissants, plus difficilement saisissables. L’UNPJ doit être l’incubateur de cette nouvelle manière de travailler pour, déjà, se l’approprier totalement, et ensuite accompagner toutes les unités de gendarmerie du territoire afin qu’elles intègrent à leur tour cette nouvelle méthode. Celle-ci peut être résumée en une phrase : plutôt que de partir, comme on le faisait jusque-là, du crime pour remonter au criminel, on part du criminel pour arriver au crime. Cela nécessite un important travail d’anticipation, une analyse fine de l’état de la menace et des flux financiers, une connaissance des structures criminelles sur chaque territoire, une maîtrise des procédures judiciaires, ainsi que de nombreux échanges avec les magistrats. On ne va pas attendre que ces structures criminelles commettent des faits pour enquêter, mais on va travailler sur ces structures criminelles pour anticiper la commission d’infractions et interpeller au plus tôt. L’autre intérêt réside dans le fait que, quand on travaille sur les structures criminelles, on a une vue beaucoup plus globale. On « dézoome » en quelque sorte. Quand vous enquêtez sur un fait, vous êtes concentré sur ce fait. Quand vous travaillez sur la structure criminelle, cela vous permet de mieux comprendre l’économie de la structure, de déceler où sont ses éventuelles vulnérabilités, et peut-être de l’attaquer sous ces angles, afin de mener des enquêtes plus rapides et plus efficaces. Autre avantage, les structures criminelles étant fortement liées entre elles, par exemple par des réseaux de blanchiment ou logistiques, cela permet de révéler d’autres organisations. 

Deuxième objectif : une profonde réforme de structure. Auparavant, et ceci est lié à l’histoire de la construction de la gendarmerie, les huit unités que j’évoquais étaient placées sous des commandements différents les uns des autres. Nous avions besoin de regrouper ces moyens pour mieux les mutualiser, mieux les engager, mieux les coordonner, et ainsi gagner en cohérence. Cela nécessitait de les placer sous un même commandement. Comme je le précisais, la lutte contre la criminalité organisée nécessite une approche globale, intégrant aussi bien du renseignement criminel, de l’investigation, de l’expertise numérique, etc. Quand toutes ces expertises et ces compétences sont placées sous l’autorité d’un même commandement, c’est plus facile de les engager. La coordination très étroite que l’UNPJ a simultanément développée avec le GIGN, pour profiter de son haut niveau d’expertise en observation-surveillance et pour les interventions, vient naturellement compléter ce dispositif. L’UNPJ sera ainsi un point de contact national mieux identifié. D’abord pour les unités territoriales de gendarmerie. Ce ne sera pas un échelon qui viendra alourdir le dispositif, mais qui sera au contraire à l’écoute, très réactif par rapport aux demandes du terrain, et également proactif. La D.O., pour partie directement imbriquée au sein du Centre national des opérations (CNO) de la DGGN, est en mesure, lorsqu’une information judiciaire remonte, de prendre contact avec l’unité saisie, de proposer immédiatement un appui, de signaler qu’une autre unité travaille sur un fait similaire, afin qu’elles entrent en relation pour voir comment le dossier a été traité et, s’il y a un lien, effectuer des rapprochements, détecter éventuellement un phénomène émergent sur lequel il faudrait avoir une vigilance particulière, et l’attaquer sans attendre qu’il prenne une ampleur démesurée.

L’UNPJ sera également le point de contact des autres acteurs nationaux, comme l’État-major de lutte contre la criminalité organisée (EMCO) et les juridictions de niveau national : les Juridictions interrégionales spécialisées (JIRS), la Juridiction nationale de lutte contre la criminalité organisée (JUNALCO) et le futur Parquet national anticriminalité organisée (PNACO), qui verra le jour au début du mois de janvier 2026. Nous avons beaucoup échangé avec les magistrats depuis le mois de janvier 2025 dans le cadre de la préfiguration de l’UNPJ, afin de comprendre quels étaient leurs besoins et leurs attentes. Nous avons notamment travaillé avec la Conférence des procureurs et des procureurs généraux pour bien expliquer notre projet.

