L'appui technique et scientifique de l'IRCGN
- Par le chef d'escadron Romain Bastet
- Publié le 13 janvier 2026
L’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN), pôle d’excellence en sciences forensiques dont l’expertise est reconnue à l’international, rassemble plusieurs capacités et technicités indispensables dans la lutte contre le crime organisé, projetables en tout point du territoire, y compris ultra-marin.
Intégré à l’Unité nationale de police judiciaire (UNPJ) depuis le 1er septembre 2025, l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN) s’inscrit totalement dans la stratégie déclinée par le Directeur général de la Gendarmerie nationale (DGGN) pour lutter contre le crime organisé. Le succès des enquêtes repose sur la complémentarité des expertises de l’IRCGN engagées côte à côte sur une même scène de crime pour que chaque trace analysée, de l’ADN aux données balistiques, participe à la manifestation de la vérité. Focus sur cinq des nombreuses expertises qui agissent contre la criminalité du haut du spectre, conçues comme des capacités agiles, projetables et réactives pour l’orientation immédiate des investigations sur le terrain.
Enquête criminelle et traçabilité de véhicules
Le véhicule est un témoin qui enregistre tout, ou presque. Le département véhicules joue ainsi un rôle déterminant dans l’analyse des moyens de transport utilisés par les filières criminelles. Pour les experts de ce département, chaque véhicule impliqué dans une affaire est un écosystème de preuves potentielles pouvant permettre d’identifier les occupants, voire, dans le cadre du crime organisé, de reconstituer la composition d’un groupe criminel. Pour eux, nul besoin de retrouver un véhicule intact pour obtenir des réponses. Les experts du département véhicules peuvent identifier un modèle précis à partir d’éléments très partiels, parfois dans le seul temps de la flagrance : une photo floue, un extrait de vidéosurveillance, une trace de peinture ou un simple débris abandonné sur une scène de crime, sans parler de la technologie embarquée dans les nouveaux véhicules. En 2024, le département véhicules a été saisi sur près de 4 500 dossiers.
La chimie, arme scientifique contre le narcotrafic
La lutte contre le trafic de stupéfiants ne se joue pas uniquement sur le terrain, mais aussi dans les laboratoires. Le travail du département toxicologie stupéfiants ne se limite pas à la détection puis l’analyse des drogues retrouvées, mais s’inscrit également avec une logique d’innovation. Le profilage chimique est l’une des méthodes utilisées par les experts de l’IRCGN leur permettant de révéler la signature chimique de la cocaïne et de l’héroïne à partir de leurs impuretés (issues de la plante d’origine ou de la synthèse), un procédé utilisé pour lier différents lots de stupéfiants saisis et remonter les filières. Le département va plus loin : il cherche désormais à développer une méthode qui permettra de déterminer l’origine géographique de la cocaïne. L’intérêt est réel en ce qu’il permet d’obtenir des renseignements cruciaux sur les réseaux criminels internationaux et leurs routes logistiques.
Génétique et crime organisé
À l’IRCGN, les experts de la Division criminalistique biologie génétique (DCBG), chargés de l’analyse des traces biologiques et génétiques prélevées, contribuent aussi à lutter contre le crime organisé. Près d’un tiers des saisines de la division concernent d’ailleurs des réseaux criminels structurés. L’étude de ces traces permet non seulement de confondre les auteurs, mais aussi de relier entre elles des affaires en apparence distinctes, offrant une vision plus globale des réseaux. Face à des délinquants de plus en plus précautionneux, l’innovation est un facteur clé. Dans ce cadre la division biologie génétique travaille, entre autres, sur une meilleure détection des traces sur les scènes de crime et les scellés afin de mieux cibler les zones où se trouve l’ADN et optimiser les prélèvements. « Aujourd’hui, une microtrace biologique invisible à l’œil nu peut suffire. Les experts sont capables de travailler à partir de quelques picogrammes d’ADN seulement, soit un millième de milliardième de gramme », précise un expert de l’IRCGN.
Le crime organisé dans le viseur de la balistique
L’expertise du département balistique pour les armes traditionnelles que l’on retrouve sur le territoire national n’est plus à prouver. Mais les experts de l’IRCGN ont également développé une expertise liée aux ghost guns, particulièrement prisés par la criminalité du haut du spectre en quête de clandestinité. Ils en distinguent deux grandes catégories : d’une part, les armes de fabrication artisanale – parmi lesquelles celles issues de l’impression 3D –, et d’autre part, les armes produites industriellement mais dépourvues de toute traçabilité. Pour preuve, en février 2024, l’analyse conduite par le département a contribué au démantèlement d’une filière criminelle détenant un arsenal composé de sept armes imprimées en 3D, onze armes de poing, treize armes d’épaule et plusieurs dizaines de pièces détachées. Le département balistique, c’est aussi plus de 1 300 dossiers traités en 2024, dont une grande partie en lien avec la criminalité organisée, en laboratoire et directement sur le terrain.
Produits de marquage codés : la preuve invisible
Invisibles à l’oeil nu et détectables grâce à un éclairage spécifique, les Produits de marquage codés (PMC) permettent d’identifier rapidement des objets, des billets ou des vêtements, et de relier ces biens à leurs propriétaires ou aux criminels grâce un à code unique un milliard de fois plus fort qu’un profil génétique. Ses caractéristiques rares en font un outil redoutable, notamment pour lutter contre les agissements criminels organisés. Après avoir créé en 2019 son unité d’expertise en PMC, la gendarmerie est aujourd’hui la seule à posséder l’ensemble des chaînes analytiques, chimiques et biologiques de ces PMC. En 2024, l’IRCGN a traité plus de 330 saisines utilisant cette technologie, dont près de la moitié dans le temps de la garde à vue. Parmi elles, une affaire de vols en réunion, portant sur plus de 148 faits et un préjudice supérieur à un demi-million d’euros, a pu être résolue grâce à la précision des PMC, qui ont permis de relier les objets saisis aux infractions commises.
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