Coopération judiciaire : l’importance des partenariats
- Par la lieutenante Floriane Hours
- Publié le 13 janvier 2026
À tous les niveaux, à tous les échelons, les enquêteurs de la gendarmerie collaborent au quotidien avec de nombreuses entités pour résoudre leurs enquêtes. Des partenariats qui prennent plusieurs formes.
La lutte contre la criminalité organisée nécessite, pour être efficace, d’avoir une vision pluridisciplinaire et globale de la menace. une approche collaborative est donc primordiale entre les services d’investigation nationaux et internationaux, mais aussi avec d’autres entités institutionnelles ou privées. Développés en gendarmerie depuis de nombreuses années, ces partenariats représentent aujourd’hui l’un des leviers d’action majeurs dans la lutte contre la criminalité organisée. Parmi ces partenaires se trouvent des entités naturellement liées à la Gendarmerie nationale, comme la Police nationale (via l’EMCO, les offices, l’interservices, etc.), la Douane (dont les prérogatives sont d’une aide précieuse pour la gendarmerie et avec lesquelles de nombreux axes de coopération existent), le service de renseignement pénitentiaire (notamment pour le suivi des profils les plus dangereux et/ou des détenus en fin de peine), la sphère travail/sécurité sociale (organismes de protection sociale, inspection du travail, URSSAF…), l’administration fiscale, etc. Il existe des structures d’échange comme les CODAF ou les COLDEN, et des organismes mixtes tels que les Groupes interministériels de recherches (GIR). Certaines administrations disposent de pouvoirs d’enquête, qu’elles peuvent exercer conjointement avec les unités de gendarmerie (article 28 du CPP), ou de la possibilité d’échanger directement des informations sensibles. « Il existe, entre ces différents acteurs, des protocoles de coopération, de formation (formations croisées, notamment avec les douanes, NDLR), mais aussi des protocoles de partage d’expérience ou de renseignements. C’est par exemple le cas avec TRACFIN, avec qui nous traitons de plus en plus le volet financier de la criminalité organisée, tout en développant avec eux notre compréhension des mécanismes financiers et de blanchiment », explique le général de division Dominique Lambert, Sous-directeur de la police judiciaire (SDPJ).
Ces partenariats sont développés avec des acteurs publics, mais également privés, comme l’Union des fabricants pour la protection internationale de la propriété intellectuelle (UNIFAB), en matière de lutte contre les contrefaçons, et cela à tous les échelons, des unités de terrain (unités territoriales et de recherches, etc.) jusqu’à la sphère internationale. Afin de cartographier ces partenariats, la Sous-direction de la police judiciaire (SDPJ) de la gendarmerie s’est lancée il y a peu dans un vaste travail de recensement, via les échelons de commandement et les différentes unités, de tous les partenariats et des « bonnes pratiques » qui existent en gendarmerie. « L’intérêt est de dépasser le stade parfois un peu artisanal de ce qui est fait localement, afin de structurer les choses et de dépasser le cadre des relations interpersonnelles, garantissant ainsi la continuité des collaborations malgré les changements de poste des uns et des autres », souligne le GDI Lambert. À cet effet, la SDPJ travaille à l’élaboration plus systématique de protocoles et de conventions. « L’idée poursuivie, et plus largement l’enjeu à venir, est de consolider ces partenariats afin de renforcer les axes de coopération. Aujourd’hui, nous faisons face à une menace d’une telle envergure que nous ne pouvons plus nous permettre d’agir de manière isolée. Nous devons veiller à ne laisser aucune brèche et à utiliser pleinement tous les moyens à notre disposition pour lutter contre la criminalité organisée. » Pour le SDPJ, l’autre intérêt des partenariats est la remédiation : une démarche visant à identifier les failles systémiques exploitées par les malfaiteurs, pour ensuite, avec les partenaires, agir à tous les niveaux afin de « fermer le robinet ». En matière de fraudes aux subventions, par exemple, le travail avec les partenaires permet d’agir en amont du processus d’attribution. « L’idée est de traiter le problème à la racine, plutôt que de s’user en bout de chaîne. »
Ces collaborations entre services permettent ainsi d’avoir une meilleure compréhension des phénomènes criminels grâce à un partage d’analyses, aidant grandement au ciblage des objectifs prioritaires et à l’établissement d’une stratégie d’enquête globale plus efficace et donc plus impactante pour les criminels. le travail de collaboration entre la gendarmerie et ses partenaires apporte un regard plus clair et une meilleure compréhension du travail de chacun, de ses limites et de son fonctionnement, favorisant ainsi à long terme l’établissement d’une culture commune de l’enquête et une efficacité toujours renforcée.
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