Europol et Interpol : deux agences au service des enquêteurs du monde

  • Par la lieutenante Floriane Hours
  • Publié le 13 janvier 2026
© Florian Garcia

L’une agit au niveau mondial, l’autre au niveau européen, chacune de façon différente mais toutes deux avec le même objectif : faciliter et renforcer la coopération entre les forces de sécurité intérieure de différents pays pour lutter contre la grande criminalité.

Créée le 7 septembre 1923 à Vienne, l’Organisation internationale de police criminelle (OIPC), plus connue sous le nom d’Interpol, est une organisation intergouvernementale réunissant les polices de tous les pays du monde (à l’exception de la Corée du Nord et du Tuvalu). Souvent méconnue, elle est régulièrement confondue avec une autre agence, celle d’Europol, créée le 1er juillet 1999. Deux entités complémentaires afin de lutter à tous les niveaux contre le fléau de la criminalité organisée.

Europol : au cœur de la coopération européenne

Basée à La Haye, aux Pays-Bas, l’agence Europol est dirigée depuis mai 2018 par une directrice exécutive, Catherine De Bolle. Elle est composée de trois grandes directions : celle des opérations (commandée par Jean-Philippe Lecouffe, ancien général de gendarmerie), comprenant toutes les entités opérationnelles ; celle de la gouvernance, représentant, entre autres, le département légal, qui gère notamment les partenariats avec les pays hors U.E. ; et ; enfin ; celle des capacités, qui gère entre autres l’administration et les infrastructures techniques, en particulier la plateforme SIENA (Secure Information Exchange Network Application, ou application sécurisée d’échange d’informations). 

Agence européenne de portée internationale, Europol regroupe les forces de sécurité intérieure des 27 pays de l’Union européenne (U.E.), mais coopère également, au niveau opérationnel ou stratégique, avec d’autres États hors U.E., comme l’Australie, le Brésil, l’Équateur, la Colombie, le Canada, la Norvège, les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Ukraine, la Géorgie, la Moldavie, la Suisse ou encore, avec une ouverture plus restreinte à ces données, aux Émirats arabes unis, à la Chine et à la Turquie. Ce « bouclier sécuritaire » a dans sa ligne de mire les réseaux criminels sévissant dans plusieurs pays du territoire européen sur les sujets de terrorisme, pédophilie, trafics internationaux de stupéfiants et d’armes, fraude organisée, contrefaçon et blanchiment d’argent, ainsi que les vols qualifiés et les vols aggravés, et, depuis quelques années, les menaces liées à la cybercriminalité, à la traite des êtres humains (y compris au travers de l’exploitation par le travail) ou encore à la criminalité environnementale. 

Siège d'Europol à La Haye, Pays-Bas

© DICOM

Pour agir concrètement contre ces menaces, Europol met à disposition des pays de nombreux rapports et évaluations, dont le SOCTA (Serious and Organised Crime Threat Assessment), bilan d’observation approfondie des menaces criminelles. Réalisé tous les quatre ans, il fixe les grandes tendances de la criminalité et sert de base à l’identification des priorités stratégiques du cycle EMPACT (European Multidisciplinary Platform Against Criminal Threats), la plateforme européenne multidisciplinaire contre les menaces criminelles. L’agence assure également, auprès de tous les pays partenaires, un rôle de centre d’appui aux opérations des services répressifs et un rôle de centre névralgique d’échange d’informations sur les activités criminelles. Elle met par ailleurs à la disposition des polices de chaque pays de nombreux experts, comme des analystes criminels (Anacrim), dans différents domaines (cybercriminalité, terrorisme, crypto-monnaie, etc.). Chaque jour, 1 700 personnes (dont 78 Français, parmi lesquels une vingtaine de militaires de la gendarmerie) travaillent au sein d’Europol. Parmi eux se trouvent plus de 300 officiers de liaison, originaires de 55 pays partenaires. Europol facilite et enrichit les échanges entre États-membres grâce à sa messagerie SIENA et à ses bases de données européennes. L’agence agit ainsi à la manière d’un hub informationnel, qui fournit un appui à plus de 3 300 enquêtes internationales par an. Elle peut même déployer des agents pour appuyer la coordination lors des phases opérationnelles. Ces dernières années, Europol a ainsi contribué à démanteler de nombreux réseaux criminels agissant sur plusieurs territoires.

