Au plus près des malfaiteurs

  • Par le chef d'escadron Romain Bastet
  • Publié le 13 janvier 2026
© SIRPA-G / MDC B. LAPOINTE

Les groupes criminels observés sur l’ensemble du territoire français ne cessent d’adapter leurs modes opératoires. Face à cette délinquance du haut du spectre, la Gendarmerie nationale agit au plus proche, voire au contact, des criminels. Focus sur l’observation-surveillance et la gestion des sources : deux techniques qui poursuivent un but commun, celui d’obtenir du renseignement, mais selon des modalités différentes.

Voir, sans être vu

Discrète, exigeante et hautement technique, l’Observation-surveillance (O.S.) contribue à la matérialisation des infractions, ainsi qu’à la détection, à l’identification et à la localisation des auteurs, tout en documentant leur environnement et leurs modes opératoires. Alors que les premiers Groupes d’observation et de surveillance (GOS) ont été créés en 1994, l’Institution capitalise aujourd’hui une expertise redoutable dans ce domaine, qu’elle a su développer et professionnaliser.

Des unités professionnalisées et aguerries

Implantés localement et disposant ainsi d’une connaissance fine des délinquants présents dans leur zone de compétence, les enquêteurs des brigades et sections de recherches assurent le premier niveau d’O.S. Ces phases initiales, à la fois indispensables et délicates, permettent d’identifier et de comprendre les structures criminelles avant de passer le relais aux unités spécialisées, selon le principe de subsidiarité, en fonction de la complexité des dossiers et du degré de dangerosité des criminels. Entièrement dédiées à la collecte du renseignement, notamment judiciaire, en appui des unités de recherches, plusieurs unités, reconnues pour leur discrétion, se partagent cette mission déterminante.

Tout d’abord, les Cellules départementales d’observation et de surveillance (CDOS) ont vocation à réaliser des missions d’O.S. nécessitant la mise en œuvre de techniques simples face à la petite et moyenne délinquance, au profit des groupements de gendarmerie départementale. Les GOS disposent quant à eux des moyens élargis leur permettant de répondre à des missions nécessitant la mise en œuvre de compétences techniques et tactiques complexes pour lutter contre la criminalité organisée. La Force observation recherche (FOR) du Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN) agit sur le plus haut spectre de la criminalité, du grand banditisme jusqu’au terrorisme, et met en œuvre des techniques complexes et novatrices.

Immersion au cœur des GOS

À l’origine, seuls six GOS, composé chacun de cinq sous-officiers, sont créés. Aujourd’hui, il existe 21 GOS métropolitains, dont deux spécifiques, celui de l’Office central de lutte contre la délinquance itinérante (OCLDI) et celui de la Gendarmerie de transports aériens (GTA), et sept GOS ultramarins, rattachés aux antennes GIGN. Comme le précise le chef d’escadron Arnaud, commandant le GOS Île-de-France, « ils ont été créés en réponse à un durcissement des modes opératoires de l’adversaire, à des déplacements de population des zones police vers les zones gendarmerie, à une explosion des trafics de stupéfiants et des actions violentes, et à l’émergence de la contestation politico-religieuse. » Les GOS mènent ainsi des missions à la fois complexes et dangereuses nécessitant 
la mise en œuvre de compétences tactiques et techniques complexes : filatures, poses de balises, sonorisations, coups d’achat, etc. Périodes d’attente et phases dynamiques se succèdent pour les équipiers du GOS, qui vivent au rythme des individus qu’ils suivent dans le cadre de leurs dossiers. Dans certains cas, ils peuvent aussi être amenés à interpeller l’auteur en milieu ouvert.

« Un temps d’avance sur l’adversaire » grâce à la technicité

Le volet technique constitue une part importante du quotidien de l’équipier en GOS : photographie, pose de techniques d’enregistrement vidéo et de sonorisation, conduite moto, etc. « La technique est indispensable dans notre métier. Elle constitue également notre avenir avec le développement de nouvelles possibilités offertes par l’intelligence artificielle. Notre objectif est d’avoir un temps d’avance sur l’adversaire, explique le capitaine Lucio, commandant le GOS de l’OCLDI. Le métier évolue en permanence, la technique et l’adversaire également. Il nous faut sans cesse nous remettre en question, ce qui est stimulant. »

© SIRPA-G / MDC B. LAPOINTE

« La preuve irréfutable, c’est l’image »

Le GOS dispose de nombreux appareils photo, de matériels vidéo, mais également de drones ou encore d’endoscopes. L’essentiel des prises de vue se fait en mode dégradé. « Il y a beaucoup d’attente dans notre spécialité et, parfois, on a une fenêtre de quelques secondes seulement pour réaliser le cliché, explique Nala, équipière au sein du GOS de Lille. La preuve irréfutable, c’est l’image. La technique est également capable de nous rapporter des preuves dans des endroits où nous ne pouvons pas nous rendre physiquement. »

Des tests de sélection et des formations adaptés au niveau d’adversité

Les tests de sélection, qui ont lieu une fois par an, sont organisés par le Centre national de formation au renseignement et à l’investigation (CNFRI) et le GIGN. La semaine de sélection est jalonnée de mises en situation dont l’objet est justement de détecter un savoir-être indispensable. « Le niveau de criminalité augmente et les délinquants se montrent de plus en plus déterminés. Afin d’être en mesure de répondre à cette situation, nous cherchons à hausser notre niveau d’exigence », explique la lieutenante Sandrine, directrice des précédentes sélections. Pour les futurs équipiers de GOS, les sélections ne constituent que le début d’un long parcours. Les candidats sélectionnés suivront ensuite une formation initiale exigeante ainsi que plusieurs formations complémentaires à leur arrivée en unité.

