Mayotte : le SSPO en appui de la logistique de crise

  • Par le commandant Céline Morin et le capitaine Tristan Maysounave
  • Publié le 21 décembre 2024
Au premier plan, une gendarme en tee-shirt noir et pantalon de treillis accroupie, tient un carton ouvert devant elle.Au premier plan, au sol, une mallette avec une arme. En arrière-plan, deux autres gendarmes.
© SIRPA-G - GND Romains Culpin

Les conséquences catastrophiques provoquées par le cyclone Chido sur l’archipel de Mayotte, le 14 décembre 2024, ont nécessité la projection en urgence de renforts. Cette manœuvre s’appuie sur une logistique opérationnelle complexe, impliquant notamment l’acheminement de fret, qu’il faut prioriser face aux urgences sanitaires et sécuritaires, ainsi que la mise en place d’un camp d’urgence pour deux escadrons. Pour appuyer la logistique de crise, les équipes du Service de Soutien à la Projection Opérationnelle (SSPO) ont été déployées. Dans son témoignage, la capitaine Flore, chef de service adjoint du SSPO, souligne la formation et l’expérience des militaires de son service, ainsi que leur capacité de coordination, des éléments clés dans cette mission exigeante.

Tandis que la base arrière du Service de Soutien à la Projection Opérationnelle (SSPO) est mobilisée en métropole, notamment pour contribuer au pilotage des envois et à l’enjeu de traçabilité du fret à destination de Mayotte, une base logistique avancée, armée par les militaires du SSPO projetés, a été mise en place à La Réunion. Le matériel réceptionné est reconditionné pour être transporté par vol militaire vers sa destination finale, où il sera réparti en fonction des besoins exprimés par les unités.

« Jusqu’à présent, les vecteurs aériens étaient pour la plupart orientés vers La Réunion. Logistiquement, cela implique une rupture de charge. Le fret doit être débarqué des vols civils pour pouvoir être embarqué à bord des vols militaires. Les appareils ayant des capacités de transportdifférentes, le fret arrivant à La Réunion doit être reconditionné et redécoupé. L'idée première était donc de mettre temporairement en place une équipe à La Réunion, qui puisse s'occuper de cette mission, en collaboration avec le chef du Groupe appui opérationnel (GAO) et le Centre national des opérations (CNO), afin de déterminer les priorités et de planifier l'acheminement du fret. Le GAO et le CNO sont donc en lien direct avec le Bureau soutien finances (BSF) de Mayotte pour connaître leurs besoins, explique la capitaine Flore, chef de service adjointdu SSPO. Nous avons appris aujourd’hui que désormais, des vols allaient atterrir directement à Mayotte, ce qui va sûrement modifier notre centre de gravité. Nous allons donc prolonger de 24 heures supplémentaires la présence d'une petite équipe sur place afin de nous assurer que les matériels réellement indispensables aux missions du CNO, du SSPO, du SCRTA (Service Central des Réseaux et Technologies Avancées), mais aussi des deux compagnies de marche, puissent parvenir à Mayotte. Ensuite, nous basculerons sur place pour réceptionner le fret. Dans un second temps, l’autre mission qui incombera au SSPO sera de mettre en place un camp de stationnement d'urgence pour deux escadrons, en raison des difficultés d'hébergement sur l'île. »

Cent mètres cubes de fret attendus, l’équivalent d’un terrain de football

Les volumes de fret attendus sont impressionnants, nécessitant un savoir-faire certain ainsi qu'une grande capacité de coordination. « Un camp complet équivaut à un terrain de football. Nous approchons les cent mètres cubes pour vingt à trente tonnes, confirme la capitaine. Les tentes, par exemple, sont des gabarits singuliers. Pour ce modèle de tente, il faut compter 250 kg par pièce. Il n'est pas possible de les transporter dans une voiture ni à bras. Ensuite, il y a toute la problématique des réseaux électriques. Le camp ne dispose que du couchage : Nous fournissons les lits picot, les duvets, etc., en somme tout le nécessaire pour que les militaires puissent dormir dans de bonnes conditions, bien que le contexte fasse appel à notre résilience collective. Il faut toutefois un peu d'éclairage. Pour les escadrons, il faudra peut-être aussi un poste de commandement, voire une tente qui servira de dépôt de matériel. En résumé, il s'agit d'agréger les besoins en couchage et en locaux techniques, qui nécessiteront également de l'électricité. »

Permettre aux premiers renforts d’accomplir leurs missions

La priorité du SSPO est avant tout de permettre aux premiers renforts nationaux arrivés par pont aérien d'accomplir leur mission. Parmi les premières unités projetées, outre le CNO et le GAO, se trouve le SCRTA, qui aura un rôle très important à jouer pour soutenir les militaires des Sections opérationnelles de lutte contre les cybermenaces (SOLC) de Mayotte et de La Réunion dans la remise en état du réseau de communication. « Nous devons mettre à disposition des militaires déjà engagés le matériel dont ils ont besoin, et le SSPO fait évidemment partie de ces acteurs. Nous avons aussi un devoir de fiabilité et de traçabilité des flux et des stocks, souligne la CNE Flore. Ensuite, nous pourrons nous atteler à l’accueil des escadrons, qui sont en cours de projection. »