Enfin, l’UNPJ est le point de contact au niveau européen et international pour tout ce qui concerne le volet opérationnel, l’action des réseaux criminels dépassant largement le seuil de nos frontières.  

Le troisième objectif poursuivi par le directeur général, c’est que l’UNPJ soit une unité d’appui aux unités de terrain et une unité d’animation de la police judiciaire pour la gendarmerie au niveau national. Ce n’est pas un service qui a vocation à traiter seul les investigations judiciaires. Cela pourra arriver bien sûr, sur le très haut du spectre ou sur des dossiers très particuliers, mais ce n’est pas l’objectif, qui est de développer des expertises et des compétences au profit des unités de terrain. On met à leur disposition des capacités, qu’il s’agisse d’analystes criminels, de spécialistes cyber, d’enquêteurs spécialisés dans certains domaines, d’experts, en fonction des contentieux. Ces appuis peuvent ne concerner qu’une seule entité de l’UNPJ, mais le plus souvent, ils s’inscrivent dans une approche globale, afin de mutualiser plusieurs expertises. Si les unités territoriales ne sollicitent pas elles-mêmes cet appui, nous serons alors force de proposition.

Il est important de noter que l’UNPJ, qui est positionnée sous l’autorité du Directeur général de la gendarmerie nationale (DGGN), est placée pour emploi sous l’autorité du Directeur des opérations et de l’emploi (DOE), ce qui montre bien que ce commandement est une brique parmi toutes les autres pour lutter contre la criminalité organisée, et qu’elle va profiter de l’action de tous les gendarmes.

Comment sera engagée l’UNPJ ?

L’engagement se fait à la demande des autorités judiciaires, des unités de la gendarmerie ou d’initiative. La cosaisine est très clairement le mode d’action privilégié, sans d’ailleurs revendiquer la direction des enquêtes, sauf dans des cas particuliers comme une enquête sur un phénomène national. Les enquêteurs au niveau territorial sont très compétents. Ils possèdent une réelle expertise, la connaissance du terrain, des magistrats et des partenaires. L’appui de l’UNPJ est complémentaire, par exemple pour les conseiller sur une stratégie d’enquête. Au-delà, les appuis peuvent prendre différentes formes. Cela peut être sur du temps long -trois, six mois-, pour démanteler un réseau, comme on vient de le faire récemment avec l’envoi de dix enquêteurs au profit d’une unité de recherches du sud de la France, afin de travailler sur une structure criminelle liée au narcotrafic. Cela peut aussi être un appui ponctuel, sur un enlèvement séquestration ou sur une traque par exemple, nécessitant des moyens immédiats. On sera en mesure d’envoyer une sorte de « boule de feu », avec 50, voire 100 enquêteurs s’il le faut, en coordination avec le GIGN et naturellement avec le CNO pour la planification, la conduite et le suivi d’opérations complexes. Ces deux types d’engagement pourront bien sûr avoir lieu en métropole comme en outre-mer.

L’une des clés de cette lutte contre la criminalité organisée, comme vous l’avez évoqué, c’est la synergie entre renseignement et renseignement criminel. Comment améliorer cette synergie ?

Ces dernières années, l’accent a été mis sur l’investigation, sur les appuis, mais on n’a peut-être pas toujours mesuré combien le renseignement est indispensable et doit être développé pour identifier et comprendre les phénomènes criminels, afin de débuter les enquêtes d’initiative, sans être obligé de partir de la commission d’un fait. Les sources de renseignement sont multiples : renseignement obtenu par le traitement de données de masse, pour lequel on aura besoin d’intelligence artificielle ; renseignement humain, notamment avec nos informateurs, volet fondamental dans la lutte contre la criminalité organisée ; renseignement issu des procédures judiciaires ou d’échanges avec les partenaires et les autorités judiciaires ; et enfin renseignement administratif.

L’ensemble permet d’obtenir une cartographie de la criminalité. On voit des groupes criminels apparaître, on identifie que tel groupe criminel a manifestement une envergure, une capacité financière, une capacité de nuisance, une mainmise territoriale supérieures aux autres. Et c’est ce groupe criminel qu’on va attaquer en premier, au travers de premières investigations.


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