Au cœur des réseaux criminels

Pour agir contre le plus haut du spectre de la criminalité, la Gendarmerie nationale utilise un réseau d’« informateurs », qui peuvent communiquer directement avec des gendarmes spécialisés. Ces derniers sont chargés d’approcher, de recruter et de contrôler des individus qui leur transmettent des informations confidentielles sur les réseaux criminels.

La gestion des informateurs au sein de la Gendarmerie nationale

Les informateurs ont une existence légale depuis la loi du 9 mars 2004, dite « loi Perben II », qui officialise également la possibilité pour les forces de sécurité intérieure de les rétribuer. Cette reconnaissance légale a récemment été renforcée par la loi n°2025-532 du 13 juin 2025 relative à la lutte contre le narcotrafic. En gendarmerie, la création de la Section des techniques spéciales d’enquête (STSE) remonte à la loi Perben II ; section qui porte aujourd’hui le nom de Département informateurs et coordination des opérations (DICO). Rattaché à la Division des opérations (D.O.) de l’Unité nationale de police judiciaire (UNPJ), créée le 1er septembre 2025, et considéré comme l’un des services les plus secrets de la gendarmerie, ce département constitue la clef de voûte de la gestion des informateurs de l’Institution. À partir de 2015, les Groupes appui renseignement (GAR) sont créés auprès de chaque office central et de chaque S.R., afin de professionnaliser, en local, le recours aux informateurs. Pour des raisons évidentes de confidentialité, ni le volume de gendarmes formés, ni le volume d’informateurs recensés ne peuvent être communiqués.

Une pratique aussi discrète qu’encadrée

Derrière le caractère secret de cette spécialité se cache une pratique strictement encadrée. En gendarmerie, la gestion des informateurs repose sur un triptyque intangible : protéger l’informateur, protéger les gendarmes à son contact et préserver l’Institution. Au fil des années, la pratique s’est considérablement professionnalisée. Entre mécanismes de contrôle stricts à plusieurs niveaux et cursus de formation spécialisée, la gendarmerie a développé sa propre doctrine, en s’appuyant sur l’expertise acquise sur le terrain et sur des échanges réguliers avec ses homologues internationaux. La réussite à la formation constitue la condition sine qua non pour pouvoir traiter des informateurs en gendarmerie. Cette formation s’intègre à l’issue d’une sélection drastique et se traduit par un stage dense, sanctionné par une évaluation, au CNFRI. « Gérer une source, c’est un métier à part entière. Cela fait appel à des capacités humaines, en particulier du sang-froid et du discernement. Mais il faut également avoir le cran d’aller au contact de criminels », précise un officier de gendarmerie de la D.O. de l’UNPJ.

© SIRPA-G / GND R. CULPIN

Dans l’ombre, le renseignement comme arme contre le crime organisé

Le recours à un informateur permet non seulement d’accélérer certaines enquêtes, mais aussi de faire avancer des investigations plus approfondies en identifiant des auteurs complices. Mais surtout, cette technique offre la possibilité de détecter, dès leurs débuts, les phénomènes criminels. « Certains beaux dossiers ont ainsi pu être résolus et certains projets criminels ont été entravés grâce aux éléments communiqués par des informateurs », poursuit ce même officier. Ceci étant dit, le seul renseignement de l’informateur ne suffit pas. Il sera systématiquement vérifié et confirmé en utilisant d’autres techniques d’investigation dont disposent les enquêteurs pour servir à la manifestation de la preuve pénale. Enfin, la gendarmerie utilise plusieurs méthodes pour recruter des informateurs, des plus classiques aux plus innovantes, et dispose, depuis cinq ans, d’un groupe spécialisé dans le recrutement d’informateurs de haut niveau.

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Un arsenal dédié à la lutte contre les organisations criminelles

Complémentaire de la gestion des informateurs, la gendarmerie conduit d’autres opérations complexes, menées par des gendarmes rigoureusement sélectionnés et visant à mettre en oeuvre les techniques spéciales d’enquête prévues pour lutter contre la criminalité organisée, telles que les coups d’achat ou les livraisons contrôlées. Ces missions demandent des compétences rares et des formations spécifiques, car les militaires habilités seront, au cours des missions, amenés à approcher de près des criminels. Qu’il s’agisse de renseignement humain ou de techniques spéciales d’enquête, ces opérations audacieuses, pilotées au sein de la D.O. de l’UNPJ, illustrent la montée en puissance des actions discrètes et ciblées que la gendarmerie conduit quotidiennement pour lutter contre la criminalité organisée, aux plans national et international.


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