Pour mener à bien ses missions, le SSPO, organiquement rattaché au Commandement du soutien opérationnel de la gendarmerie nationale, est rattaché fonctionnellement au CNO, ce qui lui permet de jeter un premier dispositif de réactivité avec un détachement à cinq effectifs, quatre sous-officiers et un officier : « Nous avons constitué une équipe de profils complémentaires, régulièrement formée. Une partie de l'équipe a travaillé sur le camp de stationnement d'urgence du SSPO, tandis que d'autres membres étaient déjà présents en Nouvelle-Calédonie en mai dernier pour conduire la manœuvre de transit et d’acheminements. » Le format restreint de l’équipe, au regard de l’engagement simultané de ces spécialistes sur d’autres missions, notamment en Nouvelle-Calédonie depuis mai dernier, nécessitera « de simplifier tout ce qui peut l'être et peut-être d'agréger des renforts non spécialistes sur certains axes. Pour cela, nous devrons parvenir à simplifier des choses très techniques. »

Le SSPO, rodé aux engagements exigeants

Même si les conditions d’emploi sont particulièrement dégradées à Mayotte, le SSPO a l'habitude de ce type de missions exigeantes. « Nous avons l'avantage d'avoir des engagements réguliers partout dans le monde, dans des contextes complètement différents, explique cette officière, affectée au SSPO depuis 2020, à sa sortie d'école. Ce qui est intéressant, c'est d’être projetés sur le terrain ou en base arrière. Cela nous permet de prendre connaissance des contraintes, des difficultés et des impératifs de coordination. La coordination est vraiment l'élément clé. Si le logisticien n’a pas les bonnes informations, il ne pourra pas mener à bien sa manœuvre. »
La CNE Flore estime pour sa part avoir été bien préparée à cette multiplicité de missions lors de son engagement sur le 3référendum de Nouvelle-Calédonie, où elle était chef logistique pour le Groupement tactique de gendarmerie (GTG) nord, à la tête de deux équipes : « J'ai donc eu cette logique de suivi du flux et des stocks, explique-t-elle. Nous avions davantage de fret, mais les conditions de travail étaient plus faciles. Nous avons aussi dû monter la moitié du camp, ce qui nous a permis de prendre nos marques avec ces contraintes. Il est aussi essentiel d'instaurer rapidement une communication avec les unités bénéficiaires ou un responsable matériel désigné pour le périmètre, afin de pouvoir nous renseigner sur l’état des consommations et des besoins, et éviter ainsi d'être constamment dans une situation de flux poussé. »

Par ailleurs, pour gagner en réactivité lors de chaque déclenchement de mission, le SSPO travaille depuis plus d'un an à l’articulation de son stock magasin, en pré-identifiant notamment le matériel et son poids. « Grâce à nos retours d'expérience, nous avons désormais identifiéles besoins pour coucher une centaine de personnels ainsi que les besoins en matériel que cela va engendrer, en termes de réseaux électriques, de zones hygiène, etc. »

Cette réactivité, cette capacité d’adaptation et cette souplesse de gestion, la capitaine l’attribue notamment au statut militaire des personnels du SSPO, et du soutien opérationnel de la gendarmerie. « Il y a une forte volonté de servir qui anime notre équipe, que l’on retrouve plus largement au sein de la gendarmerie quel que soit le statut. Les personnels qui ont été projetés à Mayotte ont déjà répondu présent à de nombreuses reprises. Ce qui est intéressant aussi avec notre statut militaire, c'est que les personnels de l'unité sont issus du terrain, ce qui est un atout en opération, parce qu’ils sont déjà rompus aux procédures de sécurité et de sûreté. »

Malgré les nombreuses inconnues, l’officière aborde donc la mission avec calme et sérénité : « Beaucoup d'éléments ne dépendent pas de nous. Notre force réside dans notre capacité à alterner réactivité et planification. Nous avons aussi l'avantage de pouvoir compter sur des collaborateurs de confiance, avec qui nous avons déjà travaillé par le passé. Je pense notamment à la cellule soutien du CNO, à l'officier J4 du CNO, ainsi qu'au GAO. Le SSPO est connu et reconnu. Nos interlocuteurs savent ce que l’on peut leur apporter. L'expression des besoins et l'articulation sont donc plus fluides. »

La projection du SSPO devrait ainsi durer au moins un mois, « avec quelques pics d'activité qui s'annoncent assez intenses. Il faudra donc mettre à profit les périodes plus calmes pour se régénérer afin de tenir dans la durée. » La petite équipe passera donc les fêtes de fin d'année à Mayotte, et pour la capitaine, cela fait aussi partie du travail : « Cette mission fait partie de celles qui font consensus. C'est le principe de solidarité. C'est pour cela qu'on a signé. Nous avons un vrai rôle à jouer et nous apportons une plus-value. »


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