Interpol : faire face à la mondialisation de la criminalité

Si Europol n’a qu’un quartier général, cela est un peu différent pour Interpol. Organisation internationale de police criminelle, Interpol possède des entités aux quatre coins du monde, avec un siège à Lyon, un complexe mondial pour l’innovation à Singapour, six bureaux régionaux et plusieurs antennes au sein d’organisations internationales telles que l’ONU à New York. Au sein de chaque pays se trouve également un bureau de liaison appelé Bureau central national (BCN), intégré pour la France au Département de la coopération internationale opérationnelle (DCIO), rattaché à la Direction nationale de la police judiciaire (DNPJ). Via un canal sécurisé nommé I-24/7, les unités de recherches nationales, comme celles de la gendarmerie, peuvent échanger des informations ou solliciter un appui technique, mais aussi opérationnel. Tout comme Europol, Interpol met à disposition des bases de données (documents de voyage volés ou perdus - SLTD, véhicules volés - SMV, œuvres d’art, données génétiques, empreintes digitales, etc.), accessibles aux enquêteurs dans la limite des données partagées par chaque pays ou unité, puisque chacun reste propriétaire de ses données et peut choisir ce qu’il souhaite partager et avec quels membres. Toutefois, l’agence ne se limite pas à un rôle d’interface et de renseignement. Contrairement à Europol, l’organisation déploie aussi des équipes internationales de trois à six experts, appelées « Quick Response Teams », capables d’intervenir rapidement sur des événements majeurs, qu’il s’agisse de catastrophes naturelles, accidentelles ou d’opérations contre des cartels de la drogue d’envergure internationale. Des actions réalisées en soutien aux unités locales pour de l’appui ou de la collecte de renseignement. 

Siège d'Interpol à Lyon

© DICOM

Au quotidien, environ 1 200 personnes, issues de 138 nationalités, travaillent pour Interpol, parmi lesquelles se trouvent 80 à 90 % de civils (analystes criminels, juristes, experts techniques, etc.) et 10 à 20 % de forces de sécurité intérieure des pays. Ces derniers sont principalement des analystes ou des officiers de renseignement criminel, présents dans les bureaux mais aussi sur le terrain. Actuellement, un militaire de l’Institution est affecté sur ce type de poste.

Pour couvrir les différents spectres de la criminalité, Interpol structure ses opérations autour de quatre grands programmes mondiaux : l’antiterrorisme, la cybercriminalité, la criminalité organisée (avec le pilotage de plusieurs projets contre les trafics d’armes, la prolifération des mafias et groupes armés, le trafic de stupéfiants, etc.) et la criminalité financière, programme appuyé par la création récente de l’IFCACC (Interpol Financial Crime Center and Anti-corruption Center). À l’intérieur de ces programmes se trouvent des expertises. « Nous disposons d’outils d’analyse criminelle, ainsi que d’un centre d’innovation, et nous sommes en mesure d’apporter un soutien logistique sur le terrain destiné à soutenir les unités en charge de la recherche de malfaiteurs en fuite à travers le monde, qu’il s’agisse par exemple de narcotrafiquants en Amérique du Sud, de fugitifs mafieux, de pédocriminels, de terroristes. Nous assurons également la gestion des données policières ainsi que le pilotage de projets spéciaux », explique le chef d’escadron Cédric, officier de renseignement criminel et seul gendarme présent à Interpol. Pour structurer le renseignement et la recherche d’individus, les agents d’Interpol et les enquêteurs du monde peuvent compter sur neuf notices, parmi lesquelles la fameuse notice rouge pour les fugitifs recherchés ou encore les notices spéciales du Conseil de sécurité des Nations Unies. En dehors de ces deux là, toutes les autres peuvent être émises par des unités de recherches de terrain (type section de recherches ou section d’appui judiciaire). Point d’alerte pour toutes les unités (gendarmerie, douane, aéroport, etc.), ces notices permettent d’identifier des criminels ou des personnes recherchées aux quatre coins du monde. Des outils précieux pour lutter contre des réseaux toujours plus structurés.


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