L’OCLDI de Senlis face aux réseaux criminels itinérants
- Par Hélène THIN
- Publié le 20 janvier 2026
Créé en 2004, l’Office central de lutte contre la délinquance itinérante (OCLDI) réalise chaque année près d’une centaine d’enquêtes ciblant plus spécifiquement les groupes criminels organisés issus des gens du voyage, ainsi que les groupes criminels organisés et itinérants provenant pour l’essentiel d’Europe de l’Est et de la zone des Balkans. Rencontre avec l’adjudant Jérôme, enquêteur au sein du détachement de Senlis.
Située à une cinquantaine de kilomètres au nord de Paris, la commune de Senlis, dans l’Oise, accueille l’un des cinq détachements de l’Office central de lutte contre la délinquance itinérante (OCLDI), créés à partir de 2017 à l’appui de l’échelon central, afin de répondre aux défis posés par l’évolution de la délinquance itinérante. Né en 2022, après ceux de Lyon, Nancy, Rennes et Toulouse, le détachement de Senlis couvre la région des Hauts-de-France. Traversé par l’autoroute A1, voie routière la plus fréquentée de France et d’Europe, reliant Paris à Lille, le territoire est le théâtre de vols de fret quotidiens. « C’est l’un des axes principaux de notre action, souligne le capitaine (CNE) Christophe Rosoli, commandant du détachement de Senlis. Nous traitons de faits relevant de la criminalité organisée du haut du spectre, impliquant des équipes d’envergure, usant de modes opératoires complexes ou revêtant une dimension internationale. »
Sur un territoire comptant par ailleurs deux Sections de recherches (S.R.), à Lille et Amiens, ainsi qu’une Juridiction inter-régionale spécialisée (JIRS), la création d’un détachement de l’OCLDI a permis de renforcer la présence et l’action de l’État face au durcissement des enjeux. « La criminalité organisée est devenue très évolutive. Elle n’est plus réservée aux seuls groupes disposant d’une structure solide. Des malfaiteurs de moyen calibre parviennent aujourd’hui à s’organiser avec les moyens technologiques auxquels ils ont accès », ajoute le CNE Rosoli. Outre son commandant, le détachement de Senlis compte neuf enquêteurs, parmi lesquels l’adjudant Jérôme, premier à avoir rejoint l’unité.
Du PSIG à l’OCLDI
Entré en gendarmerie en 2006 en qualité de Gendarme adjoint volontaire (GAV), l’adjudant Jérôme débute sa carrière au sein du Peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie (PSIG) de Saint-Saturnin-lès-Apt (Vaucluse), où il sert durant trois ans. En 2009, après sa réussite au concours de sous-officier, il intègre l’École de gendarmerie de Montluçon (Allier). Il rejoint par la suite les rangs de la gendarmerie mobile, où il exerce au sein de l’escadron de Mirande (Gers), puis de celui de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). En 2015, il choisit de rejoindre la gendarmerie départementale, et intègre la Brigade de proximité (B.P.) de Romagnat (Puy-de-Dôme). Il passe alors l’examen d’Officier de police judiciaire (OPJ).
Fort de cette nouvelle qualification, il est détaché au profit de la Brigade de recherches (B.R.) de Clermont-Ferrand. « J’ai eu l’opportunité et la chance d’intégrer un Groupe d’enquête et de lutte anti-cambriolages (GELAC). J’ai alors découvert une nouvelle thématique. Outre mon intérêt marqué pour la lutte contre les atteintes aux biens, j’ai beaucoup apprécié le travail d’investigation sur le terrain, couplé à la pratique de la procédure pénale », confie-t-il. Après deux années au service de la lutte anti-cambriolages, l’adjudant Jérôme met le cap sur la B.R. d’Yssingeaux (Haute-Loire). Mais très vite s’impose à lui l’idée d’intégrer l’OCLDI. « Aussi, lorsque le détachement de Senlis s’est ouvert en février 2022, j’ai immédiatement postulé ! »
C’est ainsi qu’il rejoint l’équipe du capitaine Rosoli, nouvellement nommé à la tête de cette unité, après trente années de service en gendarmerie, dont 24 en unités de recherches.
