L'EMCO : tour de contrôle de la lutte contre la « crimorg »
- Par la lieutenante Floriane Hours
- Publié le 13 janvier 2026
Inscrit dans la proposition de loi contre le narcotrafic, adoptée définitivement par le Parlement en avril 2025, l’État-major de lutte contre la criminalité organisée se veut « la tour de contrôle » de la lutte contre la criminalité organisée.
Inauguré le 14 mai 2025, l’État-major de lutte contre la criminalité organisée (EMCO) a pour vocation de regrouper toutes les forces de l’État, notamment les services de renseignement et les services d’enquête. Installée dans les locaux de la Direction nationale de la police judiciaire (DNPJ), cette entité interministérielle est composée de gendarmes et de policiers chargés de favoriser le partage de renseignements dans le domaine de la lutte contre la « crimorg ».
Concrètement, cette mission repose sur trois leviers d’action majeurs. Le premier est la centralisation et le partage des informations et des analyses. Grâce à sa capacité de consultation simultanée et permanente des bases de données des services membres, l’EMCO est en mesure d’enrichir les dossiers administratifs ou judiciaires. La structure apporte également une réponse aux demandes d’évaluation transmises par les services d’enquêtes sur leur initiative et le criblage qu’il réalise peut mettre au jour des intérêts partagés par plusieurs services. Le deuxième levier de mission de l’EMCO est d’assurer une coordination opérationnelle. Via la centralisation de l’information, l’EMCO permet de vérifier la cohérence des différentes stratégies d’entrave, notamment administratives et judiciaires, sur un même objectif. Cet État-major peut à ce titre contribuer à l’élaboration de stratégies d’entrave diversifiées et complémentaires. Enfin, le troisième et dernier est l’enrichissement de l’évaluation globale de la menace avec la création d’analyses et de rapports participant notamment directement à la mise en exergue de phénomènes émergents. « Cette structure permet aux unités judiciaires comme aux services de renseignement d’obtenir un regard à 360° sur leurs objectifs ou sur des éléments identifiables », explique le lieutenant-colonel Vincent Pardonneau, adjoint, au côté d’un personnel de la DNRED, de la cheffe de l’EMCO, la commissaire Sandrine Desliard, ancienne coordinatrice auprès du directeur national adjoint chargé des opérations de la DNPJ. « L’EMCO va ainsi, dans des délais brefs, enrichir les éléments d’enquête, tout en favorisant une prise de hauteur sur le dossier, et en signalant également les connexions avec des investigations conduites par d’autres unités. Lorsqu’ils conduisent leurs enquêtes, les offices et les unités judiciaires n’ont parfois qu’une vision partielle ou parcellaire du réseau criminel auquel ils s’attaquent. Lorsque nous regroupons les renseignements de chaque service de l’EMCO, nous reconstituons un puzzle. En effet, chaque service détient une ou plusieurs pièces, qui une fois réunies au sein de la structure permettent de reconstituer l’image globale du réseau criminel, en favorisant, je l’espère, la découverte d’éléments déterminants. Par ailleurs, en raison de son positionnement, l’EMCO contribue à l’analyse de la menace et sera en mesure de contribuer aux propositions de stratégies d’entrave. »
Quinze opérateurs
Pour réaliser cette mission, l’EMCO est composé, en plus de ses trois cadres, de quinze opérateurs représentant l’ensemble des services judiciaires, avec l’OLTIM, la PJPP, l’ONAF, la DGDDI, la SDPJ, ainsi que des services de renseignement, avec la DGSI, la DGSE, la DNRT, la DRPP, Tracfin, la DNRED, la SNRP et deux gendarmes de la SDAO et du SCRC. Au niveau de la gendarmerie, l’Unité nationale de police judiciaire (UNPJ) est, depuis sa création le 1er septembre 2025, l’interlocuteur direct de l’EMCO.
Une réorganisation complète qui illustre une volonté de l’État de lutter plus efficacement contre la criminalité organisée. « L’idée est vraiment d’aller chercher, de judiciariser les têtes de réseaux. [...] C’est comme ça qu’on arrivera à faire du résultat. Ce sera long, ce sera difficile, mais on y arrivera », avait conclu le ministre de l’Intérieur de l’époque, Bruno Retailleau, lors de l’inauguration de cet état-major.
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