Un large panel d’infractions
« Ma mission s’inscrit dans le cadre de la lutte contre des groupes criminels spécialisés dans le domaine des atteintes aux biens, qui agissent en équipes structurées et itinérantes, explique l’adjudant Jérôme. Les enquêtes liées aux vols de fret de haut niveau ciblant des camions transitant par l’autoroute A1 constituent une large part de mon activité. »
Si près de 2 000 vols de fret sont recensés chaque année en zone gendarmerie sur le territoire français, dont 75 % surviennent la nuit, principalement sur les aires d’autoroutes, la région Hauts-de-France est particulièrement impactée. Ces vols, lorsqu’ils sont le fait de structures criminelles organisées, représentent pour les victimes d’importants préjudices financiers, s’élevant parfois à plusieurs millions d’euros. « Les distributeurs automatiques de billets sont également la cible privilégiée de ces délinquants. Commises à l’aide de produits explosifs ou de mélange gazeux, ces attaques connaissent aujourd’hui un recul, en raison notamment de l’arrestation de plusieurs groupes criminels. »
Les mafias des pays de l’Est sont une autre cible prioritaire des enquêteurs de l’OCLDI. « Très structurés et polycriminels, ces groupes s’appuient sur des surveillants basés en France, détenant la responsabilité d’une structure territoriale et encadrant les équipes de voleurs. Constituant un maillon central dans l’organisation, les surveillants font le lien entre la tête et la base de la structure. Ces groupes, pour la plupart issus de la communauté géorgienne, commettent tous types d’infractions de petite et moyenne délinquance : cambriolages, vols à l’étalage, contrebande de cigarettes ou escroqueries, observe le CNE Rosoli. Notre action englobe également d’autres faits de délinquance, dès lors que nous sommes face à une équipe organisée et au facteur de sérialité. Nous traitons ainsi, par exemple, les vols avec violence commis au domicile des victimes. »
Les enquêteurs du détachement de Senlis interviennent en outre régulièrement en appui des unités de recherches de la Région de gendarmerie des Hauts-de-France, auxquelles ils apportent une plus-value dans le cadre de dossiers complexes.
La lutte contre la criminalité organisée implique plus que jamais l’instauration d’une coopération internationale efficiente, en raison de l’origine des groupes criminels et de l’internationalisation des filières d’écoulement des marchandises, ainsi que des opérations de blanchiment. Face à cette menace, principalement européenne, l’OCLDI s’appuie sur des dispositifs de coopération indispensables à son action. « Nous travaillons notamment avec des officiers de liaison étrangers rattachés à l’échelon central, qui disposent d’une excellente connaissance du pays qu’ils représentent et facilitent l’accès à l’information, souligne l’adjudant Jérôme. Nous pouvons dans certains cas être amenés à monter une équipe commune d’enquête avec une force de police étrangère, comme ce fut le cas récemment avec la Police judiciaire fédérale de Bruxelles. Les partenariats de ce type sont toujours fructueux et très enrichissants. »
« Chaque réussite est collective »
Doté de près de 120 militaires, d’une dizaine de policiers et d’officiers de liaison, l’OCLDI dispose de diverses capacités dans le champ du renseignement criminel, de l’investigation, de l’observation-surveillance et de la coopération internationale. « Nous nous appuyons sur ces différentes spécialités, explique le CNE Rosoli. Bien que les enquêteurs de Senlis aient reçu des formations spécifiques, nous collaborons dans le cadre de certaines enquêtes avec le Groupe d’observation et de surveillance (GOS) ou le Groupe d’appui renseignement (GAR), tous deux rattachés à l’échelon central. Nous avons aussi recours à l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN) ou aux S.R. pour ce qui concerne les investigations cyber. »
À l’instar de ses camarades, l’adjudant Jérôme a suivi le stage « Enquêteur » obligatoire, puis celui d’« enquête complexe ». « J’ai également reçu une formation " filature", l’observation-surveillance représentant une part importante de mon activité. » Aussi technique qu’exigeante, cette mission est incontournable. Elle permet à la fois de matérialiser les infractions, d’identifier et de localiser leurs auteurs, tout en fournissant des informations capitales quant aux modes opératoires qui sont utilisés.
« Enfin, j’ai été formé à la gestion des sources humaines de renseignement, fonction sensible et stratégique. Dans un milieu en perpétuelle évolution, la formation est essentielle afin d’adapter notre action face à un adversaire particulièrement agile et aguerri. La maîtrise de compétences spécialisées et l’intensité de l’engagement requièrent une grande exigence. La diversité de nos missions et notre force de projection rendent quant à elles l’exercice du métier passionnant. Le travail et l’esprit d’équipe tiennent une place fondamentale. Chaque réussite est collective ! »
Contacter la gendarmerie
Numéros d'urgence
Ces contenus peuvent vous intéresser
Sommet du G7 : retour sur l’engagement massif de la Gendarmerie nationale
Le sommet du G7 qui s’est déroulé à Évian-les-Bains,...
Article
Sommet du G7 : le ciel sous haute surveillance
La manœuvre de sécurisation du sommet du G7 se déclinait à...
Article
Sommet du G7 : escortes et viabilité des axes, éléments-clés de la séquence diplomatique
Qui dit sommet international, dit escortes de délégations et donc...
Article
Sommet du G7 : le lac, enjeu majeur
La manœuvre de sécurisation du sommet du G7 se conduit à terre,...
Article





